Quels moyens pour booster les énergies vertes françaises ?

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Usine de biométhane en Allemagne. Le gouvernement français veut bien développer le biogaz, à condition que ses tarifs de rachat baissent fortement.
Usine de biométhane en Allemagne. Le gouvernement français veut bien développer le biogaz, à condition que ses tarifs de rachat baissent fortement. (Crédits : iStock)
La feuille de route énergétique des dix prochaines années, partiellement dévoilée en novembre dernier, fixe des objectifs ambitieux pour l'électricité, la chaleur et le gaz renouvelables. Mais le flou demeure quant aux moyens mis en oeuvre pour les atteindre, aggravé par les revenus incertains de la fiscalité écologique en 2019.

« Les luttes contre le réchauffement climatique et pour la biodiversité sont plus nécessaires que jamais, mais se trouvent entravées, a affirmé Emmanuel Macron le 31 décembre dernier dans ses vœux à la nation. Nous surmonterons ensemble les égoïsmes nationaux, les intérêts particuliers et les obscurantismes. » Pas certain que ces quelques mots suffisent à rasséréner les tenants de la transition énergétique. Attendue pendant la moitié de l'année dernière, la PPE (programmation pluriannuelle de l'énergie) en bonne et due forme - un document de quelque 350 pages - n'a toujours pas été publiée en ce début janvier.

Mais ses grandes lignes ont été présentées par François de Rugy le 27 novembre au travers d'un dossier de presse, et les objectifs affichés en matière d'énergies renouvelables sont très ambitieux. Pour atteindre 32% d'énergies vertes dans la consommation énergétique finale et 40% de la production électrique en 2030, il ne faut pas moins que doubler les capacités installées d'ici à 2028, pour une puissance de 102 à 113 gigawatts. Ce qui signifie, pour passer de 8 à 40 GW de solaire en dix ans, multiplier le rythme d'installation par trois. L'accélération nécessaire est un peu moins brutale pour l'éolien terrestre, qui doit passer de 15 à 35 GW d'ici à 2028, soit 2 GW installés par an contre 1,5 GW aujourd'hui.

Pour l'heure, la France ne se situe même pas sur la trajectoire qui lui permettrait d'honorer son engagement de 23% du mix en 2020. Au mieux, on devrait taquiner les 18% ou 19%. C'est dire l'ampleur du chemin à parcourir... Or, tout en se réjouissant « d'une trajectoire claire » pour une « véritable montée en puissance des renouvelables », le syndicat des énergies renouvelables (SER) se désole que certaines technologies (biomasse, hydrolien, éolien flottant) fassent figure de parents pauvres, et regrette un manque de précision quant aux moyens disponibles pour atteindre ces objectifs.

« Le doublement des capacités renouvelables électriques à l'horizon 2028 nécessite une dizaine d'appels d'offres par an », observe son président Jean-Louis Bal.

Pour le solaire, se pose la question de disponibilité du foncier, de conditions de faisabilité des projets sur bâtiments et du soutien à l'autoconsommation. Trop complexes, les derniers appels d'offres pour le solaire intégré au bâti n'ont guère attiré les candidats.

Pour l'éolien offshore, quand en 2008 le Grenelle de l'environnement visait 3 GW en 2020, l'objectif n'est plus que de 2,4 en 2023 et de 5,2 GW en 2028.

Pour l'éolien flottant, sur lequel la France affiche pourtant une certaine avance technologique, alors que deux régions méditerranéennes sont intéressées, la PPE ne prévoit que 500 MW (soit deux parcs de 250 MW) d'appels d'offres, dont l'un pour l'Atlantique.

2018, annus horribilis pour la transition française

Il est aussi prévu de porter la part de gaz renouvelable (issu de la méthanisation) à 10% de la consommation. Si certains acteurs jugent cet objectif trop modeste, à l'instar de GRDF qui ambitionne d'atteindre 30% à cette échéance, le gouvernement le conditionne déjà à une forte baisse des coûts, autorisant un tarif de rachat de 67 euros/MWh en 2023 contre 95 euros aujourd'hui. Cette échéance semble trop proche aux acteurs de la filière, en plus d'être imprécise. « Parle-t-on des projets installés en 2023, ou démarrés en 2023 ? » s'interroge Jean-Louis Bal.

À l'exception de l'éolien, pour lequel plusieurs mesures de simplification administrative ont été adoptées, on attend toujours les décrets d'application issus des groupes de travail sur le solaire ou la méthanisation organisés par Sébastien Lecornu lorsqu'il était secrétaire d'État au ministère de la Transition écologique et solidaire, et que la nouvelle secrétaire d'État Emmanuelle Wargon doit relancer en janvier.

Cette incertitude autour des moyens pour mettre en oeuvre la feuille de route est d'autant plus pesante qu'elle s'inscrit dans la foulée d'une année 2018 qui n'aura guère été favorable à l'écologie ni au climat.

Dans un contexte global marqué par le redémarrage à la hausse des émissions de gaz à effet de serre après quelques années de stagnation, la France affiche des performances particulièrement médiocres.

Alors que les émissions mondiales ont augmenté de 0,7% en 2017, c'est + 3,2% pour la France, en dépassement de 6,7%. En cause, essentiellement, les transports et le bâtiment, secteurs qui ont le plus dérapé par rapport à la trajectoire prévue.

Sur le plan politique, la démission fracassante de Nicolas Hulot a mis en évidence les nombreux obstacles sur la route de la transition énergétique française. Mais le coup de grâce a été porté par la reculade opérée par le gouvernement devant la persistance du mouvement des "Gilets jaunes". Ce sont les hausses annoncées sur le prix des carburants, résultant de l'évolution de la contribution climat énergie (CCE), intégrée depuis 2014 au calcul de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), qui ont mis le feu aux poudres.

Le gouvernement, qui avait prévu d'accélérer la hausse de cette CCE selon la loi pour la transition énergétique de 2015, après avoir martelé qu'il ne céderait pas d'un pouce sur la fiscalité écologique, puis annoncé une suspension de ces taxes pour six mois, les a finalement purement et simplement supprimées.

Inquiétudes autour du financement de la transition

Et ce n'est pas sans inquiéter les acteurs des filières renouvelables, dont le développement nécessite encore un soutien financier de la part des pouvoirs publics. Comme le montrent les résultats des derniers appels d'offres (remportés en juin 2017 à un prix moyen de 55,50 euros/MWh pour les centrales d'une puissance comprise entre 5 et 17 MW), les coûts des technologies électriques les plus matures - éolien terrestre ou photovoltaïque - sont aujourd'hui compétitifs avec ceux de l'électricité conventionnelle.

Mais les contrats signés il y a une dizaine d'années à des tarifs de rachat élevés, conclus pour une période de vingt ans, pèsent encore sur les finances publiques. Quant aux filières moins matures, elles ont besoin de subventions pour devenir compétitives. D'ailleurs, l'État, qui a renégocié à la baisse les conditions des premiers parcs éoliens offshore attribués en 2012, porté un coup d'arrêt à l'hydrolien et communiqué ses exigences pour le biogaz, a clairement annoncé sa préférence pour les technologies les moins onéreuses.

Le coût du soutien public aux renouvelables s'est élevé à 5,2 milliards d'euros en 2018. Payé jusqu'en 2016 par les consommateurs au travers de la CSPE (contribution au service public de l'électricité), il figure désormais dans un compte d'affectation spécial, examiné dans le cadre du projet de loi de finances.

Bien qu'en France les revenus de la fiscalité écologique ne soient pas affectés à la transition énergétique mais au budget de l'État, dans le contexte actuel, les professionnels du secteur ne masquent pas leur crainte de voir la PPE remise en cause faute de moyens pour la financer.

La mobilisation d'une partie de l'opinion publique pourra-t-elle peser sur les choix du gouvernement dans ce contexte budgétaire contraint ? La pétition lancée par les ONG Oxfam, FNH, Greenpeace et Notre affaire à tous pour soutenir leur action en justice intentée contre l'État pour « carence fautive » sur le front du climat, dont les énergies renouvelables sont le fer de lance, avait recueilli le 6 janvier près de 2 millions de signatures.

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Commentaires
a écrit le 17/01/2019 à 7:47 :
Les français sont très bon pour parler, mais pas pour faire les choses. Voilà la raison pour le retard en France.
a écrit le 16/01/2019 à 19:34 :
Si ça ne va pas assez vite,c'est aussi à cause du coût.
J'ai demandé un devis pour des panneaux photovoltaïques (autoconsommation) à Edf.Enr.Il en ressort que dans mon cas,l'amortissement se fait en 35 ans au tarif actuel et sans compter les frais de maintenance.
Donc,c'est non!
Réponse de le 17/01/2019 à 0:07 :
Ben si on considère les prix des panneaux venant de chine plus l'onduleur; les accus achetés en Europe, si votre maison est bien orientée, ça peut être valable et vite remboursé, mais comme d'habitude l'autoconstruction n'est pas subventionnée (c'est pas bien difficile à installer) et on est à la merci de margoulins avides de s'enrichir, parfois mal posés et branchées.
J'ai vu ça chez-moi, j'ai installé moi-même ma pompe à chaleur chinoise air air 239€ 3h de boulot à la portée de tout bricoleur, pas eu de subvention, le voisin à fait installer la même payée 1700€, Si on fait la péréquation c'est 8x plus cher que ça vaut qu'on vous a proposé.
C'est pareil pour les éoliennes, jetez un coup d'oeil sur e-bay usa, vous serez épatés.
a écrit le 16/01/2019 à 19:24 :
C'est tout simple ... le prix !
a écrit le 16/01/2019 à 18:38 :
Des annonces intéressantes, dans un contexte difficile.
Les ENR et la bas carbone sont surtout un investissement d'avenir et on peut présumer que pour les technologies les plus rentables les aides nécessaires sont minimes. Parfois c'est la complexité qui freine les projets.
On peut comparer la situation et l’évolution à celles de l'Allemagne : https://www.energy-charts.de/energy_pie.htm?year=2018
a écrit le 16/01/2019 à 16:00 :
Voilà ce qui arrive quand on perd de vue le but de la transition énergétique: faire baisser les émissions de CO2 !
On a ici un article entier sur le fait que le déploiement des énergies renouvelables ne va pas assez vite, alors même que l'installation de ces énergies renouvelables augmente les émissions de CO2 de la France.
Réponse de le 16/01/2019 à 19:27 :
Bien sûr! Le but, clair mais non avoué, de cette transition énergétique est de sortir du nucléaire.
Réponse de le 16/01/2019 à 22:32 :
Absolument d’accord: on continue à nous parler du renouvelable alors que cela ne sert à rien pour réduire les émissions et pire, cela les augmentent à la fois pour les construire et pour les remplacer quand il n’y a pas de vent ou la nuit. Puisque soit disant ces énergies sont moins chères, qu’elles se débrouillent sans subvention. La réalité c’est que le prix du renouvelable c’est en fait 30% de la source renouvelable (son taux de fonctionnement moyen) et 70% de la source fossile (le gaz en général ou le charbon commme en Allemagne) pour le remplacer le restant du temps. Bref, ce n’est pas le coût du renouvelable tout seul. Et c’est pourquoi d’une part ces énergies ont besoin de subvention et qu’elles sont supportées par les producteurs de gaz. A quand un article qui promeuvera le vélo, les pompes à chaleur et les voitures électriques et les centrales nucléaires pour faire fonctionner le tout?
a écrit le 16/01/2019 à 14:49 :
L'électrométhanogénèse permet d'exploiter les quelques 40% de C02 non utilisés du biogaz, avec un rendement de 96%, donc de quasiment doubler la production de biométhane en réduisant le coût quasiment de 2. Il y a très peu d'équipes qui travaillent en France sur le sujet alors que SoCalGaz en Californie et Electrochaea en Allemagne et Danemark développent des réacteurs optimisés/standardisés pour les déployer à très grande échelle car on comprend l'immense impact au plan mondial. Il serait temps de s'y mettre en France pour quasiment doubler la production de biogaz au lieu d'importer des énergies fossiles pour 38,6 milliards d'euros l'an passé et plus en moyenne chaque année. De même les réseaux de chaleur intégrant le solaire thermique et CSP au Danemark arrivent à des prix parfois inférieurs à 24 euros le MWh (entre 28 et 35 euros en Allemagne). C'est bien moins cher que le nucléaire et c'est la forme de chauffage et de froid la moins chère pour les plus défavorisés mais aussi les hôpitaux, écoles, bâtiments publics, HLM etc Il faut donc amplifier la démarche chaleur/froid et solaire thermique y compris CSP qui s'intègre aux réseaux de chaleur comme à Aalborg. On n'a que 6% des bâtiments connectés en France et ca vient en remplacement d'énergies importées donc n'attendons pas que le prix du pétrole et gaz remontent trop. Idem pour la filière hydrogène qui traite à la fois le stockage, l'injection réseau, le power to gaz, le carburant pour camions, bus, navires, trains, industries et plus, car d'autres avancent vite.
a écrit le 16/01/2019 à 12:36 :
Que nos glorieux hauts-fonctionnaires qui justifient leur salaires par leslois stupides qu'ils pondent cessent de nuire, et on resoudra une grande partie du probleme.
Ca fait les 3 projet solaire pour auto-consommation en toiture que je me fais refuser par l?architecte de Batiments de France sous prétexte que c'est pabô, que si un accorde ca il y aura des panneaux partout, alors que certaisn toits ont deja des panneaux thermique, du n'importe quoi !

En face les centrales allemandes n'ont pas besoin de declaration de travaux, du coup le solaire y est encore moins cher et plus dynamique.
Réponse de le 16/01/2019 à 14:37 :
@ Steph : votre architecte des BdeF a peut être des actions Tesla et veut voir mettre de des ardoises ou tuiles solaires bien plus intégrables ;o))) https://www.tesla.com/fr_FR/solarroof
a écrit le 16/01/2019 à 11:54 :
La préoccupation des coûts de production par l’Etat est une très bonne chose !! Pour améliorer les ratios de production par type d’énergie on pourra aussi jouer sur le niveau de consommation global en isolant de façon beaucoup plus volontariste l’immobilier qui nécessitera moins d’energie pour se chauffer ou se refroidir, et en prenant en compte les effets du réchauffement qui devrait normalement générer moins d’energie pour le chauffage......
a écrit le 16/01/2019 à 11:18 :
Faire un article sur ‘Quels moyens pour booster les énergies vertes françaises’ alors que l’on vient d’échapper de justesse à un ‘Black out’ (voir l’article la Tribune publié le même jour) dont l’origine première est le décrochage brutal de la production éolienne allemande de près de 40GW le 10 janvier vers 21h apparaît un peu curieux voire provocateur.
C’est vrai que nous ne sommes plus à une incohérence près en matière de production d’électricité !
Réponse de le 16/01/2019 à 14:33 :
@ Jardinier : un décrochage de 40 GW rien que çà auquel on a répondu par l'arrêt de 22 industriels interruptibles pour 1500 MW ! Si on mettait tout les allumés sur orbite vous n'arrêteriez pas de tourner ! Le problème vient de la liaison Kosovo-Serbie, pas d'Allemagne (à qui vous reprochez sans doute de ne pas avoir fermé assez de centrales charbon et d'avoir ajouté du gaz) et qui a un réseau bien plus sûr que le nôtre de même que le Danemark classé 1er en 2013 et 3e l'an passé.
Réponse de le 16/01/2019 à 16:09 :
@Polytech
Le problème venait bien d'Allemagne. Leurs centrales à charbon ne peuvent pas redémarrer instantanément, et c'est bien une chute du vent imprévu vers 21h, ajouté au démarrage d'une station hydraulique allemande qui a failli provoqué un blackout européen.

La France qui a sauvé l'Europe de ce blackout grâce à ce dispositif d’interruption de la consommation des industriels, est d'ailleurs le seul pays à avoir mis en place un tel dispositif. C'est certainement pas l'Allemagne qui demanderait à ses industriels de réduire leur consommation pour sauver l'Europe d'un blackout.
Réponse de le 16/01/2019 à 22:54 :
@polytech: mais c’est bien sur, la Serbie et le Kosovo ont le pouvoir d’influencer la totalité du système européen électrique! Et surtout pas les éoliennes allemandes?
Polytech, êtes vous assez aveugle pour ne pas voir que l’argument est fallacieux?
Réponse de le 16/01/2019 à 23:03 :
@Polytech
J’ai signalé que La Tribune était un des très rares médias à avoir fait mention de cette information sur le black-out évité de justesse le 10 janvier et dont l’origine première est bien la brutale chute de la production électrique allemande d’origine éolienne vers 21h.
Que d’autres dysfonctionnements aient pu se greffer, et en particulier celui que vous mentionnez c’est possible, mais le point de départ est bien cette baisse brutale en Allemagne. Ne pas vouloir regarder les problèmes que pose (et surtout que vont poser) le développement à marche forcée des renouvelables et tout particulièrement de l’éolien est une faute qui ne sera pas masquer par les seules incantations idéologiques.
En tout état de cause cela ne vous autorise pas à insulter les gens !
a écrit le 16/01/2019 à 10:04 :
Solution médiatique pour booster l'agriculture et singulièrement l'élevage avec en prime une pollution des milieux par les épandages des résidus. Que l'on cesse de subventionner ces trucs qui sont en fait des subventions aux grosses sociétés. J'attends des bilans prospectifs de ces nouvelles énergies???

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