Patrick Kron (Alstom) : "je suis prêt à participer à l'amélioration de la filière nucléaire"

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Le président directeur général d'Alstom, Patrick Kron, fait le point sur les perspectives de l'entreprise. Pour lui, rien n'est joué pour le TGV en Arabie saoudite, et l'éventuelle entrée d'Alstom au capital d'Areva n'est pas d'actualité.

La Tribune - Vos prises de commandes sont reparties à la hausse. Le trou d'air est-il passé ?

Patrick Kron - Nous avons enregistré au cours du dernier trimestre le plus fort niveau de commandes depuis juillet 2009. Ce qui nous permet, pour la première fois depuis deux ans, d'engranger un volume de commandes supérieur à notre chiffre d'affaires. Ces bons résultats commerciaux sont portés par notre performance dans les pays émergents qui sont à l'origine de 60% des commandes du trimestre. Sur les neuf premiers mois, la part des pays émergents est passée de 25% l'année dernière à plus de 50% cette année. Si les pays émergents sont sortis de la crise avant les autres, dans les pays matures, en revanche, l'attentisme reste la règle. Alstom devrait néanmoins enregistrer une nouvelle croissance sur les trois mois en cours.

- Ces perspectives éloignent-elles l'éventualité d'une nouvelle restructuration en Europe et aux États-Unis, après la suppression de 4.000 postes annoncée en octobre ?

- Nous restons prudents sur la manière dont la conjoncture va évoluer dans les pays occidentaux. Les commandes que nous prenons en Chine ou en Inde ne contribuent pas à la charge de nos usines européennes et nord-américaines.

- Les chances d'Alstom et de la SNCF de remporter la future ligne TGV en Arabie Saoudite sont-elles compromises, comme l'affirmait la presse en début de semaine ?

- Le jour où un journal français annonçait que nous avions perdu, deux articles de la presse espagnole expliquaient l'un, que notre concurrent espagnol était éliminé, l'autre qu'il avait gagné ! A ce stade, il est prématuré et maladroit de faire des pronostics. C'est au client de décider. Nous bénéficions d'une expérience très supérieure à celle de nos concurrents. Les centaines de trains à grande vitesse que nous avons construits roulent dans des conditions de sécurité et de fiabilité absolues. J'ai confiance dans la qualité de notre offre.

- Vous estimez-vous suffisamment épaulé par le gouvernement dans cette compétition ?

- Tout à fait. Nous avons son plein soutien pour ce projet de grande ampleur qui associe l'équipe de France de la grande vitesse.

- Après l'échec sur Eurostar, ce serait un vrai coup dur si vous échouiez ...

- Je ne spécule pas sur les résultats de tel ou tel appel d'offres en cours.

- Où en sont vos relations avec la SNCF, votre partenaire en Arabie Saoudite mais votre concurrent pour le TGV en Floride, sans parler de sa filiale Eurostar dont vous attaquez en justice le dernier appel d'offres qui ne vous a pas retenu ?

- La Floride ne suscite aucun différend avec la SNCF qui a décidé de se positionner seule, sans constructeur ferroviaire, sur l'appel d'offres du TGV Orlando-Tampa. Nous sommes de notre côté associés à Virgin Railways, notre partenaire au Royaume-Uni, sur la ligne à grande vitesse qui relie Londres à l'Ecosse. Quant à l'appel d'offres d'Eurostar, notre recours devant la justice britannique devrait être jugé en 2011. Dans ses attendus en référé, le juge a d'ailleurs relevé un certain nombre de sujets qui nous encouragent à persévérer. Nous persistons à demander l'annulation de cette procédure abracadabrantesque où l'on cherche à adapter des règles de sécurité à un équipement préalablement choisi. Sur les plans de l'éthique et du droit, nous souhaitons également que soit clarifié l'emploi du même consultant technique par notre concurrent et par le client. Faute d'un nouvel appel d'offres, nous demanderions des indemnités substantielles.

- Vous venez d'être débouté en Italie où vous contestez le résultat d'un appel d'offres. Vous êtes décidément un très mauvais perdant...

- Nous avons un différend en Italie où le dossier suit son cours. De là à conclure qu'on entame une action en justice à chaque fois que l'on n'est pas retenu, il y a un grand pas à franchir ! Mais j'assume ma responsabilité à défendre les intérêts d'Alstom et de ses salariés lorsque j'estime que les choses ne se sont pas déroulées normalement.

- Vous avez déjà engagé des restructurations dans l'activité Transmission d'Areva rachetée il y a un an. Des mauvaises surprises ?

- Nous n'avons pas de surprise par rapport aux hypothèses que nous avions faites avant l'acquisition. Nous voulons cependant améliorer la performance économique de cette activité, dont le résultat opérationnel, de 5 à 6% de son chiffre d'affaires, est nettement inférieur à ceux de ses principaux concurrents. Le marché de la haute tension est reparti en volume, mais reste soumis à de fortes pressions sur les prix. Nous nous concentrons sur les segments à forte valeur ajoutée et nous travaillons à la réduction de nos coûts. Dans ce cadre, nous avons procédé à un plan d'ajustement dans une usine en Suisse.

- Etes-vous prêt à entrer au capital d'Areva ?

- Le sujet n'est pas à l'ordre du jour. Mais je reste demandeur d'une amélioration de l'efficacité globale de la maison France du nucléaire. Je suis prêt à y participer et à discuter des modalités pour y parvenir.

- Etes-vous candidat à la succession d'Anne Lauvergeon ?

- Je me sens très bien chez Alstom !

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Commentaires
a écrit le 24/01/2011 à 18:54 :
Encore faudrait-il que la filière nucléaire résiste aux élucubrations de la DCNN avec ses sous-marins immergés au large des pays en voie de développement, voir un article précédent!

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