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Fincantieri, le repreneur de STX France qui fait peur aux croisiéristes et à DCNS

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 28 décembre 2016 à 05:56 - Mis à jour le 29 décembre 2016 à 15:10

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Le groupe naval italien a été le seul à déposer une offre de reprise pour les chantiers de Saint-Nazaire. Il inquiète les croisiéristes et DCNS, soucieux de ne pas voir un rival construire des navires de guerre en France.

C'est finalement Fincantieri qui devrait s'offrir STX France. Le groupe naval italien a été le seul à déposer une offre de reprise pour les chantiers de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) auprès d'un tribunal de Corée du Sud, selon Reuters. Un porte-parole de ce tribunal sud-coréen chargé du dossier a déclaré mardi matin qu'une seule offre avait été déposée, sans préciser l'identité du candidat. "Seul un candidat a déposé son offre dans le délai imparti", a déclaré à l'AFP le juge Choi Ung-Young, qui fait office de porte-parole du tribunal de commerce du district central de Séoul.

Un porte-parole de STX Offshore and Shipbuilding a indiqué que la justice annoncerait le 3 janvier si cette offre est acceptée. "Si le prix proposé est trop bas, l'offre sera refusée et un nouvel appel d'offre sera lancé", a déclaré le porte-parole.

A l'origine, quatre repreneurs potentiels avaient manifesté leur intérêt pour la reprise de tout ou partie de STX Offshore & Shipbuilding, groupe sud-coréen en redressement judiciaire et propriétaire à 66% des chantiers de Saint-Nazaire. Deux offres européennes pour le constructeur de paquebots de croisière et de navires de guerre étaient attribuées à l'italien Fincantieri et à un consortium conduit par le néerlandais Damen, auxquels devait s'associer dans les deux cas le constructeur naval militaire français DCNS.

Fincantieri, le chantier qui inquiète les croisiéristes...

Fincantieri, qui a affiché 4,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires environ en 2015 (dont deux milliards générés par les bateaux de croisière) était très intéressé par STX Saint-Nazaire. Pourquoi ? Car il rêvait d'égaler Meyer Werft, qui construit des très grands bateaux de 700.000 tonnes grâce au chantier de Turku en Finlande racheté à STX en 2014. Ce qui n'est pas encore le cas de Fincantieri. Mais avec le chantier français, l'italien va y parvenir si son offre est acceptée. "Saint-Nazaire a pour lui d'être le seul endroit ou presque où l'on peut construire de très gros paquebots", a récemment confirmé à l'Assemblée nationale le président du groupement des industries de construction et activités navales (GICAN), Patrick Boissier.

La reprise de STX Saint-Nazaire par Fincantieri va toutefois inquiéter les croisiéristes, qui ne voient pas d'un bon œil une concentration de ce secteur autour de deux chantiers navals. Car jusqu'ici les croisiéristes maîtrisaient les prix des navires face à des chantiers navals prêts à rogner sur leurs marges (2% à 3% en moyenne) pour obtenir des commandes. Face à un duopole composé de Fincantieri et de Meyer Werft, dans la construction des très grands bateaux de croisière, ils ne pourraient plus peser autant sur les prix. D'où vraisemblablement l'intérêt de deux croisiéristes - MSC Croisières et Royal Caribbean Cruises - de soutenir le chantier naval néerlandais Damen dans la mise aux enchères de STX.

... Et DCNS

Enfin, si Fincantieri met finalement la main sur les chantiers de Saint-Nazaire, DCNS devra obtenir des garanties du chantier italien, qui réalise 33% de son chiffre d'affaires dans le militaire. Car le chantier naval italien pourrait avoir envie de fabriquer des navires de guerre à partir de la France. "Dans le cas où l'acheteur de STX ferait partie de nos concurrents dans le domaine naval militaire, il faudrait éviter de recommencer les guerres à propos de l'export des bâtiments militaires", a d'ailleurs expliqué début décembre Hervé Guillou devant les députés de la commission de la défense.

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Selon le PDG de DCNS, Fincantieri a pris une place très importante dans le secteur de la construction militaire après d'énormes efforts de restructuration et de productivité. Le groupe naval italien est d'ailleurs coté en Bourse. "Très faible en ce qui concerne les sous-marins, pour la construction desquels il dépend d'un transfert technologique, il dispose en revanche d'une gamme très étendue de bâtiments de surface", a rappelé Hervé Guillou. C'est d'ailleurs contre lui que DCNS a perdu un mégacontrat au Qatar.

Vers un partenariat DCNS/Fincantieri?

Actuellement DCNS et STX ont passé des accords commerciaux destinés à répondre le cas échéant aux besoins souverains de la France pour la construction de bâtiments de grande taille de type porte-hélicoptères (BPC), porte-avions et pétroliers ravitailleurs. Ces partenariats permettraient également de répondre "aux besoins d'export à partir de la France pour les partenaires stratégiques de la France" pour des navires de plus de 11-12.000 tonnes, avait précisé le PDG de DCNS, Hervé Guillou avant le salon Euronaval en octobre dernier. Enfin, DCNS veut empêcher STX de développer une activité de construction de petits bâtiments militaires, explique-t-on à La Tribune. Notamment sur des navires de plus petite taille.

"Il faut pouvoir construire de gros navires pour la France, mais aussi pour l'export, ce qui fait intrinsèquement partie dubusiness modeld'une société cyclique, a précisé Hervé Guillou. Cela suppose un accord pérenne, qui fait aujourd'hui défaut, sur la disponibilité de cette capacité de conception et de construction : il n'existe pour l'heure que des accords commerciaux".

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C'est pour cela que DCNS pourrait s'associer à Fincantieri "pour assumer la modeste part de l'activité que représentera la gouvernance du marché militaire ou du marché de souveraineté"., a assuré le PDG de DCNS. Mais comme l'a souvent répété Hervé Guillou ces dernières semaines, "DCNS n'a pas vocation à devenir l'actionnaire majoritaire de STX, car cela supposerait que nous connaissions le marché de la croisière".

Michel Cabirol

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