Reprise des chantiers navals STX : bras de fer entre l’Etat français et Fincantieri

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Le repreneur Fincantieri ne veut pas de la majorité relative
Le repreneur Fincantieri ne veut pas de la majorité relative (Crédits : © Stephane Mahe / Reuters)
Le site Mer et Marine a révélé vendredi un rebondissement dans la reprise des chantiers navals STX par l’Italien Fincantieri, qui refuse de se voir cantonné à une majorité relative.

La direction du groupe public italien, celles de DCNS et des armateurs RCCL et MSC, , l'Agence des Participations de l'Etat (APE), qui détient 33.34% des parts de l'entreprise...Toutes étaient invitées par le secrétaire d'Etat à l'industrie Christophe Sirugue à une réunion à Bercy la semaine prochaine. Au programme : la part de STX que reprendrait Fincantieri. Si la justice coréenne lui en a attribué 66% pour sa mise de 80 millions d'euros, Bercy souhaite la plafonner en-dessous de 50%.

Garanties caduques de l'Etat, des élus et des syndicats

Mais le gouvernement italien soutient au contraire fermement Fincantieri (dont il possède 72%) pour qu'il détienne une majorité absolue, un point que l'industriel considèrerait comme non négociable. C'est pourquoi, selon Mer et Marine, l'industriel italien a tout simplement refusé de participer à cette réunion. Au ministère, on se dit inquiet devant la brutalité de la méthode sur la façon dont Fincantieri pourrait se comporter à Saint-Nazaire après la reprise.

Pourtant, le gouvernement, les élus locaux et plusieurs syndicats de STX France avaient donné des « garanties », quant au respect de cette condition.

Craintes de rationalisations à moyen terme

A court terme, Fincantieri, qui a besoin de la cale géante de STX France pour le marché des paquebots géants et doit de façon contractuelle réaliser à Saint-Nazaire les commandes déjà signées, n'a a priori pas de raison d'en bouleverser l'organisation . Mais les Français s'inquiètent des mutualisations, voire des rationalisations et autres spécialisations de sites qui pourraient survenir à plus long terme.

D'où l'action entreprise par Bercy, qui depuis plusieurs semaines travaille à un élargissement du tour de table afin de limiter la dépendance de Saint-Nazaire au contexte italien, de garantir les intérêts stratégiques français avec DCNS et d'assurer le maintien des deux principaux clients des chantiers, des armateurs qui avaient d'ailleurs envisagé une solution concurrente avec Damen. Tout cela permettant de limiter la part de Fincantieri à une majorité relative.

Calendrier électoral français défavorable à Bercy

A partir de la signature du mémorandum d'entente avec le tribunal de Séoul le 13 janvier, Fincantieri dispose d'un mois et demi pour mener à bien la période de due diligence, ce qui amène à une signature de la convention de cession à compter de fin février. L'Etat français pourrait encore intervenir en préemptant les parts de STX (ce que prévoit le pacte d'actionnaire de 2008), à condition d'agir moins d'un mois après la signature de la convention de cession.

Mais, dans un contexte de relations franco-italiennes déjà entachées par les offensives de Vivendi chez Telecom Italia et Mediaset, le calendrier électoral français complique cette option.

Interrogé samedi matin, le maire de Saint Nazaire David Samzun (PS) plaide pour une nationalisation temporaire de l'entreprise en cas d'échec des négociations avec Fincantieri.

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Commentaires
a écrit le 13/02/2017 à 8:54 :
Le dispositif retenu par la justice coréenne ne plait pas à Bercy? Et alors?
a écrit le 12/02/2017 à 19:43 :
Un chantier naval est structurant pour sa région.
Refuser un investissement aussi réduit pour récupérer la part que l'état ne
détient pas alors que le chantier naval a des commandes qui lui assurent plusieurs
années de travail ne serait ce pas complètement absurde?
La vente à un de ses concurrents directs signifie, à plus ou moins long terme
des problèmes pour le chantier et l'ensemble de ses sous-traitants.
Si on continue de vendre nos entreprises, il ne faut pas ensuite venir pleurnicher
sur l'augmentation du chômage ou le déficit de notre balance commerciale.
Rappel sur l'endettement de notre pays, l'Allemagne a pratiquement le même
montant de dette que la France sans que l'on en fasse tout un fromage.
Le problème de la France est moins celui de son endettement que,celui de la masse de
ses chômeurs et des personnes qui sont en sous activité, provoquant une baisse des recettes fiscales et une hausse des coûts sociaux ainsi que du dérapage
de ses comptes publics par suite,notamment de dépenses fiscales aux particuliers comme aux entreprises qui n'ont pas toujours montré leur efficacité.
a écrit le 12/02/2017 à 15:40 :
J'ai un peu de mal à comprendre pourquoi cela s'emballe de la sorte alors que l'on a très bien vécu pendant des années avec un actionnaire coréen majoritaire qui n'a pas empêché l'entreprise de prospérer.

Étant donné qu'on se retrouve dans une situation où un état actionnaire veut sécuriser une entreprise rachetée par une entreprise détenue en majorité par un autre état actionnaire, c'est clairement un accord entre états qui devrait être conclu, non?
Sachant que c'est l'Italie, on devrait quand même pouvoir trouver un terrain d'entente. Voire créer une holding franco-italienne pour diriger l'ensemble formé par Fincantieri et STX France?

On va clairement retomber dans le débat sur la consolidation des chantiers navals européens, mais il faudra tôt ou tard traiter le sujet.

80 millions d'euros? C'est vraiment le prix de rachat? ça semble dérisoire! Sacrée affaire, qui a quand même le bénéfice de permettre un retour dans le giron européen. C'est déjà ça.
Réponse de le 12/02/2017 à 18:00 :
"J'ai un peu de mal à comprendre pourquoi cela s'emballe de la sorte alors que l'on a très bien vécu pendant des années avec un actionnaire coréen majoritaire qui n'a pas empêché l'entreprise de prospérer."
Il n'y a pas eu de délocalisation.
Ceci n'est pas garantit avec Fincantieri qui bosse principalement pour le N°1 mondial US Carnival et s'est associé en juillet dernier au géant chinois CSSC pour construire des paquebot en Chine.
Aussi parce que Fincantieri possède déjà des chantiers en coopération, un peu partout dans le mode.
Alors que les paquebots sont une spécialité européenne, les italiens sont en train de faire un trou dans la raquette!
Donc les dindons de la farce pourraient être la France et l'UE, au profit de la Chine et des USA avec un pillage d'emplois et de savoir-faire, sans que la France puisse contrôler quoique ce soit!
Réponse de le 12/02/2017 à 19:29 :
De plus STX peut assembler des PA et des BPC.
Seules 2 nations au monde disposent de porte-avions. Ne pas confondre avec les porte-aéronefs.
C'est carrément stratégique.
C'est donc des capacités portuaires et de R&D rares.
Il faudrait donc d'après vous que la France, si elle négocie avec des PA avec l'Inde ou le Brésil, par exemple, dépende du bon vouloir des italiens.
Dans l'autre sens, les italiens pourraient tenter de négocier des PA ou BPC avec une tierce nation contre les intérêts de la France.
Donc la France doit se réserver au minimum un droit de véto et une clause particulière pour les assemblages militaires.
Si le prix de STX France est de 80 millions, je ne vois pas pourquoi le France ne rachèterait pas STX, le temps de négocier proprement avec un ou plusieurs repreneurs.
Pour Alstom Belfort, l'état a signé pour plus de 700 millions, commande + investissements, 80 millions est donc un détail au regard de la valeur stratégique de STX et au regard de son méga carnet de commande d'une quinzaine de milliards et de dizaines de millions d'heures de travail sur une dizaine d'années.
Va t'on une fois de plus se faire arnaquer?
Réponse de le 14/02/2017 à 7:32 :
Brésil avec french PA
a écrit le 12/02/2017 à 12:28 :
L'état français est présent dans plus d'une centaine d'entreprises et cela ne nuit pas à leur gouvernance. cela a permis à de nombreuses entreprises stratégiques de ne pas étre rachetées par des étrangers . Ces dernières années , la situation financiaire de STX s'est nettement améliorée. Exercice bénificaire, et carnet de commande plein pour les dix années à venir. on en est arrivé à cette situation grace à de gros investissements et l'état français s'est porté caution dans la réalisation des commandes.
Les italiens veulent tout. pouvoir faire la pluie et le beau temps à ST NAZAIRE mais avec l'état français qui se porte caution de la réalisation des bateaux.
Soit il y a un accord qui sécurise les chantiers dans le long terme. Soit l'état retire sa caution sur les navires à fabriquer et les italiens se débrouillent avec les armateurs. Soit les chantiers sont repris à 100 % par la FRANCE et la direction actuelle des chantiers ne bouge pas et une holding est mise en place dans un deuxième temps.
Réponse de le 12/02/2017 à 16:34 :
En resumé vous-avez dit que sans l'interventions et subventions de l'état la société STX n'arait pas des conditions d'exisance?
a écrit le 11/02/2017 à 20:38 :
Excellents commentaires sur l'affaire, encore une parmi d'autres. L'Etat socialiste est en mal d'affaires pour faire le bras de fer. C'est bientôt la débâcle.
Réponse de le 12/02/2017 à 9:32 :
l'Etat a peur de passer aux repreneurs les dossiers administratives du STX.
a écrit le 11/02/2017 à 18:52 :
Cher pas glop,
80 millions d'euros c'est l'offre de reprise de l'italien Fincantieri aux coréens ! Personne ne connait toutes les clauses du contrat préliminaire.
Si notre GRAND Etat français, après avoir refusé que les chinois et autres asiatiques fassent une offre, et avait voulu racheter la filiale du chantier naval coréen, pourquoi ne pas l'avoir fait à ce moment là ? Maintenant il est trop tard.
En droit international, cela s'appelle ingérence dans les affaires de sociétés privées étrangères. Les coréens ont choisi l'italien, cela les regarde mais c'est, sauf erreur, actuellement le plus important constructeur de navires au monde.
Serions-nous plus malins, nos chers politiques s'entend, qui hier ont ruiné les chantiers de St Nazaire au point d'avoir du les brader en 2006 aux coréens, voudraient maintenant imposer leur loi ?
Subventionner une activité pour que les emplois soient conservés est une chose mais que l'Etat veuille redevenir constructeur de navires.... le ne peux plus rire, je pouffe !!
Réponse de le 12/02/2017 à 9:30 :
Et pourtant, c'est bien parce que l'Etat s"est impliqué qu'il y a eu Airbus, le TGV, Ariane, le programme nucléaire Français.... et j'en passe... Ca serait bien que l'état sauve STX en France puisque les intérets privés mondialisés envisagent de dépecer la bête ... (splendide par ailleurs)
Réponse de le 12/02/2017 à 12:20 :
@financier73
Le prix étant officiel, c'est sur cette base que l'Etat peut (et doit) se baser pour faire un rachat : ça s'appelle en droit, le droit de préemption ! Le vendeur ne peut prétexter des accords cachés... tout est sur la table ! Pourquoi l'Etat n'a pas fait d'offre jusque là... peut-être pour ne pas en faire remonter le prix...
a écrit le 11/02/2017 à 16:40 :
Fincantieri ou tu aimes STX ou tu la quittes
a écrit le 11/02/2017 à 15:27 :
Disons après l'élection.

En attendant, l'élection sera bouclée.
a écrit le 11/02/2017 à 15:22 :
L'Etat français est gonflé ! Ils ont refusé d'autres offres asiatiques et danoise de mémoire.
L'italie est quand même notre voisin.
C'est pas le repris qui dicte ses conditions au repreneur, on croit rêver !
Je serai italien, je lâcherait l'affaire..En plus sapin et toute cette clique ne sera plus là d'ici six mois alors à quoi bon..
Nationalisation partielle ?! Avec quel argent ?! On a 2200 miliards de dettes..Non merci, l'Etat est un très mauvais gestionnaire, en plus les cégétistes vont se sentir autorisé à faire grêve pour empêcher toutes restructurations !
a écrit le 11/02/2017 à 15:04 :
L'état a l'art de transformer l'or en plomb.
a écrit le 11/02/2017 à 13:36 :
comme je l'avais deja evoque ,nous constatons que les repreneurs ne se bousculent
pas et pour cause ,partout ou l'etat est present la gestion est mauvaise EDF, POSTE etc

sans parler du cout tordu fait à NISSAN avec les actionnaires qui avaient moins de 3 ans

de plus en ce moment perturbé par les magouilles des présidentielles où nous avons des candidats sans programme
a écrit le 11/02/2017 à 13:08 :
Un remake de Florange. Quand l'Etat cessera-t-il d'asservir les entreprises à coup de subventions financées par la dette publique?
a écrit le 11/02/2017 à 12:59 :
Cette entreprise à deja ete vendu a l'étranger comme bien d'autre ( Renault Trump defence, altrom , acierlors) ... Et après quelque annee nos politique arrive à la certitude que cela n'était pas judicieux .... Donc ils souhaitent éviter les délocalisations, où les chantage éhonté de général electrique ( Belfort ), mais nous avons difficilement les moyens de nationaliser. Et la gestion de nos entreprises par les élites ( gouvernemental ) est loins de donner satisfaction. Maintenant notre gouvernement de gauche avec sont incapacité à redressé le pays et les 3 000 000 de sans emploi, espère trouver une solution industriel, mais il est peut probable que notre pays sorte gagniant de cette histoire...
Réponse de le 11/02/2017 à 13:50 :
80 millions d'euro pour 66% des parts : la France en a encore les moyens... il suffira de revendre ensuite les chantiers, mais en mettant des clauses permettant à l'Etat français de contrôler l'avenir de ces chantiers ...!!
Je pense que c'est la solution la plus simple ... et elle coutera au minimum largement moins qu'une commande de rames TGV dont la SNCF n'a pas besoin ! ...voire une opération rentable si l'état revend une partie des parts à un prix identique, voire avec plus-value !! (on est moins coincé que le vendeur coréen, non ?)
Réponse de le 11/02/2017 à 13:50 :
80 millions d'euro pour 66% des parts : la France en a encore les moyens... et pourquoi pas la région... il suffira de revendre ensuite les chantiers, mais en mettant des clauses permettant à l'Etat français de contrôler l'avenir de ces chantiers ...!!
Je pense que c'est la solution la plus simple ... et elle coutera au minimum largement moins qu'une commande de rames TGV dont la SNCF n'a pas besoin ! ...voire une opération rentable si l'état revend une partie des parts à un prix identique, voire avec plus-value !! (on est moins coincé que le vendeur coréen, non ?)
Réponse de le 11/02/2017 à 16:28 :
@glop

Bien vu d' autant que Merkel ne s'est pas privée pour sauver TKMS .
Réponse de le 11/02/2017 à 20:01 :
@pas glop : Quel investisseur serait prêt à lâcher ne serait-ce que 80 millions pour racheter des chantiers dont l'état continuerait à assurer de fait le contrôle ?
Réponse de le 12/02/2017 à 12:26 :
@ bruno_bd : 80 millions d'euro ... sur les plus de 2000 milliards de dettes actuelles, ce n'est même pas une goutte d'eau, c'est une trace d'humidité ! Quelques rond-points de moins, et le budget n'est même pas modifié !
Il ne s'agit pas pour l'état de s'immiscer dans la gestion de STX France : les chantiers se portent très bien... il faut juste par cette nationalisation (temporaire) s'arrurer qu'il n'y aura pas dépeçage ni pillage de l'entreprise... !
Après, avec Fincantieri, il sera toujours temps de proposer un partenariat, mais sur un pied d'égalité !!
Réponse de le 12/02/2017 à 15:28 :
@Bruno_bd : je sais pas qu'elle est la rentabilité de ces chantiers mais même avec une part plafonnée à 50%, j'ai tendance à croire que n'importe qui peut s'y retrouver, au moins financièrement, au bout de quelques années.
Réponse de le 12/02/2017 à 21:05 :
@moebius @pas glop
ce n'est pas mon propos ; il y a deux raisons qui peuvent pousser un investisseur à investir dans une entreprise : vouloir en prendre le contrôle en devenant majoritaire pour y appliquer ses décisions ou absorber un concurrent pour améliorer la rentabilité en réduisant la concurrence, ou parce qu'on espère un fort retour sur investissement. La construction navale étant une industrie de main d'oeuvre, la rentabilité est assez faible, ne reste donc que la première raison.

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