Energies renouvelables : et si le cancre français devenait premier de la classe ?

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La France est en retard sur son objectif d'énergies renouvelables pour 2020 mais a les moyens de le dépasser en 2030
La France est en retard sur son objectif d'énergies renouvelables pour 2020 mais a les moyens de le dépasser en 2030 (Crédits : Pixabay com)
Tout en soulignant une nouvelle fois le retard affiché sur les objectifs à 2020, le Syndicat des énergies renouvelables veut croire que la France peut les dépasser à l’horizon 2030 et aller au-delà ce que prévoit la programmation pluriannuelle de l’énergie.

Cela fait déjà plusieurs années que la rengaine est connue : la France est en retard sur le développement de ses énergies renouvelables. Avec seulement 15,7% de sa consommation finale d'énergie provenant de solaire photovoltaïque ou thermique, éolien terrestre ou marin, biomasse, géothermie, biogaz ou biocarburants à fin 2016, nous ne sommes qu'aux deux tiers de l'objectif fixé. Ce qui, en poursuivant sur cette lancée, nous amènerait à 20% à peine en 2020 au lieu des 23% prévus, et 24% en 2030 alors que l'actuelle programmation pluriannuelle de l'énergie fixe cet objectif à 32%. Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) s'en désole régulièrement. Mais, ce qui est plus nouveau, c'est qu'il estime en revanche qu'il estime que les objectifs de la France à l'horizon 2030 - tels que fixés par la loi de transition énergétique - sont "non seulement réalistes mais qu'ils peuvent, à condition d'une volonté politique déterminée, être dépassés".

Le doublement du fonds chaleur, une arlésienne

Ainsi, au lieu de 32% d'énergies renouvelables dans le mix français en 2030, le président du SER, Jean-Louis Bal, a précisé le 19 décembre lors d'une présentation à la presse que cette proportion pourrait atteindre 40, voire 45%.

Le syndicat a détaillé filière par filière les capacités envisageables et les mesures à mettre en œuvre pour, sous l'impulsion d'une volonté politique déterminée, faire d'un cancre un premier de la classe. Et ces calculs aboutissent à un total de 38% de vert dans le mix énergétique.

Pour la chaleur renouvelable et les biocarburants, où le SER est sur la même ligne que la loi avec des projections de respectivement 38% et 15%. Mais pour atteindre cet objectif, il faudrait, comme le demandent de longue date les professionnels de la filière et comme s'y était engagé le candidat Macron, doubler le montant fonds chaleur. Le SER rappelle l'efficacité de ce dispositif, qui de 2009 à 2016 a distribué 1,6 milliard de subventions qui ont permis de substituer quelque 2 millions de tonnes équivalent pétrole, ce qui met la tonne de CO2 évitée à 17 euros et amortit la dépense en 2 ans et demi. Pourtant, ces derniers temps, l'exécutif n'évoque plus qu'un « doublement de l'efficacité du fonds chaleur », ce qui, à en croire le SER, n'a guère de sens à isocoût.

54% d'électricité verte en 2030 ?

Dans l'électricité, c'est selon le syndicat jusqu'à 54% de sa consommation que l'Hexagone pourrait produire à partir du vent, du soleil et de l'eau, nettement plus que les 40% figurant dans la loi. Le SER tient notamment compte des ambitions récemment annoncées par EDF qui vise 30 GW de solaire en 2035, une trajectoire cohérente, souligne Jean-Louis Bal, avec l'objectif intermédiaire de 20 GW en 2020 et 52 GW en 2030. Il est vrai  que le gouvernement a dès cette annonce modifié les volumes annuels (de 1,45 GW à 2,45 GW) et les termes des appels d'offres solaires (le plafond des centrales au sol passant de 17 à 30 GW) comme le réclamait l'opérateur. Par ailleurs, des toits industriels de grande surface pourraient également contribuer à cet objectif, même si EDF a surtout mentionné de grandes fermes au sol. Sur ce plan, le SER a calculé que la France disposait de suffisamment d'espace ne présentant aucun conflit d'usage pour installer jusqu'à 700 MW.

Certes, il faudra que RTE adapte le réseau en conséquence, afin de le rendre apte à accueillir de grandes quantités de  production électrique intermittente. Mais puisque l'un de ses scénarii, baptisé Ampère, correspond peu ou prou à la PPE, cela ne devrait pas être hors de portée.

Pour mémoire, les 20 GW visés en 2020 sont à mettre en regard des 7 GW actuellement raccordés en France mais correspondent à la capacité déjà installée en Allemagne, où les renouvelables pèseraient en 2017 36% du mix électrique, soit 5 points de plus qu'en 2016, et plus que l'objectif de 2020 fixé à 35%.

L'hydraulique, outil de pilotage de la production

L'hydroélectricité, qui représente aujourd'hui l'immense majorité de l'électricité renouvelable française avec environ 15%, conservera ce statut, ainsi que sa contribution en matière de flexibilité et de stockage, et donc de pilotage de la production.

Mais sans c'est sans nul doute dans le gaz que le SER fait montre de l'optimisme le plus affirmé, en prédisant 30% de gaz vert en 2030 là où la loi n'en prévoit que 10%. Tout en reconnaissant l'ambition de l'objectif, Jean-Louis Bal souligne qu'il permettrait à un monde agricole en difficulté de trouver une nouvelle source de revenus grâce à la méthanisation. Certes, un tel développement du biogaz nécessiterait un certain nombre de mesures : encourager la valorisation de tous les intrants, étendre le cahier des charges d'homologation des digestats, simplifier la réglementation...ce dernier point vaut pour toutes les énergies renouvelables, notamment l'éolien.

Une équation à plusieurs inconnues

Les projections du SER ont été présentées lors des ateliers de travail organisés par la Direction générale de l'énergie et du climat dans le cadre des discussions portant sur la prochaine Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) à l'horizon 2028. Une synthèse de ces échanges doit être réalisée d'ici février prochain et servir de base à un texte proposé en juin. De nombreuses inconnues demeurent, liées à l'évolution de la consommation d'énergie - qui selon la loi doit diminuer de 20% d'ici à 2030 - et celle des prix de gros, dans la mesure où il détermine le coût des énergies renouvelables pour la collectivité (désormais plutôt le contribuable que le consommateur) destiné à en combler la différence.

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Commentaires
a écrit le 08/01/2018 à 14:32 :
C'est un article intéressant, mais certains chiffres sont douteux - ou alors inaccessibles au lecteur semi-profane.
- "Le SER tient notamment compte des ambitions récemment annoncées par EDF qui vise 30 GW de solaire en 2035, une trajectoire cohérente, souligne Jean-Louis Bal, avec l'objectif intermédiaire de 20 GW en 2020 et 52 GW en 2030." Faut-il inverser les chiffres de 2030 et 2035 ? Mais alors passer de 30 à 52 GW en 5 ans, ça paraît ambitieux...
- "Sur ce plan, le SER a calculé que la France disposait de suffisamment d'espace ne présentant aucun conflit d'usage pour installer jusqu'à 700 MW.". 700 MW ce n'est pas grand-chose... Faut-il alors lire 70 GW ?

Et pas de chiffres pour l'éolien...

Néanmoins c'est intéressant d'avoir un article avec une perspective pour la plupart des EnR...
a écrit le 22/12/2017 à 13:53 :
On parle beaucoup des ENR, mais pendant ce temps d'autres investissent et développent.
A l'exemple de Neoen, communiqué de presse et une interview BFM Business du 19/12 de M. Xavier Barbaro dirigeant du groupe. Ils ont réussi en Australie, en collaboration avec Tesla leur projet de stockage par batteries. Bravo.
Concernant la rentabilité, je crois que sur des projets solaires au Mexique ils arrivent à un prix de revient de 19 Dollars le MWh (AO avec Engie ?). Certes avec une irradiation solaire de 2300 Kwh/an/m2 (solargis.org) et malgré le réchauffement climatique on n'aura jamais le même ensoleillement en France ni le même prix de revient, mais à un prix inférieur à 50 €/ MWh, comme disait un slogan publicitaire : "il faudrait être fou pour dépenser plus".

Il faut laisser du temps au temps ? L’expertise solaire de la France n’est pas nouvelle, rappelons que le centre Promes-CNRS fut pendant longtemps parmi les leaders mondiaux des recherches sur le solaire à concentration et le premier labo daterait de 1968…
a écrit le 22/12/2017 à 10:33 :
On a une démonstration flagrante de l’impasse des énergies alternatives/aléatoires : en plein solstice d’hiver + nuage = zéro pour le solaire. Anticyclone sans vent= zéro pour l’éolien ; idem en cas de tempête, les éoliennes ne sont plus opérationnelles.
a écrit le 22/12/2017 à 9:14 :
Pour appuyer mon commentaire précédent.
Voilà les VRAIS chiffres, Madame Pialot:
https://jancovici.com/transition-energetique/series-longues/france/
( voir en particulier ce graphe : Part de chaque énergie (hors bois) dans la consommation en France depuis 1965, et part de l’ensemble des combustibles fossiles).
Votre article est une propagande en faveur du SER .
Réponse de le 22/12/2017 à 14:42 :
"Les VRAIS chiffres", on croirait lire la prose d'un religieux :)
a écrit le 22/12/2017 à 6:40 :
Bonjour,
Je me suis arrêté de lire au premier paragraphe. En effet, vous avez commis une erreur grossière en précisant que le renouvelable représentait environ 15% de l énergie finale consommée. En réalité il s agit de 15% de l électricité produite.
Ce qui en terme d énergie finale consommée représente en réalité environ 7%.
Par ailleurs il est bon de rappeler que le nucléaire représente moins de 50% de la puissance électrique installée actuellement en France.
Vous diffusez des fausses informations dans un grand média ce n est pas acceptable. Vous utilisez des chiffres pour tenter d'expliquer des choses aux autres que vous même n avez pas compris
Réponse de le 22/12/2017 à 8:33 :
Tout à fait d'accord.
Réponse de le 22/12/2017 à 12:42 :
Non, c'est 19% de l'electricité, revoyez vos chiffres.
Réponse de le 23/12/2017 à 4:19 :
Il ne faut pas tout mélanger ! En "consommation finale" les renouvelables c'est actuellement environ 13% avec la baisse de production nucléaire récente. Donc la Tribune n'est pas loin. Quant à la "puissance électrique installée" c'est autre chose. Enfin on ne voit pas en quoi ce serait une "propagande" alors qu'il est indiqué que l'on est en retard dans les renouvelables et que çà n'empêche pas de faire mieux à l'avenir, il semble en effet important de diversifier notre mix face au nucléaire vieillissant et non compétitif pour les EPR récent et réduire nos importations fossiles et dépendances (49%)
Réponse de le 23/12/2017 à 8:35 :
"Energeticien" Ton chiffre m intéresse d'où sort il ?
Je dénonce dans cet article les donneurs de leçons qui on le champs libre dans l espace public et qui confondent énergie et électricité. J appelle ces personnes a rester objectif et rigoureux.
Par ailleurs que signifie être en retard si tu ne précises pas l'objectif recherché ? En effet si l'objectif est de diminuer le cO2 on est en avance 😉
Par ailleurs en terme de non compétitivité je t invite à jeter un oeil à l évolution de la CSPE depuis 2002 (taxe qui permet de financer les EnR). De plus, tu te prétends energeticien je suppose donc que tu connais bien les problématiques énergétiques et notamment électriques et pourtant tu persistes a dire qu' il faut se passer du nucléaire et des énergies fossiles.
Ma remarque sur la puissance installee consiste à dire que si 50% de puissance installee permet de faire 75 a 80% de l électricité il convient de s interroger sur le rendement des 50% de puissance installee restant. Tu me réponds qu' il faut construire plus sans me parler d efficacité: c est une aberration écologique et économique
a écrit le 21/12/2017 à 11:22 :
On aurait pu penser que la récente décision sur le nucléaire ait contribué à ramener un peu d'objectivité dans le débat énergétique.
Ce n'est pas le cas, le délire continue.
Ressortira-t-on "certains savaient" ?
a écrit le 21/12/2017 à 11:03 :
Faut-il encore croire au père Noël ?
Question environnement, cela fait longtemps que les divers gouvernements prennent des engagements, souvent qu’ils ne tiennent pas.

Méfions nous des contradictions
Il suffit aussi de constater les flous juridiques et les contradictions des textes de lois sur la rénovation énergétique, l’autoconsommation ou autres dispositifs soumis à la complexité et la volatilité. Essayez de comprendre les aides et les divers taux de tva appliqués (ex. débats sur les menuiseries, l’autoconsommation...), les changements de caps et autres arrêts brutaux. Combien de réunions, des débats, de planifications, de textes, de RT20xx, PPE, SRCAE, S3RER, de stratégies et de tergiversations depuis 20 ans ?

En dehors des grands groupes énergétiques qui pour certains dépensent probablement plus en communication qu’en actions, le paradoxe est que ce sont surtout les artisans et petites entreprises qui sont impactés, ceux qui constituent pourtant l’essentiel des gisements d’emplois en France. Idem pour les développeurs de projets et investisseurs, qui doivent s’entourer autant de juristes que d’ingénieurs ou de financiers pour s‘y retrouver dans ce fatras (fatrasie). On pourrait pour la n-ieme fois essayer d’analyser le mode de fonctionnement et les pensées profondes de nos élus et élites sous des prismes divers, soit du très à la mode paradoxe entre Jacobins et Girondins, entre filières scolaires, entre partis évolutionnistes et conservateurs, etc… mais j’ai bien peur que les entrepreneurs Français ne commencent à se lasser ou à désespérer de l’inefficience ambiante, du moins dans ce secteur. Dans ce contexte d’évolution technologique rapide et de libéralisation du marché de l’énergie cela pourrait apparaitre comme de l’attentisme.

Tout ça pour ça ?
Il faut tout de même remarquer qu’actuellement il y a beaucoup de plans sur la comète et de prospectives à 10 ou 20 ans. Commençons déjà par rattraper le retard des engagements en ENR pour 2020 et on jugera aux résultats les capacités de mise en pratique.
Réponse de le 21/12/2017 à 15:00 :
Pour compléter le propos et tenter de comprendre les blocages, en lisant un article sur la complexité je me disais, là on est en plein dedans. Car c'est probablement ce qui est à l’origine du retard pris dans l’efficacité énergétique (on pourrait facilement trouver d’autres exemples aussi caricaturaux).
Autant la complexité de la nature, de l’environnement et de l’étude et l’application scientifique qui en découlent sont reconnues, autant on pourrait se dispenser d’en rajouter des couches. Il y a de nombreuses évolutions qui ont eu lieu grâce à l’observation et si on observe et on compare ce qui se passe ailleurs, on peut en tirer des solutions fonctionnelles et rapides à mettre en œuvre.

Du principe de Simplexité
(terme extrait du recueil des conférences du collège de France intitulé Complexité-Simplexité – Alain Berthoz et Jean-Luc Petit
Article d’Edith Perrier, Directrice de recherche émérite à l'IRD, Directrice du Réseau National des Systèmes Complexes (http://books.openedition.org/cdf/3359?lang=fr).
L’article est conceptuel, mais intéressant :
« La simplexité se comprend à partir des mécanismes développés par l’être vivant pour agir dans un environnement complexe, en résolvant des problèmes de façon rapide et ingénieuse, sans nier la complexité du réel, mais en s’y adaptant ».
«la propriété fondamentale de la simplexité est l’anticipation perceptive. Qui dit anticipation n’est pas loin de prévision. »
On pourrait probablement trouver des solutions dans les théories de Joel de Rosnay, sur la symbionomie, la société collaborative et des écosystèmes numériques…

Dans le cas qui nous occupe, il ne s’agit pas de résoudre la question de la causalité et du déterminisme quantique, de l’interaction des particules, ou de remettre en question la limite de Betz, mais de problèmes bien linéaires qu’on pourrait simplement résoudre en rajoutant des couches d’isolant à des bâtisses, en installant des panneaux solaires sur des toitures, des prises recharge pour V.E. et des éoliennes offshore.
Du simple « bon sens paysan » et quelques aménagement structurels devraient suffire.
a écrit le 21/12/2017 à 10:52 :
Quelqu'un peut-il expliquer l'objectif visé avec ces 30% d'ENR ?

Sachant qu'il ne s'agit pas de faire baisser les émissions de CO2, il s'agit pas de fiabiliser le système ou d'en faire baisser les coûts, il ne s'agit pas de favoriser l'emploi européen.
Réponse de le 22/12/2017 à 15:31 :
L'objectif est simple : vous mettre à la retraite :-)

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