REPORTAGE. La cleantech Revcoo a mis au point une technologie capable de capter le CO₂ à la sortie des cheminées d’usine. La start-up vient d’inaugurer un pilote sur un site de production de chaux d’Eiffage.À Haut-Lieu, dans le Nord, la poussière blanche s'infiltre partout. Elle tapisse les chaussures, s'incruste dans les plis des vêtements, s'accroche à la peau. Sur le site de Bocahut, propriété d'Eiffage, les pelles mécaniques creusent un paysage en gradins qui évoque un cratère lunaire. Les falaises de pierre, découpées à la verticale, racontent un siècle d'extraction. À côté de ce savoir-faire minier ancestral, une innovation discrète devrait bouleverser les perspectives d'un secteur à fort impact climatique : la captation du CO₂ en sortie de cheminée.
Ici, la start-up Revcoo a installé son tout premier pilote industriel. Cette cleantech française fondée en 2019 dans le département du Rhône par Hugo Lucas, alors jeune ingénieur à peine diplômé, s'est donné pour mission de rendre possible la décarbonation immédiate de l'industrie. Sa technologie brevetée, CarbonCloud, capture le dioxyde de carbone à la sortie des cheminées sans perturber les processus existants. Autre atout de taille : le tissu industriel pour produire ces équipements est déjà existant, car les composants sont standards : « Nous avons un CAPEX bas [dépenses d'investissement du bilan d'une entreprise], car notre technologie est composée d'équipement sur étagère ». Le pari est donc à la fois industriel, scientifique et surtout climatique.
De quoi convaincre Eiffage, engagé dans une réduction de 46 % de ses émissions directes d'ici à 2030. Suite à un premier contact via LinkedIn, en 2020, un démonstrateur a été installé en moins de huit mois. « Même si nous avions eu d'autres industriels intéressés, leur motivation nous a convaincus », souligne Hugo Lucas. « Nous avions la place nécessaire, les fumées et surtout la volonté de changer les choses », résume Julien Rosini directeur des carrières Bocahut chez Eiffage.
Une buse, de l'azote liquide et un cube
Le principe est simple dans ses grandes lignes : capter les fumées, séparer le CO₂ en le gelant, le liquéfier et le stocker dans des conteneurs, prêts à être expédiés. Le tout sans solvant, sans eau, sans danger (échappant donc aux normes drastiques des installations classées ICPE) avec une consommation 100 % électrique (qui dépend de la concentration de CO₂). « Nous sommes une technologie de post-combustion, ce qui signifie qu'on intervient après la production, sans modifier les lignes », ajoute Hugo Lucas. L'équipement se greffe en bout de chaîne, par un simple repiquage de tuyauterie.
Gaëtane Deljurie, à Haut-Lieu