La chaleur fatale, l'un des leviers de la transition énergétique de l’Île-de-France

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Aujourd'hui l’Île-de-France, qui compte 12 millions d'habitants et est responsable de 15% de la consommation énergétique de la France, produit en effet seulement 11% de l'énergie qu'elle consomme.
Aujourd'hui l’Île-de-France, qui compte 12 millions d'habitants et est responsable de 15% de la consommation énergétique de la France, produit en effet seulement 11% de l'énergie qu'elle consomme. (Crédits : © Gonzalo Fuentes / Reuters)
Dans une récente étude, l'Ademe a identifié un potentiel de 6.500 GWh valorisables venant surtout de l'industrie. Une richesse à ne pas négliger dans l'élaboration du "Plan climat énergie" que la région veut présenter au printemps 2018.

Unités d'incinération des déchets, industries, eaux usées, data centers... des problèmes en vue pour la transition écologique de l'Île-de-France ? Une récente étude de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) en souligne plutôt la dimension de ressources. Ces puits de chaleur fatale - à savoir d'énergie dissipée lors des processus de production et piégée dans des matériaux ou perdue dans des flux incontrôlés - représenteraient un gisement de 26.600 GWh, dont 6.500 GWh (venant essentiellement de l'industrie, en hausse comme en basse température) valorisables en prenant en compte la proximité entre producteurs et consommateurs.

Après avoir appliqué un filtre géographique et économique, l'Ademe a même identifié une trentaine de projets déjà existants associant des consommateurs à chaque producteur de chaleur fatale, avec un potentiel d'ensemble de 900 GWh. Une richesse que l'agence encourage à ne pas négliger dans la poursuite des objectifs de la région en matière de développement des énergies locales et décarbonées, et qu'elle promet de soutenir via son fonds chaleur.

L'Île-de-France, mauvaise élève de la transition énergétique

La recommandation tombe à point, l'Île-de-France vient juste de lancer un appel à la mobilisation du monde politique, entrepreneurial et associatif en vue de la publication au printemps 2018 d'un "Plan climat et énergie". Des Assises régionales organisées le 27 novembre devaient en être le point de départ. La présidente de la région, Valérie Pécresse, qui affirme croire à la "croissance verte" et ne pas opposer "environnement et développement économique", y a expliqué espérer rattraper un retard en matière de transition énergétique qu'elle qualifie de "faute politique" de ses prédécesseurs.

Aujourd'hui la région, qui compte 12 millions d'habitants et est responsable de 15% de la consommation énergétique de la France, produit en effet seulement 11% de l'énergie qu'elle consomme - contre 56% dans l'ensemble de la France. Les énergies fossiles représentent 70% de sa consommation, contre 5% pour l'énergie renouvelable produite localement. En matière de consommation d'électricité, la part de production renouvelable locale tombe à 2%. Le dernier texte adopté par l'administration régionale, le Schéma régional du climat, de l'air et de l'énergie (SRCAE), qui date de 2012, avait pourtant établi qu'en 2020 11% de l'énergie consommée devrait venir de sources renouvelables locales.

En 2014, la facture énergétique régionale s'élevait à 22,2 milliards d'euros, à savoir 1.625 euros par ménage. Et tirée par le dynamisme économique comme par l'augmentation de la population, la consommation, en augmentation de 25% entre 2005 et 2014, est plutôt destinée à continuer de croître dans les années à venir, estiment les experts.

Industrie et data centers, "axes de travail à privilégier"

Alors comment poursuivre les objectifs de Valérie Pécresse, qui "rêve d'une région 100%
renouvelable, qui serait capable de produire elle-même un quart de sa consommation", et qui serait un modèle au niveau européen? L'une des priorités fixées par le SRCAE était justement la récupération de chaleur fatale, conformément aux orientations de la loi transition énergétique, rappelle l'Ademe dans le communiqué de présentation de son étude. L'agence, qui a déjà soutenu un projet de récupération de chaleur sur les eaux usées à Courcouronnes (91), et un autre à partir d'un data center à Bailly-Romainvilliers (77), insiste notamment sur ce dernier type de source ainsi que sur celles représentées par l'industrie et le traitement des fumées comme des "axes de travail à privilégier" encore peu expérimentés en Île-de-France.

Les autres principaux leviers ont été identifiés lors des Assises régionales. Le premier, dans un territoire où le résidentiel est responsable de 60% de la consommation d'énergie et de 50% des gaz à effet de serre, est l'efficacité énergétique du bâtiment. Ce qui demande des solutions techniques et architecturales, mais aussi le renforcement du conseil indépendant apporté aux ménages et un développement de l'ingénierie financière, conviennent les acteurs du secteur.

La géothermie et la méthanisation, autres leviers

Autres atouts, la géothermie, dont la région est la plus dense en Europe, la méthanisation, qui compte déjà 18 installations, et la biomasse, l'Île-de-France étant la quatrième région forestière de l'Hexagone. 106 réseaux de chaleur alimentés à plus de 40% par les renouvelables y sont déjà exploités. Le solaire est aussi perçu comme une opportunité, alors que - comme dans le reste de la France - pour le développement de l'éolien une meilleure association des habitants, y compris financière, est aujourd'hui considérée comme indispensable afin de lever les craintes esthétiques.

Pour la décarbonisation des transports, beaucoup d'espoirs reposent sur les solutions de smart charging, notamment dans les copropriétés. Alors que pour multiplier les outils de finance verte au service de la transition écologique régionale, les élus espèrent profiter de l'arrivée à Paris de l'Autorité bancaire européenne.

Une conférence régionale annuelle

"Il faut montrer une vision pour avancer", a martelé Valérie Pécresse lors des Assises. La région, qui est aussi responsable de l'organisation des modalités de l'action commune des collectivités territoriales, mise sur une approche transversale, irriguant l'ensemble des politiques régionales, et décentralisée, tenant compte des spécificités de chaque territoire. Elle s'engage aussi sur une simplification des dispositifs et sur la formation aux nouveaux métiers requis par la transformation. L'élaboration du plan climat devrait d'ailleurs être une étape plus qu'une fin. Pour assurer un enrichissement progressif des politiques décidées, une conférence régionale annuelle sera organisée, a promis Jean-Philippe Dugoin-Clément, vice-président chargé de l'écologie et du développement durable.

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a écrit le 04/12/2017 à 21:08 :
J'imagine une forêt d'éoliennes au-dessus de la vallée de Chevreuse pour alimenter les villas bourgeoises et planquées!
"on nous a volé notre paysage!" diront les gros rupins
Après tout ils ont bien bétonné nos côtes de l'ouest pour des plaisirs imbéciles, faudra bien qu'ils participent à la transition énergétique.
Et la de superbes côteaux bien orientés aux vent d'ouest fourniront une énorme énergie gratuite à l'ancienne 78.
a écrit le 02/12/2017 à 12:48 :
beaucoup de bonne idees sur comment ne plus perdre de l energie et de la chaleurs , c est vrais que les villes et les metropoles sont depensiere en ernergie perdue,? comme je l ai dit dernierement les stranports gratuit pour tous serais une grosse eonomie en petrole et aiderais la ville a reouvrir leurs petit commerces,:et beaucoup de surface de toit pourrais servir pour des pannaux solaires , ce n ai pas les idees qui manque c est une volonte politique d allez vers des economies d energies bonne pour notre SANTE A TOUS???/// HULOT A DU PAIN SUR LA PLANCHE GOUVERNE C EST PREVOIR A LONGT TERME///
a écrit le 01/12/2017 à 19:52 :
Bien, et après tout ce jargon technocratique, qu'est-ce que cela apporte en valeur ajoutée chiffrée, combien faut-il de pognon pour mettre tout cela au carré, et en combien de temps.
a écrit le 01/12/2017 à 19:10 :
Selon les travaux de l'l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, les villes sont responsables de plus de 40% des émissions de gaz à effet de serre, pourtant la thermodynamique nous montre que chauffer ou refroidir les bâtiments ne devrait demander que 10% de ce qu'elles consomment aujourd'hui. En utilisant le CO2 dans un réseau de chauffage urbain, il est possible de chauffer et refroidir le centre de Genève avec 16% de l'énergie consommée aujourd'hui. Avec des piles à combustible, il est possible de convertir du gaz en électricité et de capter le CO2. Avec l'énergie solaire, le CO2 et l'eau se combinent pour produire du gaz et les déchets que nous produisons peuvent être convertis en chaleur et électricité. En combinant le tout, il est ainsi possible de rendre la ville auto-suffisante.

Selon les réseau Heat Roadmap Europe : il y a plus de chaleur perdue pendant la production d'électricité en Europe qu'il n'en faut pour chauffer tous les bâtiments du continent. Il existe donc un énorme potentiel d'amélioration dans le secteur du chauffage, ce qui signifie qu'en collectant les énormes quantités de chaleur résiduelle des industries et de la production d'électricité et en les distribuant avec des réseaux de chauffage urbain intelligents, il serait possible d'économiser la totalité du gaz naturel actuellement utilisé pour le chauffage des bâtiments en Europe. Cela se traduirait non seulement par des économies monétaires, mais aussi par une réduction considérable des émissions de CO2.

La géothermie marine a un important potentiel du fait que la majorité des habitants sont proches des océans. Les unités de géothermie marine d'Engie le démontrent comme à Marseille.

Le solaire thermique est également le grand oublié alors qu'il devrait être systématiquement intégré.

L'ensemble de ces solutions s'avèrent rapidement rentables. Il faut juste que les réseaux énergétiques actuels évoluent plus rapidement.
a écrit le 01/12/2017 à 10:54 :
C'est intéressant au point de vue philosophique (et on en fait du bla bla car cela fait "in") mais quel est le temps de retour sur investissement pour récupérer toutes ces calories fatales ?
Cordialement
a écrit le 01/12/2017 à 9:00 :
Une bonne intiative, l'écologie c'est l'économie d'énergie et de matière première.
a écrit le 01/12/2017 à 8:32 :
Mais qui arrivera à comprendre que l'économie est basée sur la relation entre cout du travail et prix de l'énergie. C'est expliqué dans la note n°6 du CAE. Nous allons à notre perte si on n'en parle pas.
a écrit le 01/12/2017 à 8:21 :
Nous avons intérêt à gaspiller l'énergie parce qu'elle est très bon marché comparée au cout du travail. Il faut appliquer la note n°6 du CAE.

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