Inégalités femmes-hommes au travail : enfin le réveil ?

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La ministère du Travail, le Premier ministre et le secrétariat chargé à l'Egalité entre les femmes et les hommes s'est fixé un objectif ambitieux : supprimer l'écart de salaire de 9% pour toutes les femmes pendant le quinquennat.
La ministère du Travail, le Premier ministre et le secrétariat chargé à l'Egalité entre les femmes et les hommes s'est fixé un objectif ambitieux : supprimer l'écart de salaire de 9% pour toutes les femmes pendant le quinquennat. (Crédits : Christian Hartmann)
Cette semaine s’annonce importante pour la lutte contre les inégalités femmes-hommes. Dimanche déjà, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, accordait une interview au JDD rappelant l’engagement du gouvernement à réaliser le « rattrapage » salarial pendant ce quinquennat. Mardi, une grande journée est organisée par le Conseil économique, social et environnemental (Cese) dans le cadre du Tour de France de l’Égalité. S’en suivra, le 25 janvier, la journée nationale contre le sexisme organisée par un collectif regroupant 22 associations, réseaux et organisations. Après la réflexion, le temps de l’action est-il arrivé ?

« Le sexisme, ce n'est pas nouveau. Ce qui l'est, c'est cette vague d'opinion mondiale qui dit : "Ce n'est plus possible." Eh bien, oui, c'est vrai, ce n'est plus possible. » Interrogée par Le Journal du Dimanche, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, s'est montrée plutôt décidée quant à l'égalité salariale. Après des mois d'actualité liée aux violences sexistes, rythmés par des hashtag #Metoo et #balancetonporc ; des mobilisations dans tous les domaines ; des témoignages et des prises de positions, l'heure serait-elle à l'action dans le monde du travail ? C'est ce que semble laisser entendre l'agenda de la semaine à venir et les réponses de Muriel Pénicaud. « L'égalité entre les femmes et les hommes est un principe constitutionnel, et la loi Roudy sur l'égalité a 35 ans. Le principe, c'est : à travail égal, salaire égal », rappelle la ministre avant de noter que, dans les faits, les femmes gagnent 9% de moins que les hommes à poste équivalent et 25% en moyenne de moins que les hommes, tous postes confondus. « C'est inadmissible, alors il faut agir pour le rattrapage salarial. Nous allons le faire », promet Muriel Pénicaud.

| Lire aussi : Carrières précaires : les femmes deux fois plus touchées que les hommes

Au programme ? Une réunion avec les partenaires sociaux sur l'égalité salariale qui doit servir à élaborer un plan d'action d'ici à la fin mars. Objectif plus ambitieux : supprimer l'écart de salaire de 9% pour toutes les femmes pendant le quinquennat. Comment comptent s'y prendre Muriel Pénicaud, le Premier ministre et Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et hommes ? Avec davantage de transparence sur les inégalités en entreprises, répond la ministre du Travail. Celle-ci compte sur les principaux acteurs du monde du travail pour prendre leurs responsabilités:

« C'est dans les entreprises que la prise de conscience doit avoir lieu et que le rattrapage doit se faire [...] La valorisation des bons comportements comme la stigmatisation des mauvais comportements peut être aussi efficace que la norme », explique-t-elle au JDD.

Pour la ministre, une loi n'est donc pas la solution : « On le voit bien : depuis quarante ans, malgré les lois qui ont été votée sur le sujet, cela a peu bougé. »

Le Cese veut davantage de mesures contraignantes

Mais est-ce que compter sur la prise de conscience des entreprises sera suffisant pour réduire les inégalités ? Pour le Conseil économique, social et environnemental (Cese), le pays nécessite des mesures plus contraignantes. Cette assemblée constitutionnelle organise ce mardi 23, une plénière consacrée en grande partie à l'égalité salariale en présence de Marlène Schiappa. Un « projet de résolution » regroupant les pistes de réforme du Cese sera remis au gouvernement, ce qui représente sa participation au Tour de l'Egalité, qui se clôturera le 8 mars prochain et qui servira de base à un projet de loi cette année.

Chiffres BVA / secrétariat à l'égalité femmes-hommes

(Enquête CSEP/BVA pour le ministère de la Famille, de l'Enfance et du Droit des Femmes)

D'après le JDD, la principale recommandation du Cese est de renforcer l'application des sanctions contre les entreprises fautives. Pour rappel, depuis 2012, des pénalités financières peuvent être infligées aux entreprises qui ne respectent pas la loi : à savoir, les entreprises de plus de 50 salariés doivent négocier un accord collectif sur l'égalité professionnelle ou mettre en place un plan d'action unilatéral. Depuis 2013, 157 sociétés seulement ont été condamnées à une amende. Pour le Cese, il s'agirait de reverser le montant de ces pénalités -qui peuvent aller jusqu'à 1% de la masse salariale totale- à la lutte contre les inégalités au travail. Toujours selon le JDD, le Cese s'exprimerait en faveur de la réalisation d'études d'impact « genrées » pour encourager les entreprises à plus de transparence et réclamerait une augmentation des moyens alloués à la cause des femmes.

Les syndicats consultés

En outre, la ministre du Travail a indiqué au JDD, que d'ici le mois de mars, un plan d'action devra être mis en place après une consultation avec les partenaires sociaux prévue en février. Les syndicats représentants des salariés et le Medef étaient invités à adresser des propositions au ministère. Le syndicat des patrons se serait notamment inscrit en faveur de la systématisation des poursuites et à un meilleur accompagnement des victimes. Pour la secrétaire nationale de la CFDT, Marie-Andrée Séguin, l'une des solutions serait, outre la formation des représentants du personnel, la sanction les entreprises mauvaises élèves :

« Il faut que les instances représentatives du personnel (IRP) mettent les entreprises face à leurs responsabilités, qu'elles sachent ce qu'elles risques. Certaines entreprises se voilent la face », confiait-elle à La Tribune.

Sexisme au travail BVA secrétariat à l'égalité femmes-hommes

(Enquête CSEP/BVA pour le ministère de la Famille, de l'Enfance et du Droit des Femmes)

Du contenu pour le plan d'actions du gouvernement

Actes d'incivilité, mépris, blagues lourdes, le sexisme en entreprise sera également au cœur de la réflexion organisée par le collectif composé de 22 associations, réseaux et organisations, ce jeudi 25 janvier.

« L'enjeu est de rendre visible et identifiable, par toutes et tous, le sexisme et de proposer des actions pour lutter contre ce fléau, source principal des inégalités entre les femmes et les hommes. », notent l'assemblée.

Dans les rangs, on compte, entre autres, la Fédération Nationale de Solidarité Femmes (FNSF), le Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes (HCE), ONU Femmes France, le centre Hubertine Auclert ou encore le Cercle InterElles... Là encore, l'événement, premier action du collectif, s'inscrit dans le cadre du Tour de France de l'égalité entre les femmes et les hommes et devrait se conclure par « l'appel des 22 » associations membres.

Une autre date de l'agenda des actions du gouvernement, concernant les violences sexistes, a été également précisé par Marlène Schiappa, interrogée par Cnewsmatin:

« Le président de la République a ­annoncé, le 25 novembre dernier, que cela faisait partie des priorités de l'Inspection du travail que de veiller à l'application de la loi pour l'égalité ­salariale. Nous présenterons, dans les prochaines semaines, des actions importantes. »

De quoi donner du contenu à Marlène Schiappa et à Muriel Pénicaud pour leur plan d'action.

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Les inégalités en chiffres

Pour avancer leurs propositions, les participant.e.s aux actions de sensibilisation peuvent s'appuyer sur des chiffres. En voici quelques-uns...

■ 9 lois ont conduit à faire de l'égalité professionnelle et salariale un thème majeur de la négociation collective.

■ 61,4% des entreprises disposent aujourd'hui d'un accord collectif ou d'un plan unilatéral sur l'égalité alors que depuis 2013, c'est obligatoire.

■ 60% des 50 premières branches ne disposent pas d'accord valide et 34% des entreprises de moins de 299 salariés en ont signé un.

■ 82,5% des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes.

■ A poste égal, une femme gagne 9% de moins qu'un homme. La ministre du Travail entend supprimer cet écart pour toutes les femmes pendant le quinquennat.

■ Le salaire mensuel net moyen en France est de 1.962 euros pour les femmes tandis qu'il est de 2.410 euros pour les hommes.

■ 1 salariée sur 2 a déjà eu le sentiment qu'être une femme a constitué un frein dans sa carrière professionnelle.

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Commentaires
a écrit le 18/03/2018 à 5:08 :
Je constate que pour l'égalité, il y a Israel par exemple qui oblige le service militaire aux deux sexes. En France, lorsque j'en avais parlé lors d'une réunion politique, j'ai été vivement pris à partie par les femmes. Egalité oui, mais dans le sens de l'avantage seulement ! Cet exemple est aussi valable dans certaines professions où les femmes gagnent autant que les hommes mais n'effectuent jamais les tâches les plus difficiles. Ainsi, dans les sociétés de ménage par exemple, jamais vous ne verrez une femme utiliser la monobrosse ou l'autolaveuse , ni faire des déménagements alors que leur salaire est totalement identique avec le risque en moins.
Elles se plaignent de ne pas être représentées convenablement en politique : proportionnellement au nombre de femmes inscrites dans les partis politiques, leur représentation est à peu près identique que celle des hommes. Moralité qu'elles s'inscrivent et qu'elles se remuent plus dans ce milieu pour être plus représentée.
Dans les syndicats, cmbien de femmes acceptent d'être déléguées du personnel ? dans les réunions syndicals ont y trouve que des hommes (à 80%) Moralité, qu'elles se remuent plus.
Je crois que la femme française exige des droits bien légitimes mais tout en se refusant d'y accomplir ses devoirs pour les obtenir. Il est bien difficile dans ce cas de se rendre crédible vis à vis du public.
a écrit le 23/01/2018 à 22:25 :
Que ça soit la langue, la religion, le sexe, l'origine, l'ethnicité, le milieu familial, la scolarité ou les aptitudes, etc.

On engage et on garde quelqu'un (quelqu'une) pour ses com-pé-ten-ces... point final.

Compétence : nom féminin, qui veut dire... UN penchant, UNE aptitude, UNE habilité, UN savoir-faire, UNE propension, UNE faculté, UNE habileté, UNE capacité, UNE virtuosité, UN pouvoir et UNE qualité.... entre autres !
a écrit le 23/01/2018 à 22:11 :
Ce qui va se passer, ce n'est pas une élévation générale du salaire des femmes.
C'est une diminution de celui des hommes.

Même chose pour les écarts liés aux temps de travail ou de responsabilité.
On voudra améliorer la situation des femmes en pénalisant celle des hommes.
C'est un système gagnant / perdant.
a écrit le 23/01/2018 à 10:27 :
Ou, comment les politiciens européistes utilisent le prétexte d'une égalité, pour augmenter la soit disant compétitivité indispensable qu'impose le dogme mondialiste!
a écrit le 23/01/2018 à 9:16 :
Il faut arrêter les «  égarements »
Une femme et un homme n’a pas la même PLACE au sein d’une famille sachant que si une femme perçoit 2410 comme un homme et si elle est célibataire comme c’est le cas «  actuellement «  pour la majorité des «  carriéristes « 

C’est 3000 euros d’impôt qu’elle devra payer au fisc alors qu’elle n’a pas d’enfants.

Quelle est le rôle d’une femme au sein de la société ?

Ce n’est pas d’etre «  un homme » en tout cas.
Il faut arrêter les «  égarements «  et «  les aveuglements »

Par contre une femme si elle a des compétences égales à un homme sur un même poste c’est normal qu’elle a le même salaire .

Ce n’est pas au sexe qui faut se référer pour les salaires mais par rapport aux compétences et aux expériences au travail ( ça c’est être cohérent )
a écrit le 23/01/2018 à 9:02 :
"82,5% des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes." : Je ne vois rien de choquant. La plupart du temps c'est un choix, notamment pour les enfants. Là ce n'est pas tant la faute de l'entreprise, mais la mentalité au sein même de la famille. L'entreprise ne va pas non plus refuser un temps partiel à une femme sous prétexte que le taux est trop élevé non plus ?

"Le salaire mensuel net moyen en France est de 1.962 euros pour les femmes tandis qu'il est de 2.410 euros pour les hommes." : Cela découle mécaniquement du taux de temps partiel, donc cela ne prouve en rien une politique de discrimination de la part des entreprise dans l'absolu. De plus cela inclus les femmes au foyer je suppose...

"A poste égal, une femme gagne 9% de moins qu'un homme." : A poste égal mais à temps de travail égal également ? Car si cela inclus encore les temps partiels volontaires, aucun intérêt. Par contre si c'est à temps de travail égal, là oui il y a un problème.

Ce qu'il faut regarder, c'est surtout si les femmes sont en moyenne payées de la même manière à poste et temps de travail égal, que les temps partiels ne leurs sont pas imposés (si c'est un choix, c'est LEUR choix) et si elles ont les mêmes chances d'accès à des postes à responsabilité que les autres (à niveau d'études, de compétence, d'expérience égal !).

Sortir du quantitatif sans expliquer le qualitatif derrière, ça n'a aucun sens, même si ça fait vendre du papier. Cela augmente les frustrations mais n'améliore absolument rien dans les faits.
Réponse de le 23/01/2018 à 19:25 :
La tribune se contente de reprendre les éléments de langage du gouvernement. Ils ont même été jusqu'à commettre une étude sur l'inégalité hommes/femmes dans la fonction publique estimée à 12%. Sauf que la différence est expliquée, par les temps partiels et par le fait que les femmes sont plus souvent des petits fonctionnaires et non des cadres (proportion plus grande de cadres chez les hommes autrement dit). Ils viennent donc de s’apercevoir que les cadres gagnent plus que les employés... Car n'oublions pas que tous les fonctionnaires sont recrutés sur concours et qu'ensuite la même grille s'applique suivant son niveau hiérarchique. DONC s'ils arrivent à trouver une différence de 12% là où en fait elle n'existe pas, ils peuvent trouver des écarts phénoménaux dans le privé...
Réponse de le 23/01/2018 à 22:39 :
@atlee : Je suis tout à fait d'accord. Travaillant moi même dans la fonction publique d'Etat, je ne vois absolument pas de discrimination sur les salaires entre homme et femmes dans mon administration. Les femmes de mon entourage (famille, amis...), qui sont fonctionnaires, ont le même avis. Pour ce qui est de l'accès aux postes à responsabilité, même chose. Il y a globalement autant de femmes que d'hommes, c'est clairement au mérite (les jury de concours sont mixtes de toute manière).

Par contre il y a souvent plus de temps partiel du coûté des femmes, mais c'est clairement un choix de leur part (il y a aussi des hommes d'ailleurs), pas une volonté de l'employeur (l'administration en l'occurrence).

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