Nucléaire : des élus normands en ordre de bataille pour accueillir des EPR

Le fiasco de Flamanville ne les a pas refroidi. Alors que le prochain locataire de l'Elysée devra se prononcer sur la proposition d'EDF de construire six nouveaux EPR en France, douze responsables normands de tous bords viennent de signer un manifeste "transpartisan" pour réaffirmer leur soutien sans réserve à la construction d’une paire d’EPR à Penly. Anticipant une décision positive en 2023, ils se préparent à accueillir cet énorme chantier dans l’espoir de « maximiser les retombées pour le territoire ».

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Photo montage de la centrale de Penly après installation de deux réacteurs EPR (sur la gauche)
Photo montage de la centrale de Penly après installation de deux réacteurs EPR (sur la gauche) (Crédits : EDF)

« Nous remboursons encore les emprunts contractés à l'occasion de la construction des deux premiers réacteurs (bâtis dans les années 80 ndlr) ». La main du maire de Petit-Caux, la localité qui abrite la centrale nucléaire de Penly, n'a pas tremblé lorsqu'il s'est agi de parapher le manifeste de soutien à la construction d'un double EPR sur sa commune. Patrice Philippe en est persuadé : le projet sera « générateur de richesses ». Pour autant, il n'en fait pas mystère. Sa ville devra fournir, à nouveau, de gros efforts si le souhait de Jean-Bernard Lévy, le PDG d'EDF, de construire une nouvelle vague de réacteurs, est exaucé par le prochain locataire de l'Elysée. Au printemps, l'énergéticien a proposé au gouvernement de lancer au plus tôt la construction de six EPR pour les mettre en service à partir de 2035.

« Il faut bien mesurer ce que représente la présence de 10 000 ouvriers, avec leur famille, pendant plusieurs années, dans une commune de 10 000 habitants comme la nôtre. Ce sera une très grosse affaire que l'on doit aborder avec lucidité », confie Patrice Philippe.

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La lucidité, c'est justement ce dont se prévalent Hervé Morin, président centriste de la Région et Sébastien Jumel, député communiste de Dieppe, ennemis politiques mais amis du nucléaire. C'est à leur initiative qu'une dizaine de responsables normands (élus et représentants du monde économique) de tous bords ont apposé leur signature au bas du manifeste. Titré Cap Penly 2, le texte réaffirme sans ambiguïté l'adhésion pleine et entière de ses auteurs au projet d'EPR... sans cacher qu'ils attendent des preuves d'amour en retour.

« Nous nous engageons à adopter une posture ouverte, vigilante et constructive afin de garantir la prise en compte des intérêts du territoire » écrivent-ils. « Nous sommes volontaires mais nous sommes plus exigeants aujourd'hui que nous ne l'avons été hier », traduit Sébastien Jumel plus abruptement.

Une équation à plusieurs inconnues

En réalité, les élus locaux veulent à tout prix éviter d'être pris de court par l'appel d'air que suscitera immanquablement ce  chantier à 15 milliards d'euros... s'il se confirme.  « Les enjeux sont gigantesques, c'est pourquoi nous nous mettons en ordre de marche sans attendre une décision qui, à nos yeux, est inéluctable », décrypte Hervé Morin. Il est vrai que les défis qui attendent les collectivités en termes de logements, de formation, de services de santé ou d'infrastructures ont de quoi donner le tournis.

« La question du foncier nous préoccupe, relève par exemple le maire de Petit-Caux. Comment, avec l'objectif zéro artificialisation nette, construire des villages entiers sans empiéter sur des terres agricoles ? Comment ne pas faire fuir les touristes en trustant tous les logements au profit des travailleurs de la centrale ? ».

Des questions judicieuses auxquelles devra répondre le comité stratégique de pilotage qui vient d'être mis en place sous la co-présidence du patron de la Région et du préfet.

Outre l'enjeu du foncier, ses membres (représentants des collectivités, des entreprises, d'EDF et de l'Etat) devront s'atteler au défi des compétences, qui fait d'ailleurs l'objet d'une commission ad hoc. Un sujet inflammable, pour le député de Dieppe. « EDF ne doit pas siphonner tous les soudeurs du coin ou importer des travailleurs de pays low cost, tonne t-il sans prendre de gants. De la même manière, attention à ce que les appels d'offres profitent aux entreprises d'ici et pas seulement des donneurs d'ordre venus d'ailleurs ». Un avertissement sans frais.

Les édiles savent enfin qu'il leur faudra composer avec l'inquiétude de certains de leurs habitants mais aussi avec l'effet « terre brûlée » qui suit les chantiers XXL. A Flamanville, où les travaux de l'EPR finiront bien un jour, collectivités et services de l'Etat anticipent, depuis plusieurs mois, le départ des ouvriers et ingénieurs qui menace d'assécher les commerces locaux. « L'après-chantier est un sujet clé », souligne Patrice Philippe en connaisseur.

Des élus en fusion

On le comprend, les responsables normands n'entendent pas jouer les utilités face au mastodonte EDF. En pariant sur l'effet de groupe, ils espèrent maximiser les retombées économiques sur cette partie du littoral où le taux de chômage fait grise mine. « La présence autour de la table des quatre intercommunalités environnant la centrale est un signal fort », fait valoir Laurent Jacques, maire du Tréport. Cela n'a pas toujours été le cas par le passé, souffle à voix basse un autre élu. « A la construction des premiers réacteurs, certaines communes avaient une fâcheuse tendance à tirer la couverture à elles ».

Attentif à ne pas contrarier ce nouvel esprit de concorde, Hervé Morin préfère pour sa part mettre en avant le regain de puissance de feu de la collectivité régionale, divisée dans les années 80. « A l'époque, la foncière commerciale n'existait pas. Pas plus que le campus des énergies que nous avons créé pour former les jeunes générations » insiste t-il avant de conclure : « la seule chose qui nous manque, c'est une décision présidentielle ». De fait.

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Commentaires 14
à écrit le 23/09/2021 à 15:12
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Un tel choix reviendra à accepter de voir flamber les futures factures d'électricité ! Quand on connait le prix du MW à venir avec le futur EPR de Flamanville (120 euros du MW) , des dents vont grincer …

à écrit le 22/09/2021 à 19:01
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Avec leurs bonnets rouges etc..., les Bretons n'ont jamais voulu de centrales nucléaires au nom de l'écologie.
 Maintenant, ils n'ont pas assez d'électricité, d'où la centrale à gaz construite à la va-vite, et ils ont les algues vertes : je me marre...

à écrit le 22/09/2021 à 18:47
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Ca devient vraiment ridicule les francais de 2021 ! Cessés d'employé "en ordre de bataille" quand il s'agit d'employés de bureau ou de fonctionnaires ! Napoléon, le sicilien, comme bebel !

à écrit le 22/09/2021 à 16:30
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Ce serait une très bonne chose que de planifier un EPR tous les 4 ans sur 200 ans. Il reste le problème de l'accès à l'uranium... Mais assurer une indépendance énergétique fiable et pérenne sur 200 ans c'est assurer la puissance du pays. Sans pa...

à écrit le 22/09/2021 à 16:16
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Et s'ils construisaient à la place des centrales au Thorium ?

le 22/09/2021 à 16:55
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Pas encore au point et impossible de faire des armes avec.... donc pas de pognon militaire pour cela

à écrit le 22/09/2021 à 14:12
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des élus fort malins. Ils ont bien compris que, quoiqu'on fasse en terme de transition énergétique, on ne le fera pas sans le nucléaire, parce qu'on ne pourra pas socialement expliquer que le deuxième jeudi de février 2042, à 20h sous un anticyclon...

le 23/09/2021 à 9:41
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en Fév 2042, il ne fera pas -15°C, mais +10°C. Nous seront sous une tempête dite centenaire selmon nos critères actuels, mais elle sera identique à celles de l'année 2041. Les centrales nucléaires du bord de mer seront fermées et sous l'eau ! ...

à écrit le 22/09/2021 à 13:41
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Je ne comprends plus ,les accords de Paris où autres spécifiés pour 2035 de baisser à 50℅ la participation du nucléaire .Alors pourquoi construire de nouvelles centrales ?

le 22/09/2021 à 14:17
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construire de nouveaux EPR permets de facturer plus et de pouvoir detourner un peu plus d argent pour soi.

à écrit le 22/09/2021 à 13:19
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Sans nucléaire ce sera la catastrophe nos amis normands sont des visionnaires

à écrit le 22/09/2021 à 12:10
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Avec les voitures électriques, le nucléaire n'est pas une option mais une obligation.

à écrit le 22/09/2021 à 10:53
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En 2020, 52 centrales nucléaires sont en constructions dans le monde, principalement en Chine et en Inde, alors que 186 unités ont pris leur retraite. Trente pays se partagent un parc de 449 réacteurs. Au niveau mondial, ils produisent 10,2% de l’éle...

à écrit le 22/09/2021 à 10:35
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Il n'y a qu'un FIASCO, c'est l'ENERGIE GEWINDE allemand de nos escrolos et de nous Citoyens Indigne Niais

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