90% de renouvelables en 2035, c’est possible

Les prix des batteries et de l’électricité propre ont chuté si brutalement que même les projections imaginant un système à 85-90 % de renouvelables pour 2035 semblent aujourd’hui « ridiculement conservatrices ». Un article de notre partenaire Euractiv.

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Les prix de l'électricité éolienne et solaire sont en chute libre.
Les prix de l'électricité éolienne et solaire sont en chute libre. (Crédits : LetsgoFrance)

« Nous sommes très confiants vis-à-vis des renouvelables. » Pour Lord Adair Turner, le président de la Commission sur les transitions énergétiques (et ex-président, de 2008 à 2013, de la Financial Services Authority, le gendarme de la finance britannique), une coalition d'organisations commerciales, financières et énergétiques, les projections actuelles frôlent le ridicule.

Selon lui, les projections les plus optimistes avancées par le passé, y compris celles de Greenpeace, sont aujourd'hui complètement dépassées par la réalité et l'effondrement du prix de l'installation des générateurs d'énergie renouvelable.

Lire aussi : Transition énergétique : un enjeu majeur pour les acteurs historiques

Un système énergétique 100% renouvelables est atteignable

En se fondant sur des prévisions prudentes, la Commission sur les transitions énergétiques a calculé qu'un système énergétique 100% fondé sur les renouvelables était à présent atteignable - et sans doute plus rapidement qu'on ne le pense.

« Nous sommes à peu près convaincus que, dans 10 ou 15 ans, un système presque entièrement renouvelable est possible, à 85% ou 90%, et appuyé sur les énergies renouvelables intermittentes », assure le Britannique. « Nous disons 2035, mais cette date est probablement ridiculement conservatrice. »

La baisse des prix devrait se poursuivre, estime-t-il, prédisant que, aux enchères, le solaire pourrait valoir moins de 1 centime d'euro par kilowatt heure (KWh) dans un avenir proche, après une vente à 1,66 centime d'euro le KWh enregistrée la semaine dernière au Mexique.

Lire aussi : L'énergie à l'aube d'un monde nouveau

La chute des prix des batteries a aussi dépassé les attentes avec un prix du stockage par kilowatt en baisse de 70% entre 2010 et 2016. Et cela continuera, assure-t-il, citant l'ambition de Tesla de construire la toute première batterie au lithium-ion de 100 mégawatts (en Australie, lire ci-dessous).

Lire aussi : Tesla a réussi à construire la plus grande batterie lithium-ion au monde en Australie

Effondrement des prix : une véritable tempête sur les marchés

« La dynamique est presque hors de contrôle », indique Auke Lont, Pdg de Statnett, le gestionnaire du réseau norvégien. C'est une vraie tempête sur les marchés économiques mondiaux en ce qui concerne l'énergie propre.

« C'est tout simplement incroyable, chaque semaine il se passe quelque chose quelque part dans le monde », continue-t-il, citant une vente aux enchères en Allemagne, où 1 gigawatt d'éolien terrestre a été vendu à 38 euros le mégawatt heure (MWh) la semaine dernière.

Les nouvelles estimations de la Commission sur les transitions énergétiques  devraient donner du poids aux propositions actuellement débattues au niveau de l'UE. Le 28 novembre, les eurodéputés ont en effet soutenu un objectif de 35% d'énergies renouvelables d'ici 2030, une amélioration par rapport aux 27% proposés il y a un an par la Commission européenne.

La proposition doit à présent obtenir le feu vert des États membres, ce qui risque d'être compliqué. Jusqu'ici, les États se sont en effet toujours montrés plus frileux que le Parlement sur le sujet des renouvelables.

Des prévisions européennes trop basses de l'avis général

Pourtant, même les fonctionnaires admettent aujourd'hui que les prévisions européennes sont trop basses. Maroš Šefčovič, le commissaire chargé de l'Union de l'énergie, a indiqué la semaine dernière que l'exécutif européen devait adapter ses estimations, afin de prendre en compte la chute rapide des coûts associés aux renouvelables.

« Nous avons à présent de nouveaux arguments pour revoir nos objectifs », a-t-il déclaré, assurant que la Commission encouragerait les négociations.

Cependant, ce nouvel objectif de 35% fait encore (très) pâle figure face à l'analyse de la Commission sur les transitions énergétiques. Les projections utilisées pour le définir se fondent en effet sur la supposition que seuls le gaz et les batteries au lithium permettraient de compléter les renouvelables intermittentes. Or, les technologies liées à la gestion de la demande se sont diversifiées de manière inattendue, ce qui pourrait encore pousser les prix vers le bas rapidement.

Transport, sidérurgie, chimie... des secteurs difficiles à électrifier

« Nous devons électrifier l'économie le plus possible », conclut Adair Turner, en ajoutant que des renouvelables peu coûteux aideront à décarboner d'autres secteurs de l'économie actuellement perçus comme « difficiles à électrifier », comme le transport ou les industries lourdes comme la sidérurgie, l'industrie chimique ou du ciment.

Selon lui, même pour ces secteurs, la production « d'hydrogène propre » à partir d'électricité renouvelable pourrait bientôt devenir économiquement faisable. L'hypothèse phare de la Commission sur les transitions énergétiques, c'est « qu'une partie de la solution à ces secteurs difficiles à électrifier serait en fait plus d'électrification, soit directement soit via de l'hydrogène propre ».

La Norvège, exemple à l'appui

En réponse aux sceptiques d'une énergie propre, Auke Lont rappelle que la Norvège est la preuve vivante qu'un système énergétique basé sur les renouvelables peut fonctionner. Le pays dépend déjà des renouvelables pour 60% à 65% de ses besoins totaux en énergie.

« Nous gérons un système électrique qui est 100% renouvelable », a-t-il expliqué, grâce à des capacités de secours fournies par le Danemark lorsqu'il n'y a pas de vent en Norvège.

Appel à un changement urgent des mentalités des institutions

« La technologie est là, les coûts chutent. Maintenant nous devons agir », affirme Laurence Tubiana, Pdg de la Fondation européenne pour le climat et commissaire à la Commission sur les transitions énergétiques.

« Et dans ce domaine, nous sommes à la traîne », prévient-elle, appelant les responsables politiques à rattraper leur retard vis-à-vis des progrès rapides en termes d'électrification et du coût des renouvelables. « Nous avons besoin d'un signal du gouvernement pour agir », a-t-elle assuré, faisant référence au lent développement des véhicules électriques en Europe.

« Nous pouvons avoir de bonnes surprises, mais elles arriveront trop tard », met-elle en garde, appelant à un changement de mentalité des institutions.

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Par Frédéric Simon, Euractiv.com (traduit par Manon Flausch)

(Article publié le mercredi 29 novembre 2017 à 11:14, mis à jour à 11:15)

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Commentaires 16
à écrit le 30/11/2017 à 14:59
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La consommation électrique de la France est en moyenne de 430 TWh annuels. On a besoin que de 20% de stockage maxi dans les pires conditions climatiques connues. Mais surtout on dépend du très large réseau Entso-e européen qui optimisé permet plus de...

le 30/11/2017 à 23:17
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Pour répondre à votre commentaire je suis entièrement d accord avec vous concernant le fait de conditionner les subventions à une production d éoliennes et panneaux photovoltaïques en France, c est ce qui se fait pour l éolien offshore. C est malheur...

à écrit le 30/11/2017 à 13:21
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Si les renouvelables produisent à un coût aussi bas, pourquoi faut-il un soutien politique? Car même si pour l'éolien des freins réglementaires peuvent exister, pour le photovoltaïque la réglementation ne pose pas de problèmes... Or selon cet article...

le 30/11/2017 à 15:08
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@ libéral : les aides concernent le développement de filières ou le soutien d'énergie passées. Le nucléaire qui s'effondre est soutenu par d'importantes augmentations de capital. Le charbon l'est dans les pays concernés etc. On peut faire des appels ...

à écrit le 30/11/2017 à 11:06
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1 - La Norvège a les moyens de mettre en place une infrastructure ENR car ; elle a plein d'argents grâce au pétrole qu'elle vend, et elle a une géographie adaptée. 2-L'énergie ENR peut effectivement être très peu onéreuse mais hélas elle n'est pas t...

le 30/11/2017 à 15:23
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@ Vaste blague : on consomme environ 430 TWh d'électricité par an en France et on a besoin que de 20% de stockage maxi dans les pires conditions. Comme précisé plus haut on ne travaille pas sur le seul réseau français mais depuis pas mal d'années déj...

à écrit le 30/11/2017 à 9:31
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L'exemple est excellent. Les énergies renouvelables norvégiennes sont principalement de l'hydraulique. Un autre bon exemple est le Danemark qui a beaucoup investi dans l'éolien. Quand il y en a trop ils le vendent, je devrais dire il le donne aux no...

à écrit le 30/11/2017 à 9:22
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Quand vous parlez de 38 €/MW, s'agit-il de puissance installé ou de puissance réelle? Comme la plupart des activistes des ENR ne font pas la différence, je pense qu'il s'agit de puissance installé.Le prix au MWh est donc d'a peu près 190 €/MWh. Des...

à écrit le 30/11/2017 à 8:01
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Le cas de la Norvège est un exemple très particulier, presque unique au monde car elle produit son électricité renouvelable avec des barrages hydraulique. L'hydraulique est la meilleure énergie car elle est disponible en quelques minutes contre plus...

à écrit le 29/11/2017 à 22:59
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EDF, continue de s'engager dans programmes titanesques de construction de centrales nucléaires dont le coût de production estimé pour les 60 années à venir est de 3.5 ct/KWh (en valeur 2014).

à écrit le 29/11/2017 à 18:43
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Quand le progrès technologique est du côté du peuple. Le pouvoir politique et économique ne va peut-être pas adorer, lui, et freiner des quatre fers. Pas sûr que le lobby nucléaire soit emballé comme un réacteur...

à écrit le 29/11/2017 à 17:56
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Angela va donc pouvoir fermer ses centrales à charbon rapidement (c'est prévu quand y aura suffisamment d'énergie disponible). L'intermittence nécessite combien d'énergie en plus pour compenser (dont les jours courts d'hiver) ? Les nuits sans vent ?...

à écrit le 29/11/2017 à 16:22
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Merci beaucoup pour cet article qui va faire hérisser les poils de plus d'un. Il me semblait bien que technologiquement nous y étions, mais bien entendu il faut se confronter à la puissance phénoménale qu'ont accumulé les lobbys énergétiques qui ...

le 30/11/2017 à 8:41
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En liberalisme , on a plus de chances d'y arriver qu'avec une economie socialiste dont l'histoire nous a montrée l'inefficience. Et puis , l 'article parle bien de profit (pour le consommateur ) puisque les prix refletent les avancées techniques.

le 03/12/2017 à 18:44
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"En liberalisme , on a plus de chances d'y arriver qu'avec une économie socialiste dont l'histoire nous a montrée l'inefficience" Ha mais je suis entièrement d'accord, maintenant le libéralisme c'est comme le communisme on nous en parle beaucoup ...

à écrit le 29/11/2017 à 16:18
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L'éolienne, cette polution viselle inacceptable!

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