LA TRIBUNE - Ces derniers mois, nous observons un regain d'intérêt autour du sujet des minerais et matières premières stratégiques. Comment expliquez-vous cet emballement, qui semble nouveau sur la scène diplomatique ?
YVES JÉGOUREL - Il faut prendre de la hauteur et regarder le contexte général qui est celui de la transition énergétique. Celle-ci a cinq piliers : l'électromobilité, les énergies renouvelables et bas carbone, une demande d'électricité plus forte donc il faut davantage de réseaux électriques et d'infrastructures de stockage. Ces trois premiers piliers vont appeler de manière systématique à une consommation très importante de ressources minérales comme le cobalt, le cuivre, le silicium, les terres rares, etc. La consommation de ces minerais va même exploser. Et les deux derniers piliers, que sont le recyclage et la sobriété en matière, a priori, ne suffiront pas à apaiser les tensions créées par les trois premiers piliers. Le monde de demain sera le monde des métaux, avec des contraintes de disponibilité très variées.
Il y a une logique qu'il faut que tout le monde comprenne : si nous ne faisons pas d'efforts sur la consommation de métaux par la sobriété, il y aura des points de blocage. Mais cette sobriété de matière interroge sur l'organisation de nos sociétés et leurs usages.
L'actualité récente a aussi été marquée par la crise autour de la sidérurgie, dont le marché est victime d'une surcapacité, notamment en provenance de Chine. Un rapport de l'OCDE estime que cette surproduction ne baissera pas avant 2027 au mieux. Avons-nous indirectement affaire à une lutte de pouvoir derrière cette situation ?
Le fer et l'acier sont les métaux de la puissance industrielle. L'aluminium aussi, de manière plus moderne. Donc à côté de ce combat sur les minerais stratégiques, il y a un deuxième front, qui est un front historique. Il est particulièrement insupportable pour Donald Trump de laisser un marché de l'acier dominé par les Chinois alors que la situation actuelle de la sidérurgie américaine n'est pas ce qu'elle était dans les années 1950. US Steel était la première entreprise mondiale au début du siècle. Aujourd'hui, ce n'est que la 24ème entreprise sidérurgique au monde.