Les réseaux de chaleur et de froid, ossature verdissante des villes

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Les réseaux de froid sont largement considérés comme une solution d'avenir pour lutter de manière durable contre les îlots de chaleur urbains.
Les réseaux de froid sont largement considérés comme une solution d'avenir pour lutter de manière durable contre les îlots de chaleur urbains. (Crédits : DR)
761 réseaux de chaleur et 23 réseaux de froid existent en France, dans quelque 600 villes. Ils utilisent des énergies de plus en plus renouvelables. Leur extension reste toutefois pénalisée par les prix encore trop bas du gaz, dont le gouvernement vient d'annoncer le gel.

Aux yeux des Parisiens et des touristes, ce n'est qu'un quai de Seine, entre les Champs-Élysées et la Tour Eiffel. Mais dans son sous-sol, il cache quatre étages de machines, tuyaux et autres technologies. L'entreprise Climespace, filiale d'Engie et concessionnaire de la ville de Paris depuis 1991, y produit depuis 2002 une partie de la fraîcheur nécessaire pour alimenter le plus grand réseau de froid d'Europe qui, via 75 kilomètres de canalisations, adoucit les températures estivales de 6,5 millions de mètres carrés urbains (musées, magasins, bureaux).

Il est le petit frère d'un autre réseau encore plus grand et plus ancien : le réseau de chaleur géré par la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), détenue à 65% par Engie et à 35% par la ville de Paris. Premier réseau de chaleur de France, il s'étend sur 509 kilomètres et chauffe 500.000 équivalents logements, en satisfaisant un tiers des besoins de chaleur de la capitale.

S'ils se situent en tête du podium en termes de taille, ces réseaux parisiens ne sont néanmoins pas seuls en France. En métropole, en 2017, il existait 761 réseaux de chaleur et 23 réseaux de froid, au service de plus de 2,3 millions d'équivalents logements dans quelque 600 villes, calcule la dernière enquête sur le sujet réalisée par le Syndicat national du chauffage urbain et de la climatisation (SNCU) pour le compte du Service de la donnée et des études statistiques (SDES) du ministère de la Transition écologique et solidaire. Leur développement contribue à l'objectif de verdir l'offre de chaleur, qui constitue le premier poste de consommation énergétique en France.

En 2030, 38% de la consommation finale de chaleur devra être de source renouvelable, selon la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV).

Lire aussi : La chaleur renouvelable pourra-t-elle réconcilier environnement et pouvoir d'achat ?

0,116 kilos de CO2 par kWh

En 2017, 56% du bouquet énergétique des réseaux de chaleur français était, en effet, constitué d'énergies renouvelables et de récupération, contre 27% dix ans plus tôt : 25% de la chaleur était produite par des unités de valorisation énergétique des déchets, 22% à partir de la biomasse, 5% par la géothermie, le reste par d'autres sources émergentes comme la récupération d'énergie fatale, calcule l'enquête nationale pré-citée.

La même année, le contenu en CO2 moyen des réseaux n'était donc que de 0,116 kg/kWh, "soit 36% de moins que l'électricité, 50% de moins que le gaz naturel et 60% de moins que le fioul", écrit le SNCU.

Par rapport à 11 ans plus tôt, le syndicat estime que l'empreinte carbone des réseaux de chaleur a baissé de 45%.

Cette augmentation de la part des renouvelables a notamment été rendue possible grâce à la création en 2009 du Fonds chaleur de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), qui soutient par des aides à l'investissement les projets de chaleur renouvelable. Entre 2009 et 2017, 830 des 4.300 projets financés par le Fonds chaleur étaient en effet des réseaux, représentant 70% de la chaleur verte soutenue et ayant absorbé 38% du montant des aides attribuées, calcule l'Ademe.

Ce fonds a notamment permis de construire plus de 1.200 km de réseaux complémentaires. Les réseaux dont plus de 50% de la chaleur fournie est de source renouvelable bénéficient en outre d'une TVA à taux réduit (5,5%) qui en favorise la compétitivité, souligne Yves Lederer, président d'un spécialiste du secteur, Coriance, qui aujourd'hui ne construit plus aucun réseau fossile car "sans intérêt".

Quant aux réseaux de froid, largement considérés comme une solution d'avenir pour lutter de manière durable contre les îlots de chaleur urbains, leur taux moyen de CO2 est selon le SNCU de 0,011 kg/kWh. Le réseau de Climespace, alimenté à 100% par de l'électricité renouvelable achetée sur le marché, permet de réduire de 50% les émissions de CO2 et de 65% la consommation d'eau par rapport aux solutions de climatisation individuelles, affirme l'entreprise.

La nécessité de créer de nouveaux réseaux

Mais alors que le développement des livraisons de chaleur verte s'est à 94% effectuée par le verdissement des réseaux existants, « la part de développement de nouveaux réseaux est restée très faible » (6%), regrette le SNCU.

Or, « même si 100% de l'énergie livrée par les réseaux était renouvelable, une augmentation significative de la production serait nécessaire pour atteindre les objectifs de la loi de transition énergétique », expliquait à la presse fin 2017 Amorce, association réunissant collectivités et entreprises.

En 2017, les réseaux ont, en effet, fourni 1,18 million de tonnes équivalent pétrole (Mtep) de chaleur verte, à comparer avec les 3,4 Mtep qui seraient nécessaires afin de respecter la trajectoire fixée par la LTECV, ainsi qu'avec les 11,3 Mtep de chaleur renouvelable globalement produites en France.

L'enjeu est donc de créer de nouveaux réseaux, ainsi que d'étendre et densifier ceux existants, explique Coriance. Avant 2030, il faudrait raccorder 4 à 6 millions d'équivalents logements supplémentaires selon Amorce. Or, ceux raccordés entre 2012 et 2017 sont 330.000 selon le SNCU. Le potentiel est là : plus de 600 collectivités de plus de 10.000 habitants - où la densité est jugée suffisante pour soutenir les coûts de construction -, ne sont toujours pas équipées d'un réseau, note le syndicat, et seulement environ 6% de la population française est aujourd'hui raccordée à un réseau.

Un gel du gaz qui inquiète

Le principal obstacle reste toutefois la concurrence du prix du gaz, dont les coûts se sont effondrés depuis 2014. Certes, selon le SNCU "les réseaux de chaleur restent compétitifs par rapport aux autres modes de chauffage avec un coût global, en 2017, de 1.111 euros par logement contre 1.218 euros pour le gaz collectif et 1.840 euros pour l'électricité pour une consommation de 170 KWh/m2 par an" (correspondant au niveau de consommation du parc social moyen).

Mais non seulement cette compétitivité dépend fortement du soutien de l'Ademe. Aussi, face à la volatilité des prix du gaz, elle reste insuffisante pour inciter les collectivités à multiplier les appels d'offres de délégations de service public pour la construction de réseaux. Un acteur comme Coriance affirme même peiner à investir tout l'argent que son principal actionnaire - le fonds australien First State Investments - voudrait consacrer à de nouveaux projets : des dizaines de millions d'euros par an.

Le gel du prix du gaz annoncé par le gouvernement dans l'ensemble de ses réponses de mardi 5 décembre aux "Gilets jaunes" risque ainsi de geler aussi les espoirs des acteurs des réseaux. Non seulement il maintient le gaz à des niveaux de prix nuisant à la compétitivité de leurs projets. Aussi, il mine leur confiance dans la volonté du gouvernement de maintenir une trajectoire permettant sereinement d'investir, explique Amorce. En attendant les détails sur les formes de ce gel, ils espèrent que la crise en cours soit l'occasion d'une "reconstruction du système" de la fiscalité environnementale, où une taxe carbone en hausse pour le gaz serait maintenue, mais les recettes seraient mieux utilisées afin de soutenir plus clairement la décarbonation des territoires de France.

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Commentaires
a écrit le 11/12/2018 à 18:38 :
Le prix du gaz maintenu remet en question ces projets , trés bien , donc , pour favoriser un développement de cette énergie propre et ne pas en faire une écologie punitive , maintenir le prix du gaz pour les particuliers au niveau actuel et augmenter de 20% le prix du gaz pour les collectivités !
a écrit le 11/12/2018 à 11:24 :
Le prix du gaz est trop bas du fait de son impact énorme non compté sur la pollution. Le solaire thermique (voir Savosolar en Finlande) peut être progressivement ajouté car il amortit assez rapidement ses frais et dure longtemps. Il est par compte plus cher avec du stockage. Chpâteaubriant dans le 44 près de Nantes développe un réseau de chaleur en ajoutant progressivement du solaire. On peut de plus envisager ouvrir l'apport de chaleur par des entreprises et particuliers qui ont des excédents de chaleur. On a aussi des progrès à faire car beaucoup de français ont encore des radiateurs qui nécessitent des hautes température donc sont moins efficients au niveau global des réseaux. Et puis arrive l'hydrogène que l'on injecte sur le réseau gaz en substitution du gaz et le biométhane issu du Power to gas et qui deviennent de plus en plus compétitif et servent à de multiples usages (stockage d'énergie, chauffage, industrie, transports lourds etc), tout celà aide à faire des volumes et baisser plus vite les prix (voir H2V Industry)
a écrit le 11/12/2018 à 9:26 :
"Leur extension reste toutefois pénalisée par les prix encore trop bas du gaz"

Non, par leurs prix à eux trop élevés. Trop facile et faux comme raisonnement, une déresponsabilisation générée totale.

Vous imaginez sinon la sémantique qu'une telle phrase peut générer ? :

Ben oui je suis second parce que l'autre coure trop vite (il faut donc l'alourdir...) Aliénant.

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