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ClimatEnergie & Environnement

Quels moyens pour booster les énergies vertes françaises ?

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 16 janvier 2019 à 05:30 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:04

Usine de biométhane en Allemagne, gaz, énergie

Usine de biométhane en Allemagne, gaz, énergie

iStock

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La feuille de route énergétique des dix prochaines années, partiellement dévoilée en novembre dernier, fixe des objectifs ambitieux pour l'électricité, la chaleur et le gaz renouvelables. Mais le flou demeure quant aux moyens mis en oeuvre pour les atteindre, aggravé par les revenus incertains de la fiscalité écologique en 2019.

« Les luttes contre le réchauffement climatique et pour la biodiversité sont plus nécessaires que jamais, mais se trouvent entravées, a affirmé Emmanuel Macron le 31 décembre dernier dans ses vœux à la nation. Nous surmonterons ensemble les égoïsmes nationaux, les intérêts particuliers et les obscurantismes. » Pas certain que ces quelques mots suffisent à rasséréner les tenants de la transition énergétique. Attendue pendant la moitié de l'année dernière, la PPE (programmation pluriannuelle de l'énergie) en bonne et due forme - un document de quelque 350 pages - n'a toujours pas été publiée en ce début janvier.

Mais ses grandes lignes ont été présentées par François de Rugy le 27 novembre au travers d'un dossier de presse, et les objectifs affichés en matière d'énergies renouvelables sont très ambitieux. Pour atteindre 32% d'énergies vertes dans la consommation énergétique finale et 40% de la production électrique en 2030, il ne faut pas moins que doubler les capacités installées d'ici à 2028, pour une puissance de 102 à 113 gigawatts. Ce qui signifie, pour passer de 8 à 40 GW de solaire en dix ans, multiplier le rythme d'installation par trois. L'accélération nécessaire est un peu moins brutale pour l'éolien terrestre, qui doit passer de 15 à 35 GW d'ici à 2028, soit 2 GW installés par an contre 1,5 GW aujourd'hui.

Pour l'heure, la France ne se situe même pas sur la trajectoire qui lui permettrait d'honorer son engagement de 23% du mix en 2020. Au mieux, on devrait taquiner les 18% ou 19%. C'est dire l'ampleur du chemin à parcourir... Or, tout en se réjouissant « d'une trajectoire claire » pour une « véritable montée en puissance des renouvelables », le syndicat des énergies renouvelables (SER) se désole que certaines technologies (biomasse, hydrolien, éolien flottant) fassent figure de parents pauvres, et regrette un manque de précision quant aux moyens disponibles pour atteindre ces objectifs.

«Le doublement des capacités renouvelables électriques à l'horizon 2028 nécessite une dizaine d'appels d'offres par an», observe son président Jean-Louis Bal.

Pour le solaire, se pose la question de disponibilité du foncier, de conditions de faisabilité des projets sur bâtiments et du soutien à l'autoconsommation. Trop complexes, les derniers appels d'offres pour le solaire intégré au bâti n'ont guère attiré les candidats.

Pour l'éolien offshore, quand en 2008 le Grenelle de l'environnement visait 3 GW en 2020, l'objectif n'est plus que de 2,4 en 2023 et de 5,2 GW en 2028.

Pour l'éolien flottant, sur lequel la France affiche pourtant une certaine avance technologique, alors que deux régions méditerranéennes sont intéressées, la PPE ne prévoit que 500 MW (soit deux parcs de 250 MW) d'appels d'offres, dont l'un pour l'Atlantique.

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2018, annus horribilis pour la transition française

Il est aussi prévu de porter la part de gaz renouvelable (issu de la méthanisation) à 10% de la consommation. Si certains acteurs jugent cet objectif trop modeste, à l'instar de GRDF qui ambitionne d'atteindre 30% à cette échéance, le gouvernement le conditionne déjà à une forte baisse des coûts, autorisant un tarif de rachat de 67 euros/MWh en 2023 contre 95 euros aujourd'hui. Cette échéance semble trop proche aux acteurs de la filière, en plus d'être imprécise. « Parle-t-on des projets installés en 2023, ou démarrés en 2023 ? » s'interroge Jean-Louis Bal.

À l'exception de l'éolien, pour lequel plusieurs mesures de simplification administrative ont été adoptées, on attend toujours les décrets d'application issus des groupes de travail sur le solaire ou la méthanisation organisés par Sébastien Lecornu lorsqu'il était secrétaire d'État au ministère de la Transition écologique et solidaire, et que la nouvelle secrétaire d'État Emmanuelle Wargon doit relancer en janvier.

Cette incertitude autour des moyens pour mettre en oeuvre la feuille de route est d'autant plus pesante qu'elle s'inscrit dans la foulée d'une année 2018 qui n'aura guère été favorable à l'écologie ni au climat.

Dans un contexte global marqué par le redémarrage à la hausse des émissions de gaz à effet de serre après quelques années de stagnation, la France affiche des performances particulièrement médiocres.

Alors que les émissions mondiales ont augmenté de 0,7% en 2017, c'est + 3,2% pour la France, en dépassement de 6,7%. En cause, essentiellement, les transports et le bâtiment, secteurs qui ont le plus dérapé par rapport à la trajectoire prévue.

Sur le plan politique, la démission fracassante de Nicolas Hulot a mis en évidence les nombreux obstacles sur la route de la transition énergétique française. Mais le coup de grâce a été porté par la reculade opérée par le gouvernement devant la persistance du mouvement des "Gilets jaunes". Ce sont les hausses annoncées sur le prix des carburants, résultant de l'évolution de la contribution climat énergie (CCE), intégrée depuis 2014 au calcul de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), qui ont mis le feu aux poudres.

Le gouvernement, qui avait prévu d'accélérer la hausse de cette CCE selon la loi pour la transition énergétique de 2015, après avoir martelé qu'il ne céderait pas d'un pouce sur la fiscalité écologique, puis annoncé une suspension de ces taxes pour six mois, les a finalement purement et simplement supprimées.

Inquiétudes autour du financement de la transition

Et ce n'est pas sans inquiéter les acteurs des filières renouvelables, dont le développement nécessite encore un soutien financier de la part des pouvoirs publics. Comme le montrent les résultats des derniers appels d'offres (remportés en juin 2017 à un prix moyen de 55,50 euros/MWh pour les centrales d'une puissance comprise entre 5 et 17 MW), les coûts des technologies électriques les plus matures - éolien terrestre ou photovoltaïque - sont aujourd'hui compétitifs avec ceux de l'électricité conventionnelle.

Mais les contrats signés il y a une dizaine d'années à des tarifs de rachat élevés, conclus pour une période de vingt ans, pèsent encore sur les finances publiques. Quant aux filières moins matures, elles ont besoin de subventions pour devenir compétitives. D'ailleurs, l'État, qui a renégocié à la baisse les conditions des premiers parcs éoliens offshore attribués en 2012, porté un coup d'arrêt à l'hydrolien et communiqué ses exigences pour le biogaz, a clairement annoncé sa préférence pour les technologies les moins onéreuses.

Le coût du soutien public aux renouvelables s'est élevé à 5,2 milliards d'euros en 2018. Payé jusqu'en 2016 par les consommateurs au travers de la CSPE (contribution au service public de l'électricité), il figure désormais dans un compte d'affectation spécial, examiné dans le cadre du projet de loi de finances.

Bien qu'en France les revenus de la fiscalité écologique ne soient pas affectés à la transition énergétique mais au budget de l'État, dans le contexte actuel, les professionnels du secteur ne masquent pas leur crainte de voir la PPE remise en cause faute de moyens pour la financer.

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La mobilisation d'une partie de l'opinion publique pourra-t-elle peser sur les choix du gouvernement dans ce contexte budgétaire contraint ? La pétition lancée par les ONG Oxfam, FNH, Greenpeace et Notre affaire à tous pour soutenir leur action en justice intentée contre l'État pour « carence fautive » sur le front du climat, dont les énergies renouvelables sont le fer de lance, avait recueilli le 6 janvier près de 2 millions de signatures.

Dominique Pialot

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