EDF se transforme en moteur de l’énergie solaire en France

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EDF veut devenir le moteur de l'accélération solaire en France.
EDF veut devenir le moteur de l'accélération solaire en France. (Crédits : Charles Platiau)
Jusqu’ici plus actif à l’international que dans l’Hexagone en matière d’énergies renouvelables, l’opérateur français annonce un plan solaire de 30 gigawatts entre 2020 et 2035. Avec la bénédiction du gouvernement, prêt à modifier les règles en vigueur pour permettre à l’entreprise publique d’atteindre cet objectif ambitieux.

La partie de ping-pong entre l'électricien français et son ministère de tutelle, dirigé par Nicolas Hulot, continue. Juste après avoir annoncé que l'objectif de 50% de nucléaire dans le mix énergétique français en 2025 devait être repoussé après cette date initialement fixée par la loi de transition énergétique, le ministre avait demandé à EDF un « plan précis » pour accélérer le développement des énergies renouvelables en France.

Il est vrai que la France accuse aujourd'hui un retard certain en la matière. D'aucuns ont pu soupçonner l'entreprise de ne pas être plus impatiente que cela de voir progresser la part des énergies renouvelables. En effet, dans le contexte d'une consommation qui n'augmente plus, toute nouvelle source de production risque de provoquer une surcapacité, à moins de remplacer d'autres capacités. D'ailleurs, selon les prévisions de RTE, le réseau de transport d'électricité, la France doit au moins multiplier par trois ses capacités en solaire et en éolien d'ici à 2035 pour pouvoir diminuer la part de nucléaire dans la production d'électricité, sans émettre plus de gaz à effet de serre.

Ce 11 décembre, EDF a donc décidé de « changer de braquet », d'aborder « un véritable tournant », de viser « une nouvelle frontière ». Alors qu'on ne compte aujourd'hui que 7 gigawatts (GW)  de solaire installés en France, EDF lance un plan solaire assorti d'un objectif ambitieux : en installer 30 GW entre 2020 et 2030.

«La France dispose du cinquième potentiel d'ensoleillement en Europe, mais le photovoltaïque ne représente que 1,6% de notre production électrique, contre 3,5% pour la Grande-Bretagne et 6% pour l'Allemagne», a rappelé Jean-Bernard Lévy ce lundi lors d'une conférence de presse.

En outre, avec seulement 500 MW raccordés, les capacités installées en France en 2016 ont été les plus faibles depuis plusieurs années.

Un investissement de 25 milliards largement porté par les banques et partenaires

EDF prend cette décision alors que les prix du solaire ont été divisés par 10 en dix ans. Dans des zones très ensoleillées, notamment l'Arabie saoudite et le Mexique où l'électricien vient de concourir, des appels d'offres ont été remportés à des tarifs compris entre 18 et 20 euros le MW/h. En France, où le prix est plus proche de 50 euros le MW/h, EDF espère le faire baisser de 20% d'ici à 2022.

Pour atteindre ses objectifs, EDF, via sa filiale spécialisée dans les énergies renouvelables, EDF EN, vise à lui seul 1,5 GW par an sur la période 2020-2025, 2 GW pour 2026-2030, puis 2,5 GW entre 2031 et 2035. Bonne nouvelle, Nicolas Hulot a annoncé ce même 11 décembre lors d'une conférence sur les énergies renouvelables qu'il augmentait les volumes des appels d'offres de 1 GW par an pour les porter à 2,45 GW.

Mais cela ne résout pas tout. Conformément à la règle rappelée par son PDG Jean-Bernard Lévy, « un mégawatt, un hectare, un million », le projet correspond à environ 25 milliards d'investissement et entre 25.000 et 30.000 hectares de foncier disponible.
Financièrement, Jean-Bernard Lévy insiste : l'investissement de 25 milliards sera essentiellement pris en charge par des banques et des partenaires financiers, comme c'est le habituellement le cas pour les projets d'énergies renouvelables. Et de rappeler que EDF n'a pas de difficulté à attirer ces partenaires, comme le montre l'arrivée il y a deux ans du Canadien Enbridge dans ses projets éoliens offshore, bien décidé à participer plus largement au développement des énergies renouvelables auprès de l'électricien.

Malgré tout, ce projet laisse songeur, alors que l'entreprise est déjà endettée de 37 milliards et doit faire face au grand carénage mais aussi à la construction des EPR de Flamanville et de Hinkley Point C en Angleterre.

Le gouvernement prêt à adapter les règles en vigueur

Concernant le foncier, l'électricien est prêt à exploiter celui dont il est déjà propriétaire : terrains entourant ses centrales, friches industrielles ou sites en voie de démantèlement. Il envisage également de poser du photovoltaïque sur des retenues d'eau. Utiliser un terrain dont il est propriétaire pourrait d'ailleurs lui conférer un avantage sur ses concurrents.

Mais son projet, qui repose sur des centrales de 100 MW et plus, autorisant des économies d'échelle de tous ordres, implique également une modification des règles d'appels d'offres aujourd'hui en vigueur. En effet, il n'est aujourd'hui pas possible de construire des centrales au sol de plus de 17 MW. La taille moyenne d'une centrale solaire française est aujourd'hui de 12 MW.

Mais cela ne devrait pas être un problème. Lors d'une conférence sur les énergies renouvelables à laquelle tous deux participaient, Nicolas Hulot s'est en effet publiquement félicité de l'annonce de l'électricien. Saluant « une révolution culturelle », « un changement de mentalité », il a promis :

« Là où je suis, je ferai en sorte de réunir toutes les conditions pour que vous puissiez atteindre vos objectifs. »

Et voilà comment le champion du nucléaire en France est en passe de devenir aussi le champion du solaire. Sans rien rogner, à ce jour, de ses capacités nucléaires, qu'il rêve au contraire de prolonger jusqu'aux 60 ans au moins des centrales. Jean-Bernard Lévy n'a d'ailleurs pas manqué de rappeler la "complémentarité entre les énergies renouvelables et un nucléaire flexible."

Pour reprendre le commentaire d'un observateur connaisseur du sujet :

« Mais que vont-ils faire de tous ces électrons ? »

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Commentaires
a écrit le 13/12/2017 à 1:52 :
Il serait plus intelligent et utile d'aider financièrement et techniquement les particuliers et entreprises à installer du solaire hybride en toiture et pour EDF d'orienter son métier autrement en incluant la gestion de cette énergie et des meilleurs solutions de stockage local etc que d'ajouter du solaire PV au sol. On raisonne en effet trop en terme de commerce boutiquier que de la meilleure approche énergétique et utilisation des ressources et espaces. Mais sans doute EDF choisit l'option solaire pour des raisons de coûts faibles mais aussi pour tenter de barrer la route à l'autonomie énergétique qu'elle voit venir rapidement et qu'elle cherche ainsi à concurrencer avec des prix les plus bas mais pas la meilleure option. Toute construction devrait intégrer le solaire hybride avec son importante part thermique et le plus souvent le couplage avec les meilleures pompes à chaleur qui permettent des Cop proche de 6 (5,4 pour Daikin Altherma 3, 4,9 pour Toshiba etc) voire parfois plus avec le solaire et c'est très efficient pour un coût d'entretien des plus faibles qui n'a pas besoin d'être annuel contrairement à d'autres énergies.
a écrit le 12/12/2017 à 9:25 :
Utiliser du foncier alors qu'il y a tant de toits disponibles .
Réponse de le 12/12/2017 à 12:54 :
La moitié est exposé au nord : on divise par 2
beaucoup d'endroits sont classés
et faire du décentralisé pour EDF c'est une absurdité économique
Réponse de le 12/12/2017 à 13:06 :
Entre l'absence de continuité physique d'un toit à l'autre et la multiplicité des proprietaires...
a écrit le 12/12/2017 à 8:55 :
Et toujours aucun plan d'autoconsommation électrique digne de ce nom. La centralisation c'est la domination.
Réponse de le 12/12/2017 à 13:10 :
Pourquoi l'état devrait pousser une solution ni écologique ni économique ?

Cela dit, personne ne vous interdit d'installer votre propre générateur chez
vous et de vous affranchir d'EDF.
a écrit le 12/12/2017 à 8:50 :
Attention c'est des GW et pas des GWh, c'est quand même pas mal cela représente deux EPR en MWh, reste plus qu'à mettre les électrons dans le réseau entre 12 et 17 heures..... Pas facile , même pour EDF. Il faut aussi un peu de place: un petit rectangle de 20 km par 15 km, on cherche des candidats....
Réponse de le 12/12/2017 à 17:39 :
Ca se trouve. Par exemple, autour des aéroports, plein de terrain non utilisé. Je ne parle pas des zones de garrigues que plus personne ne veut cultiver et qui sont à l'abandon.
a écrit le 12/12/2017 à 7:45 :
Vous savez cette entreprise est publique, s'y l'état donne les moyens financiers et des directives, elle installe des km de panneaux....
Mais bon la question est de savoir si s'est economiquement viable, Ensuites je remarque que les panneaux sont encore importer d'Allemagne.....
Apres l'on est étonner que l'on ne fabrique plus rien én France..... Il faut dire que l'argent publique favorise surtous les entreprises étrangères.....
a écrit le 11/12/2017 à 22:48 :
Les concurrents d’EDF vont apprécier que l’Etat actionnaire d’EDF modifie les règles pour arranger EDF. En fait, c’est toujours la même histoire. On le voit aussi avec ORANGE pour qui l’Etat actionnaire arrange les choses. Tout est fait pour bloquer la concurrence. Mais il faut reconnaître que ceux qui sont à l’initiative de ces arrangements poursuivent ensuite leur carrière chez EDF ou ORANGE. L’exemple de Stéphane RICHARD est remarquable !
a écrit le 11/12/2017 à 20:42 :
Panne de courant de plus de 10 heures .personne âgés en difficultés sans réaction élus

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