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Entreprises & FinanceIndustrie lourde

Avec l'aide publique, la décarbonation des 50 sites industriels les plus pollueurs de France est en marche

latribune.fr

Publié le 06 avril 2023 à 05:09 - Mis à jour le 06 avril 2023 à 05:49

industrie

Une décarbonation des sites aidés par l'Etat équivaudrait en termes de CO2 évité à la rénovation énergétique de 10 millions de logements ou à la conversion de 10 millions de voitures thermiques à l'électrique.

Reuters

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05 juin 2026

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Le gouvernement a réuni mercredi à Bercy les dirigeants des 50 sites les plus nocifs au climat pour faire un point d'étape sur la décarbonation de sites industriels qui bénéficient d'aides publiques. Objectif : la neutralité carbone en 2050 mais la marche est encore haute. Emmanuel Macron tirera le bilan de ce travail en juin.

Des aides publiques contre de gros efforts pour se décarboner. C'est le marché proposé par le gouvernement aux industriels qui polluent le plus et, selon l'exécutif, la recette fonctionne : « La bonne nouvelle, c'est que c'est possible », a salué devant la presse le ministre de l'Industrie Roland Lescure lors de cette réunion d'étape à Bercy qui rassemblait les représentants des 50 sites industriels les plus émetteurs de gaz à effet de serre : cimenteries, aciéries, raffineries ou sucreries...

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Réduction des émissions : l'État va aider les bassins industriels de Dunkerque et de Fos-sur-Mer

Ensemble, ces entreprises représentent 11% des émissions de la France, et près de 60% des émissions industrielles. Parmi les sites sollicités par l'Etat figurent par exemple Arcelor Mittal à Dunkerque et Fos-sur-Mer, les cimenteries Vicat, Lafarge, Calcia, les usines chimiques du Grand Est, les fabricants d'engrais Yara ou Borealis, la verrerie d'Arques, les raffineries Esso-ExxonMobil et TotalEnergies en Normandie, Air Liquide en PACA, les producteurs de sucre Tereos et Cristal Union...

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10 milliards d'euros d'aides publiques sur la période 2022-2027

Le gouvernement a entrepris de négocier avec chacune des trajectoires de décarbonation, leur proposant l'an dernier de doubler le rythme de leurs efforts moyennant un doublement des aides publiques, ce qui porterait l'enveloppe à 10 milliards d'euros sur la période 2022-2027. « Les premières feuilles de route (46 sur 50) sur lesquelles nous avons échangé nous annoncent une réduction des émissions de 44% en 2030 et de 80% en 2050, donc on y est presque ! », s'est félicité Roland Lescure, tout en admettant avant la réunion qu'il y avait « encore du travail ». 55 projets lauréats ont été sélectionnés pour 225 millions d'euros d'aide, et deux nouveaux appels à projets lancés pour 125 millions d'euros chacun.

L'exemple de « Daddy Sucre »

A la tribune de Bercy, Xavier Astolfi, le directeur général de Cristal Union, entreprise plus connue sous la marque de sucre aux paquets roses « Daddy Sucre », a par exemple défendu le projet de conversion de la chaudière de son usine d'Arcis-sur-Aube, près de Troyes, à la biomasse en brûlant la pulpe de betterave selon un procédé nouveau. Pourquoi ne pas l'avoir fait avant ? « Cela représente trois ans de capacité d'investissements du groupe » et se chiffre « en centaines de millions d'euros », a précisé à l'AFP le président de Cristal Union, Olivier de Bohan, en attente de l'aide publique : « On ne peut pas être seul, il faut qu'on soit accompagné ».

Avec ces feuilles de route, l'Etat veut mobiliser les industriels vers un objectif de neutralité carbone en 2050. La marche est haute, car cela implique d'ici 2030 un effort équivalent à celui réalisé ces 30 dernières années.

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Planifier les infrastructures et technologies «de rupture»

Le gouvernement souhaite aussi pouvoir estimer et planifier les infrastructures et technologies « de rupture » qui seront nécessaires à cette décarbonation: futurs « hubs » d'hydrogène, raccordements électriques de plus forte puissance, approvisionnements en biomasse, ou encore, grande nouveauté, les « carboducs », ces tuyaux qui permettront de transporter le CO2 issu des émissions résiduelles vers des puits de stockage géologiques.

Il entend aussi adapter les choix énergétiques du pays, a dit Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique : « lorsqu'on empile le nombre de megawattheures ou de biomasse qu'il va falloir produire, on s'aperçoit que nous avons un défi absolument massif », a-t-elle dit.

Une décarbonation de ces sites équivaudrait en termes de CO2 évité à la rénovation énergétique de 10 millions de logements ou à la conversion de 10 millions de voitures thermiques à l'électrique, a affirmé le ministre de l'Industrie.

De nouveaux appels à projets lancés

De nouveaux appels à projets ont été lancés avec de nouvelles modalités de sélection, afin de permettre la bonne mise en concurrence des projets. Par ailleurs, des critères hors-prix seront introduits dans le processus de sélection, visant à favoriser des technologies présentant un intérêt stratégique spécifique, et dont l'orientation et l'ambition sont compatibles avec une vision d'une industrie zéro émission sur le long-terme. Les entreprises industrielles devront en particulier fournir une feuille de route destinée à justifier de la qualité de la trajectoire de décarbonation sur le long-terme.
Un appel à projets sur la chaleur biomasse (AAP BCIAT) sera également lancé en avril pour un montant similaire de 125M€, afin de déployer plus largement les solutions biomasse dans l'industrie.

Emmanuel Macron tirera le bilan de ce travail en juin. En novembre, il avait réuni ces industriels pour leur proposer de doubler de 5 à 10 milliards d'euros l'aide publique prévue sur 2022-27 pour leur décarbonation s'ils intensifiaient leurs mesures. Cette somme entre dans le cadre du plan France 2030, sous forme d'appels à projets, dont les plus efficaces seront soutenus.

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Sidérurgie, raffineries, chimie, cimenterie, engrais : les activités les plus émettrices de gaz à effet de serre situées dans les quatre plus grandes régions industrielles de France vont avoir besoin de 10 à 12 GW de capacité supplémentaire d'ici 2030, soit un « doublement » de leur besoin actuel, selon RTE, gestionnaire du réseau électrique français à haute et très haute tension. Pour accompagner ce défi, RTE mise sur des investissements totaux de 1,5 à 2 milliards d'euros sur les quatre zones, mais « en palier » : en renforçant d'abord le réseau installé, avant de se lancer dans des investissements lourds liés à de nouvelles sources de production, centrales nucléaires ou énergies renouvelables. Par exemple, à Fos-sur-Mer, où le réseau électrique date des années 1960 et n'a que très peu évolué depuis, le besoin en électricité est estimé à 4 ou 5 GW en 2030 contre moins de 1 GW actuellement. Là aussi une infrastructure à 400.000 volts est nécessaire. Un projet d'alimentation électrique depuis la vallée du Rhône a été présenté aux élus locaux mi-mars.

(Avec AFP)

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