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ClimatEnergie & Environnement

« Nous n'allons pas passer à un scénario 100 % renouvelables » David Corchia, Eren

Photo de Dominique Pialot

Propos recueillis par Dominique Pialot

Publié le 29 septembre 2017 à 04:30

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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David Corchia est le cofondateur avec Pâris Mouratoglou d'Eren Re, dans laquelle Total vient de prendre une participation indirecte de 23%. Ensemble, ils avaient déjà développé ce qui allait devenir EDF Énergies Nouvelles. David Corchia détaille pour "La Tribune" la stratégie qui a permis à Eren Re de bâtir un parc éolien et solaire de plus de 650 MW et d'afficher un objectif de 3 GW en 2022. Il analyse aussi l'évolution récente et les perspectives des énergies renouvelables.

LA TRIBUNE - Depuis la création d'Eren Re en 2012, vous avez été parmi les premiers à vous positionner sur des marchés aux besoins en électricité élevés, dans des contextes parfois complexes. Vous êtes ainsi allés en Grèce dès 2012, en pleine crise économique!

DAVID CORCHIA - Oui, et maintenant, tout le monde veut y aller, surtout depuis que le président Emmanuel Macron y a fait une visite. Aujourd'hui, nous explorons davantage les marchés émergents - Amérique latine, Afrique, Asie centrale ou du Sud-Est - plutôt que l'Europe de l'ouest (à l'exception de la Grèce) ou les États-Unis. Nos critères d'investissement, qui sont sans doute exigeants, nous poussent à défricher de nouvelles géographies. Et nous nous efforçons d'y entrer avant les autres, comme nous l'avons fait en Argentine ou encore au Burkina Faso, où nous avons été les premiers à conclure un contrat de long terme de vente d'électricité pour alimenter une mine d'or. À l'inverse, nous sommes arrivés trop tard au Chili pour développer des projets dont le profil de risques et la rentabilité nous convenaient.

Nous construisons aussi bien des centrales de 15 MW au Burkina Faso ou 25 MW au Brésil que de 100 MW en Argentine dans l'éolien ou de 126 MW en Égypte dans le solaire. En revanche, nous ne sommes pas présents sur les grandes centrales solaires de 1.000 MW ni sur l'éolien offshore. Ces projets gigantesques représentent un risque industriel, font l'objet d'une compétition féroce, et offrent donc des niveaux de rentabilité bas.

Et vous restez propriétaires de ces centrales ?

Notre stratégie consiste effectivement à conserver la majorité du capital des centrales que nous développons et à vendre l'électricité produite sur le long terme. C'est une activité très gourmande en capital et nous sommes sur une trajectoire de 100 à 150 millions d'euros de fonds propres investis par an pour les prochaines années. C'est pourquoi nous avons procédé à une première levée de fonds de près de 200 millions d'euros en deux tranches (en septembre 2015 et mai 2017) auxquelles ont participé BPI France, Nextworld, Tikehau et FFP (famille Peugeot).

Pour financer notre plan de développement sur les cinq ans à venir, nous avions plusieurs options : travailler à une troisième augmentation de capital avec nos partenaires financiers historiques et/ou avec d'autres investisseurs, et, en parallèle ou ensuite, préparer une introduction en Bourse. Finalement, nous avons mis en oeuvre, avec Total, un partenariat industriel bien plus puissant.

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Comment s'est conclu ce rapprochement ? Avez-vous discuté avec d'autres partenaires potentiels ?

Nous avons eu de nombreuses discussions avec d'autres énergéticiens, essentiellement étrangers. En général, c'était dans la perspective d'un projet donné ou pour exploiter des synergies sur une zone géographique spécifique. Puisque nous nous développons dans l'électrification rurale, nous avions déjà parlé avec Total en raison de sa puissance de frappe en Afrique. Mais lors de la deuxième tranche de notre levée de fonds en mai dernier, nous avons commencé à discuter de façon globale. Leur souhait d'investir massivement dans l'électricité, et de le faire dans le vert là où c'est possible et où ça a du sens, nous a beaucoup plu. Et notre prédilection pour les marchés émergents, souvent compliqués et peu développés dans le renouvelable, ne les a pas effrayés du tout. Au contraire. Nous avons des synergies à trouver, en Afrique par exemple.

Quelques mots sur la gouvernance ?

C'est la volonté des deux parties de laisser Eren Re, qui sera rebaptisé Total Eren à la date de réalisation de l'opération, autonome. Et surtout agile, capable de décider et d'agir vite, comme nos partenaires locaux, qui sont le plus souvent de toutes petites structures composées de quelques personnes seulement et qui souhaitent « courir vite». Pour traduire cet état d'esprit de façon capitalistique, nous avons intercalé une structure intermédiaire entre Eren et Eren Re. C'est pourquoi les 237,5 millions d'euros investis par Total correspondent à une participation indirecte de 23 % dans Eren Re. Comme les autres actionnaires auront la possibilité de ne pas être dilués, nous espérons que l'augmentation de capital se soldera in fine par un apport de 340 millions d'euros de fonds propres à Eren Re.

Et dans cinq ans ?

Total a une option lui permettant de prendre le contrôle d'Eren Re à l'issue de la première période de cinq ans. Cependant, nous pourrons aussi discuter d'un autre scénario - qui me plaît beaucoup -, celui d'une IPO [Initial Public Offering, introduction en Bourse, Ndlr] avec Total comme actionnaire industriel de référence. Pâris [Mouratoglou] et moi-même aurions plaisir à garder un rôle important pour dix ans ou plus dans une société cotée en Bourse.

Et si Total prenait 100% ?

On me dit que Total est différent des autres groupes dans sa manière d'intégrer des entreprises et je veux bien le croire. Ils le font avec Saft et les cinq prochaines années de cette belle entreprise en seront la preuve. Pour nous, travailler avec les grands groupes, surtout quand ils apportent quelque chose, est extrêmement positif. Si nous avons recommencé [après avoir cédé SIIF Énergies à EDF, Ndlr], c'est pour pouvoir bénéficier de l'appui d'un géant de l'énergie doté d'un savoir-faire incontestable, de son assise internationale et de moyens financiers renforcés, tout en gardant notre agilité et le plaisir de faire notre métier.

Pensez-vous que l'effondrement actuel des prix des renouvelables est exagéré et résulte d'une guerre des prix malsaine ?

Dans un environnement économique et financier avec des taux d'intérêt négatifs, les choses sont quelque peu biaisées. Les énergies renouvelables entrent dans une classe d'actifs considérée comme peu risquée, à juste titre d'ailleurs. Les projets sont parfois analysés comme des obligations d'État qui seraient assorties de rémunérations supérieures à zéro. Mais en réalité, même faibles, il existe des risques de construction, de performance, de qualité du développement...

En revanche, la baisse du coût des équipements et la hausse de leurs rendements sont bien réelles et les énergies renouvelables sont effectivement devenues compétitives. Mais ce n'est pas pour autant que nous allons passer à un scénario 100 % renouvelables. Les sites implantés dans des endroits propices et à proximité d'une connexion sont rares, surtout pour l'éolien. Il faut compter avec l'acceptabilité des projets et les conflits d'usage, notamment entre le solaire et l'agriculture. Par ailleurs, le stockage va fortement se développer, à la fois centralisé et réparti, géré par les réseaux à des points clés. Sans compter la quantité gigantesque de batteries nécessaire pour les voitures électriques, puis en dehors des voitures dans un deuxième temps. Mais si la voiture électrique se développe comme je le pense, la consommation électrique va s'envoler. Jusqu'à présent, on a toujours adapté l'offre à la demande. Mais avec une offre de plus en plus renouvelable, donc de plus en plus intermittente, il va falloir des outils de régulation non seulement du côté de l'offre, mais aussi de la demande. C'est d'ailleurs précisément ce que proposent, par exemple, Voltalis [un spécialiste de l'effacement électrique pour les particuliers dans laquelle Eren Industries a investi] qui est en train de s'implanter à l'international, ou nos sociétés dans le secteur du stockage de froid que sont Fafco et Cryogel.

Propos recueillis par Dominique Pialot

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