Comment newHeat veut faire décoller le solaire thermique en France

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NewHeat va débuter la construction de la centrale solaire de Lactalis dans la Meuse d'ici à cet été, avec une mise en service prévue en mars 2022. (Photo d'illustration: exemple d'un site industriel équipé d'une centrale solaire thermique de newHeat : les Papeteries de Condat, en Dordogne, premier site de production de papier couché en France (450.000 t/an, qui fonctionne 24h/24 et 365j/an). Le combustible fossile effacé ici est le gaz: précisément 1.078 tonnes de CO2 /an.
NewHeat va débuter la construction de la centrale solaire de Lactalis dans la Meuse d'ici à cet été, avec une mise en service prévue en mars 2022. (Photo d'illustration: exemple d'un site industriel équipé d'une centrale solaire thermique de newHeat : les Papeteries de Condat, en Dordogne, premier site de production de papier couché en France (450.000 t/an, qui fonctionne 24h/24 et 365j/an). Le combustible fossile effacé ici est le gaz: précisément 1.078 tonnes de CO2 /an. (Crédits : newHeat)
La jeune pousse bordelaise officialise ce jeudi la construction de la plus grande centrale solaire thermique de France, près de Verdun, dans la Meuse (Grand Est). Elle fournira la chaleur nécessaire à un procédé de séchage utilisé par le spécialiste des produits laitiers Lactalis. D'ici à cinq ans, newHeat vise 500 mégawatts de chaleur renouvelable installés et un développement à l'international.

Par raccourci, l'expression "énergie solaire" est très souvent employée pour désigner uniquement l'électricité produite à partir de panneaux photovoltaïques. Or, il existe une autre famille d'énergie solaire : le solaire thermique. Beaucoup moins connue et encore très peu développée en France, cette énergie renouvelable consiste à produire de la chaleur ou de l'eau chaude à partir de capteurs solaires.

"L'idée est celle d'un chauffe-eau solaire. Nous déployons de grandes tôles noires qui, grâce au soleil, permettent de chauffer un fluide qui circule dans un serpentin. Nous produisons ainsi de l'eau chaude, en-dessous de 100 degrés, en quantité industrielle ", expose Hugues Defréville, cofondateur de la startup bordelaise newHeat, l'un des rares acteurs sur ce marché en France.

La jeune pousse, fondée en 2015, officialise ce jeudi la construction de la plus grande centrale solaire thermique de France à Fromeréville-les-Vallons, près de Verdun, dans le cadre d'un contrat de fourniture d'énergie avec le spécialiste des produits laitiers Lactalis.

Plus grande centrale thermique d'Europe pour un site industriel

La future centrale thermique, d'une surface de 15.000 mètres carrés pour une puissance maximale d'environ 13 mégawatts (MW), sera la plus "grande centrale solaire thermique d'Europe alimentant en chaleur un site industriel", affirme newHeat.

Elle doit permettre à Lactalis d'apporter la chaleur nécessaire à un procédé qui consiste à sécher des gouttelettes de lactosérum (également appelé "petit lait"), issu de la fabrication du fromage. Ce procédé permet d'obtenir de la poudre qui sera ensuite incorporée dans les laits infantiles, notamment.

"Dans cette tour de séchage, l'air doit être chauffé à 160 degrés. Notre dispositif permet de préchauffer le flux d'air à 80, 90 degrés en période estivale. Le solaire thermique ne vient donc pas remplacer totalement le gaz naturel, mais nous venons réduire sensiblement sa consommation. Cette complémentarité permet de limiter le risque sur le procédé industriel", précise l'entrepreneur.

2.000 tonnes de CO2 évitées chaque année

Dans le détail, le recours au solaire thermique doit permettre à Lactalis d'effacer 20% de sa consommation en gaz naturel, soit 8.000 mégawatts par an. De quoi éviter les émissions de 2.000 tonnes de CO2 chaque année, selon les calculs des deux entreprises.

La construction de la centrale doit débuter d'ici cet été pour une mise en service en mars 2022. En gestation depuis trois ans, le projet représente un investissement supérieur à 5 millions d'euros. Il est financé à hauteur de 60% par le fonds de chaleur piloté par l'Ademe, l'agence de la transition écologique.

newHeat finance la partie restante et a obtenu dans cette optique le soutien de plusieurs banques et de trois fonds d'investissement régionaux. Selon Hugues Defréville, ce financement est "le signe qu'une étape majeure a été franchie dans le niveau de maturité d'une filière encore naissante en France".

La chaleur renouvelable, levier majeur de la décarbonation

En échange du financement de la centrale thermique par newHeat, Lactalis s'est lui engagé à acheter sa chaleur renouvelable sur une durée de 25 ans. Grâce au système de subvention, newHeat assure proposer son énergie renouvelable à un prix compétitif par rapport au prix du gaz naturel.

"Tous nos projets sont compétitifs par rapport aux énergies fossiles. Ils sont au même prix, voire un peu plus bas. C'est indispensable, compte tenu de l'environnement très concurrentiel dans lequel se trouvent nos clients", explique Hugues Defréville.

Si le niveau de subvention est aujourd'hui très conséquent, l'entrepreneur assure que la filière est compétitive en matière de tonnes de CO2 évitées par rapport aux énergies renouvelables électriques, dont les gains sont plus limités en raison du mix électrique très peu carboné de la France (70% provient du nucléaire). "La filière chaleur renouvelable perçoit 400 millions d'euros d'aides par an. C'est 8 milliards pour l'électricité renouvelable", souligne-t-il.

Au Danemark, 70% de la population connectée aux réseaux de chaleur

Or, la chaleur représente aujourd'hui 50% du besoin d'énergie primaire, tandis que l'électricité n'en représente que 25%. La chaleur renouvelable, encore balbutiante en France, apparaît donc comme un levier majeur pour la décarbonation de l'industrie alors qu'encore 80% de la chaleur est issue d'énergies fossiles, essentiellement du gaz naturel, mais aussi du fioul et du charbon.

Dans d'autres pays, le solaire thermique est beaucoup plus développé, notamment au Danemark où près de 1.500 mégawatts ont été installés au cours des dix dernières années. Le petit pays nordique développe essentiellement cette énergie pour approvisionner les réseaux de chaleur auxquels est connectée 70% de la population, contre seulement 7% en France.

Prix du pétrole et attentisme des industriels

newHeat, qui compte aujourd'hui cinq projets à son actif, mise pour sa part sur les applications industrielles pour faire décoller la filière tricolore. Un choix plus complexe car il nécessite de s'adapter à chaque procédé. La jeune pousse vise essentiellement les industriels de l'agroalimentaire, mais aussi le secteur des matériaux de construction (tuiles, briques) ou encore la fabrication de papier. Grâce au contrat signé avec Lactalis, elle espère attirer l'attention d'autres poids lourds de l'agroalimentaire et se développer à l'international.

"Nous tablons sur un rythme de 4 à 5 projets par an au cours des prochaines années, puis nous comptons accélérer. Dans un horizon à cinq ans, nous visons au moins 500 mégawatts installés", avance l'entrepreneur.

Il faudra convaincre les industriels qui, face à l'effondrement des prix de l'énergie fossile provoqué par les restrictions liées à la crise sanitaire, ont plutôt adopté une position d'attentisme au cours des derniers mois.

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a écrit le 05/02/2021 à 8:49 :
La production d'eau chaude solaire, ca fait vingt ans que ca existe. Cette annonce aussi.
a écrit le 04/02/2021 à 17:55 :
Le solaire thermique est sans aucun doute la meilleure façon d'utiliser l'énergie solaire. Non seulement le rendement est très élevé (>90%) avec des panneaux de technologie simple mais comme l'énergie fournie sert en général à chauffer de l'eau, le stockage est aussi assuré pendant quelques heures.
Maintenant il faut s'assurer que ce projet répond à un intérêt réel et n'est pas juste une annonce qui surfe sur la vague du moment.
Réponse de le 05/02/2021 à 8:57 :
Et en plus on peut faire des panneaux solaires avec... des portes de frigo !
a écrit le 04/02/2021 à 17:13 :
Plus intéressant que le voltaïque.. environ 600 à 800wats le m2 de panneau..
a écrit le 04/02/2021 à 14:53 :
Pas étonnant que lactalis utilise une usine à gaz pour sécher ses produits, ne se souvenant plus ce à quoi sert le soleil, tout comme l'eau d'ailleurs, la terre aussi et l'air même, on dirait bien qu'on a du fortement l'inciter à investir sur un tel projet dont visiblement elle ne sait pas quoi faire.

Alors certes l'idée de base est particulièrement interessante hein mais pour ma part dès que je vois le nom d'un acteur de l'obscurantisme agroindustriel quelque part machinalement, et donc au final subjectivement je veux bien le concéder, je doute mais je sais pourquoi je doute.
Réponse de le 04/02/2021 à 18:17 :
IL est regretable que cette information ne donne aucune info technique gantie installation financiere montant des investissements le montant des investissents les subventions etc car ces elements etant absents on peut s interroger sur les equilibres de ce projet
On aurait pu s attendre de la part de la tribune a un article plus fouille a minima

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