Areva bataille pour monter à bord du futur réacteur franco-chinois

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Areva se bat pour participer au développement du futur réacteur 1000 MW de 3ème génération que EDF va développer avec les Chinois. En interne chez EDF, la montée en puissance des Chinois dans le nucléaire inquiète.

L'enjeu est de taille, surtout pour Areva. Des négociations en cours avec EDF et son partenaire, l'électricien chinois CGNPC, dépend la participation du constructeur nucléaire français au prochain réacteur 3ème génération qu'EDF et son puissant allié chinois tenteront de construire partout dans le monde. Si les trois groupes ont pour objectif de parvenir "avant l'été" à la signature d'un protocole d'accord (Memorandum of understanding), qui posera les bases du développement, tout n'est pas réglé, loin de là. "Nous sommes au milieu du gué", déclare le directeur des réacteurs et services chez Areva, Claude Jaouen.

En fait, la question principale n'est pas encore tranchée. Il s'agit de décider si ce futur réacteur de taille moyenne (1.000 MW, contre 1.600 MW pour l'EPR) sera une "rupture technologique", plus simple et donc moins cher que l'EPR, ou s'il découlera indirectement de l'EPR, via son petit frère Atmea de 1.000 MW, conçu par Areva et Mitsubishi. Pour Areva, il n'est pas question de participer au projet franco-chinois sans partir de l'Atmea.

Un réacteur moins cher à vendre que l'EPR

Le constructeur français y a intérêt s'il veut rentabiliser les 200 millions d'euros déjà investis, avec son associé japonais, pour développer l'Atmea. Mais de toute façon, il ne peut pas faire autrement car il a signé un contrat d'exclusivité sur cette gamme de réacteurs de troisième génération avec Mitsubishi. Côté exploitants (EDF et CGNPC), on verrait en revanche d'un bon ?il un réacteur moins cher, voire beaucoup moins cher que l'EPR estimé aujourd'hui à plus de 6 milliards d'euros. D'autant qu'avec 1.000 MW, les deux électriciens visent des besoins moins importants, en particulier dans les pays émergents, très demandeurs d'atome. Ce développement franco-chinois a été annoncé par Nicolas Sarkozy et le président Hu Jintao fin 2010.

Pour ne pas être exclu de ce projet, Areva dispose de deux arguments de poids : le calendrier et la compétence, en tout cas pour l'instant. "Les Chinois n'ont pas, à ce stade, la capacité de développer vite le c?ur du réacteur sans l'aide d'un chaudiériste français, en tout cas étranger", affirme un spécialiste du secteur. Cela peut changer rapidement puisque les Chinois acquièrent à toute vitesse un véritable savoir faire nucléaire. En 1987, ce sont les Français de Framatome (devenu Areva) qui ont construit la première centrale du pays, à Daya Bay. Depuis 2008, les électriciens chinois, tout seuls, lancent la construction d'un réacteur pratiquement tous les deux mois. Il y avait 28 réacteurs en chantier en 2011, avant Fukushima. Ce sont d'ailleurs principalement des CPR 1000, des réacteurs de deuxième génération conçus sur la base de la technologie française

Pékin veut un nouveau réacteur développé d'ici à 2015

De surcroît, les Chinois sont plutôt pressés. Ils veulent voir naître ce nouveau né d'ici à 2015. Ce qui, selon Areva, exclut la conception d'un nouveau réacteur en partant de zéro. Un nouveau programme exigerait 10 ans. "Ils ont beaucoup de décisions à prendre pour redessiner leur programme nucléaire après Fukushima. Ils doivent notamment décider du nombre de CPR 1000 qui doivent encore être lancés, du nombre de réacteurs de génération 3, du calendrier, du choix du modèle, l'EPR d'Areva ou l'AP 1000 de Westinghouse. Il faut qu'ils y voient clair assez rapidement", commente un bon connaisseur du secteur nucléaire chinois.

Si les trois partenaires se mettent d'accord pour travailler à partir de l'Atmea et d'une version avancée du CPR 1000 ("les deux réacteurs ont 95 % de spécifications communes", affirme une partie prenante des négociations ), Areva pose deux autres préalables à sa participation. "Cet engagement est également soumis, quel que soit le degré de convergence avec Atmea, à des accords industriels et commerciaux à mettre en place, tant pour le marché chinois que celui hors de Chine, avec un réel retour industriel nécessaire pour Areva et l'industrie nucléaire française plus généralement", déclare Claude Jaouen.

En clair, le constructeur français veut être sûr d'obtenir une part significative de l'ingénierie et de la fourniture des composants. Pour les deux EPR en cours de construction à Taishan, Areva et ses fournisseurs européens ont fourni la moitié des composants industriels de l'ilot nucléaire (lui-même ne pesant qu'entre 25 et 33 % de l'investissement global). Et plus de la moitié de l'ingénierie. Autre point clé : la réalité de l'accès au marché intérieur chinois.

Une stratégie chinoise expansionniste dans le nucléaire

La partie est donc loin d'être gagnée pour Areva. L'enjeu commercial est d'autant plus crucial que les Chinois affichent ces derniers temps une stratégie très expansionniste dans le nucléaire. En Turquie, en Afrique du Sud, ils se portent candidats aux appels d'offres en cours. Aux Etats-Unis, CGNPC, le partenaire d'EDF, et CPIC, autre électricien nucléaire chinois, ont signé en mars 2012 des accords avec l'exploitant nucléaire Duke. Objectif : le partage d'expérience et d'informations sur la construction des AP 1000 de Toshiba-Westinghouse et sur l'extension de la durée des vies des centrales, le tout en échangeant du personnel.

Ces accords alimentent la crainte qui monte actuellement chez EDF, de voir les Chinois menacer leurs emplois et ceux d'Areva en France. Inquiétude qui peut parfois virer à la psychose. "Les ingénieurs chinois sont de plus en plus présents sur le chantier EPR de Flamanville", lance un cadre. La sinisation rampante d'EDF, pouvant prendre, selon certains, des formes plus personnelles. "Plusieurs cadres d'EDF en Chine reviennent avec une épouse chinoise", s'inquiète un salarié. L'actuel grand patron de la production électrique chez EDF, Hervé Machenaud, nommé par Henri Proglio, est en effet un grand connaisseur et amateur de la Chine. En poste plusieurs années sur place (sa famille est encore là-bas), il a développé activement un réseau de fournisseurs locaux. "Une chinoise, Song Xudan, va remplacer un Français à la tête de la division Chine", s'émeut un dirigeant.

Henri Proglio assume ce partenariat chinois

"La Chine nous prend tout gratuitement et ne nous donne rien en échange", estime un autre cadre. Ces craintes ont été alimentées ces derniers mois par la publication par le site du Nouvel Obs d'un projet d'accord secret entre EDF et son associé chinois. Selon ce texte, les deux électriciens se promettaient en 2010 d'étudier la participation de CGNPC "aux nouveaux projets nucléaires d'EDF en France et dans d'autres pays comme investisseur et/ou fournisseur de services".

Pour le PDG d'EDF, Henri Proglio, cette stratégie "chinoise" est parfaitement assumée. Il l'encore répété lors de l'assemblée générale des actionnaires jeudi 24 mai. "EDF, Areva et les autres industriels français maintiennent leur compétences industrielles au meilleur niveau en participant aux nouveaux projets en Chine, qui comptent la moitié des réacteurs en construction dans le monde". En clair : soit les Français s'associent, soit les Chinois feront sans eux. Et au passage, EDF n'exclut pas de gagner sur les coûts en ayant recours à des fournisseurs chinois.

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a écrit le 30/05/2012 à 12:59 :
Mais pourquoi s'entêter a vouloir concevoir des réacteurs nucléaires qui mettront des années à devenirs opérationnels et dont les (maigres) bénéfices de l'industrialisation reviendront inévitablement aux Chinois ? Quand ces nouveaux réacteurs entreront en service non seulement ils ne seront pas garantis à 100% contre les accidents mais surtout l'électricité solaire sera devenue moins couteuse. Voici le premier exemple en Espagne ou une centrale solaire de 200 MW sera mise en service d'ici 1 à 2 ans, elle produira une électrcité à 3 ou 4 cts le kWh: http://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/materiaux-thematique_6342/la-premiere-mega-centrale-solaire-sans-subvention-va-naitre-en-espagne-article_71789/
Réponse de le 30/05/2012 à 18:11 :
Avec des panneaux de quelle génération ? Et vu l'état de l'Espagne actuellement, ils trouveront l'argent où ? C'est comme en 2007, on nous disait : "regardez l'Espagne, ça construit de partout, un exemple pour nous !!!" et on voit où ils en sont maintenant... au bord de la faillite, vous croyez les infos de type TF1 vous....
Réponse de le 30/05/2012 à 21:00 :
@mdr A quoi ça sert que Ducros y se décarcasse à mettre des liens ? Vous aurez les réponses à vos questions on allant sur le lien (le projet est monté par un opérateur Allemand..). C'est tellement difficile de faire de la critique constructive ? Remplacez vos verbiages par de l'info factuelle et creusez un peu vos sujets, vous n'en deviendrez que plus crédible lors de vos interventions...
Réponse de le 30/05/2012 à 23:16 :
On en reparlera dans 30 ans des centrales solaires actuelles. Une grosse farce. Lobby photovoltaïque....
Réponse de le 30/05/2012 à 23:17 :
Venant de quelqu'un (yan13) qui confond gaz naturel fossile et gaz issue de la méthanisation par des digesteurs artificiels, la critique me semble facile. ;)
Réponse de le 08/06/2012 à 18:43 :
Bon Pat vous confondez toujours "Méthanisation" avec "Méthanation" et en plus j'ai employé les mots "gaz naturel" (dans d'autres articles) un sacré casse tête pour quelqu'un qui n'a pas l'air fortiche en chimie et qui peut pas comprendre que toutes ces sources d'énergies ci-dessus utilisent le même réseau de transport et de stockage existant: le réseau du gaz naturel. Bref revenons à nos moutons, a propos des centrales solaires que vous critiquez avec des arguments d'une haute valeur intellectuelle, et bien figurez vous qu'aux USA aussi l'électricité d'origine solaire sera moins couteuse que celle qui pourrait être produite dans d'hypothétiques futures centrales nuc: http://www.photon-magazine.com/news_archiv/details.aspx?cat=News_PI&sub=america&pub=4&parent=4439 Un conseil: restez à l'écoute du monde d'au delà de l'infranchissable ligne Maginot (merci Mr Pellerin), des projets comme celui là ça va rapidement proliférer.
a écrit le 29/05/2012 à 18:32 :
On est en train de vendre notre ame au diable.
On transfert des technologies à nos "partenaires" qui deviendrons nos concurrents par la seule crainte qu'il vaut mieux vendre quelque chose aujourd'hui que rien du tout.

Quelle vision a court terme! On donne le baton pour se faire battre. Non seulement nos états n'ont plus d'argent pour définir un avenir industriel et technologique qui devance nos concurrents aujourd'hui mondiaux mais en plus, on va vendre nos "bijoux de famille" parce que l'on a pas le choix.

C'est dramatique pour l'avenir non seulement de la France mais aussi de toute l'Europe!
a écrit le 29/05/2012 à 18:31 :
Pour 20 milliards de dollars la Corée du Sud rafle le contrat pour la construction de quatre réacteurs nucléaires de 1000 megawatts à Abu Dhabi.Stupeur et tremblement dixit Amélie Nothomb en France et au pays du matin calme.
a écrit le 29/05/2012 à 16:29 :
@mariealbert Le fait que Bouygues ait rencontré des difficultés à couler le béton de l'EPR ne remet pas en cause la conception de ce dernier. Les chinois en apportent la preuve définitive puisqu'ils sont, eux, en avance sur la construction de leurs EPR achetés, malgré un refus de transfert de sa technologie, à AREVA.
a écrit le 29/05/2012 à 14:36 :
Areva a démontré que son E.P.R.n/était pas valable et que le génie-civil de Bouygues pas correct !
************Voir la Finlande et Flamanville !
********************************
a écrit le 29/05/2012 à 14:10 :
il fallait s'y attendre, a force de donner toute la technologie, la France se trouve arnaquée de toute part. Et cela uniquement par cupidité ou pour avoir un petit contrat, toutes nos technologies ont été bradé. Et on s'étonne que les chinois sont nos concurrents dans tous les dossiers sensibles. Qui aide donc l'Iran??? C'est le même problème dans les avions, les trains a grande vitesse, l'informatique, Avant c'était dans le textile, maintenant c'est les chaussures ( de très mauvaises qualités mais aussi chères dans les magasins) comme les chaussettes, bientôt l'alimentation même si des personnes décèdent. Les médicaments viennent déjà de la Chine, et tout cela pour avoir des marges supplémentaires, mais le client pait toujours plein pot. C'est la faute de tous nos élus, d'industriels cupides, et de la politique de la France. Pourquoi ne pas taxer tous les produits chinois, ou d'autres pays à bas coûts??? Bientôt nous serons les esclaves des pays asiatiques. Et cela avec la bénédiction de nos grands patrons et de nos élus.
a écrit le 29/05/2012 à 13:38 :
@Bof Non, vous n'avez pas bien compris. H. Proglio veut livrer clef en main la technologie française aux chinois, avec l'argument contestable que si nous ne le faisons pas, ils feront sans nous (ce qui suppose que les chinois n'auraient rien retenus de leurs erreurs dans le domaine des trains à grande vitesse).

Au contraire, A. Lauvergeon voulait préserver l'avance technologique d'Areva (d'où l'investissement de 200MF dans l'Atmea) et profiter de celle-ci pour vendre à l'étranger, notamment en Asie.

La terrible leçon de Fukushima a d'ailleurs définitivement démontré l'inanité du projet de réacteur "low cost" franco-chinois défendu par le premier.
Réponse de le 31/05/2012 à 20:56 :
OK, mais l'argument que les chinois s'adresseront sinon soit aux coréens, soit à Toshiba-Westinghouse n'est pas non plus complètement faux.

Mais s'ils nous ont acheté 2 EPR c'est bien qu'ils sont réticent à faire eux-même, d'autant plus après Fukushima, et l'avancement rapide du chantier devrait peser pour les convaincre que la techno est bonne.
a écrit le 29/05/2012 à 12:34 :
Rien ne va plus.... Faites vos jeux !!!
a écrit le 29/05/2012 à 11:19 :
Dans un monde idéal, Areva construirait en Europe (notamment de l'Est) la base de puissance nucléaire qui semble rester nécessaire pour stabiliser la production en électricité, et des opérateurs dont EDF exploiteraient l'ensemble. C'est ce qui a fonctionné en France dans les années 70.
Dans le monde tel qu'il va, les Allemands claquent la portent du jour au lendemain sans savoir ce qu'ils vont mettre à la place (empêchant tout déploiement européen) ; la commission impose des aberrations de type Nome aux opérateurs électriques ; tel ou tel zozo ayant la folie des grandeurs se voit déjà conquérant le marché chinois (peut toujours rêver) et est près à tout délocaliser pour cela ; et les politiques font soit des accords démagogiques de sortie du nucléaire, soit du mécano industriel de concert avec les zozos susmentionnés, au profits d'investisseurs déjà gorgés d'argent mais en voulant encore un peu plus...
Réponse de le 29/05/2012 à 18:36 :
Tout à fait d'accord!
Avec un peu de chance les zozos susmentionnés ne feront pas long feu....
a écrit le 29/05/2012 à 9:54 :
Si le seul avenir qu'il reste au nucléaire français est de s'allier à une dictature à laquelle nous pouvons faire toute confiance sur la transparence et la sûreté....
a écrit le 29/05/2012 à 9:40 :
Traditionnellement ,c'est AREVA le concepteur-constructeur de chaudières nucléaires et EDF l'Architecte ensemblier chargé de la conception d'ensemble.

Je ne comprends l'intéret de changer cette répartition qui a bien fonctionné depuis les années 75-80 pour aboutir au parc nucléaire que nous avons .

Ceci n'exclut pas une collaboration avec les Chinois .

On peut se demander si Proglio a bien compris ce schéma?
Réponse de le 29/05/2012 à 12:49 :
Sur ce point le livre d'Anne Lauvergeon apporte un éclairage intéressant
a écrit le 29/05/2012 à 8:36 :
Proglio est en train d'achever la filière française...
Réponse de le 29/05/2012 à 12:37 :
C'était aussi la stratégie de lauvergeon. Elle ne voyait l'avenir du nucléaie que par la chine et les pays asiatiques.

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