L’affaire Pérol/BPCE, une autre histoire de la crise financière

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Le procès de François Pérol, patron de BPCE, se déroule du 22 juin au 29 juin, devant le tribunal correctionnel de Paris.
Le procès de François Pérol, patron de BPCE, se déroule du 22 juin au 29 juin, devant le tribunal correctionnel de Paris. (Crédits : reuters.com)
De son annonce le 9 octobre 2008 à sa finalisation le 26 février 2009, la totalité du projet de fusion entre les Caisses d'Epargne et les Banques Populaires s'inscrit dans le contexte de la crise financière de 2008.

Impossible d'analyser « l'affaire Pérol » sans la replacer dans le contexte de la crise financière de 2008. Une crise qui « transpire à chaque page du dossier », a souligné le Président d'audience Peimane Ghaleh-Marzban, le 22 juin, lors de la première journée du procès qui verra François Pérol, président du directoire de BPCE (Banque Populaire Caisse d'Epargne), comparaître jusqu'au 29 juin devant le tribunal correctionnel de Paris, pour prise illégale d'intérêts présumée, dans le cadre de sa nomination à la tête du groupe bancaire. Plus précisément, les syndicats Sud et CGT des Caisses d'Epargne reprochent à François Pérol d'avoir accepté la présidence de BPCE en 2009, alors qu'il avait travaillé sur le rapprochement des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires au cours des deux années précédentes, lorsqu'il était secrétaire général adjoint de l'Elysée, du temps de Nicolas Sarkozy. Or tout fonctionnaire rejoignant une entreprise qu'il a surveillée, contrôlée ou sur laquelle il a émis des avis auprès des autorités compétentes doit observer un délai de carence de trois ans dans son passage du public au privé. Faute de quoi il peut lui en coûter jusqu'à deux ans de prison et 30.000 euros d'amende.

Tout au long de la première journée d'audience, François Pérol s'est donc efforcé de minimiser son rôle dans la fusion des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires. Une fusion dont le tribunal va chercher à comprendre si elle avait bien « un caractère inéluctable, ou s'il s'agissait au contraire de quelque chose de plus contestable », a prévenu Peimane Ghaleh-Marzban. Or s'il existe un élément qui aurait pu conférer ce « caractère inéluctable » au rapprochement des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires, c'est bien la crise financière de 2008. Un rapprochement « qui s'est déroulé en totalité durant la crise », a souligné François Pérol. De fait, le 9 octobre 2008, lorsque les Caisses d'Epargne et les Banques Populaires annoncent leurs fiançailles, cela fait trois semaines que le monde est plongé dans la plus grave crise tempête financière jamais traversée depuis 1929, une crise déclenchée par la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, le 15 septembre. Conséquence, les banques se méfient les unes des autres, ne veulent plus se prêter de l'argent entre elles, les marchés financiers s'affolent, le secteur bancaire mondial leur apparaissant comme un vaste jeu de dominos dont les pièces vont s'écrouler les unes après les autres.

Deux démissions brutales

Cette crise financière mondiale est d'autant plus grave pour les Caisses d'Epargne et les Banques Populaires que Natixis, leur filiale commune spécialisée dans la banque de financement et d'investissement, est au bord du gouffre, plombée par son exposition aux « subprimes » (crédits hypothécaires américains risqués). Cerise sur le gâteau, les Caisses d'Epargne s'apprêtent à confesser, le 17 octobre, une perte de plus de 700 millions d'euros, causée par un trader indélicat, huit mois après l'explosion au grand jour de l'affaire Kerviel à la Société générale. La crise financière va donc, c'est vrai, donner un coup d'accélérateur au projet de fusion des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires, qui seront plus fortes à deux que chacune de son côté avec sa part du « boulet » Natixis.

Mais, en fait d'accélération, il s'agit plutôt d'un véritable sprint, très inhabituel dans un processus de fusion-acquisition. Le 17 octobre, le jour même de l'annonce de la perte de 750 millions d'euros des Caisses d'Epargne, Nicolas Sarkozy, depuis le Quebec, appelle publiquement les dirigeants de l'Ecureuil à prendre leurs responsabilités. Ces derniers, Charles Milhaud et Nicolas Mérindol, démissionnent dans les deux jours qui suivent. « Voilà un enchaînement des faits qui pose question. Vous êtes intervenu pour que leurs démissions suivent l'annonce de la perte ? », demande le président d'audience à celui qui était alors le « sherpa » de Nicolas Sarkozy sur les questions économiques et financières. François Pérol répond par la négative, affirmant que Milhaud et Mérindol sont partis parce que le conseil des Caisses d'Epargne ne leur faisait plus confiance.

Une "compression du temps", un "spasme"

Peimane Ghaleh-Marzban n'est pas satisfait, ne cesse de s'interroger sur « la compression du temps », de l'annonce du projet de fusion des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires, le 9 octobre 2008, au « spasme » de la nomination de François Pérol à la tête du futur BPCE, le 26 février 2009. Une nomination qui s'effectuera sans l'avis de la Commission de déontologie de la fonction publique. L'ex-sherpa de Nicolas Sarkozy a beau invoquer l'ampleur exceptionnelle de la crise financière, sa vitesse de propagation, la nécessité que pas un épargnant français ne perde un euro, pour justifier des prises de décision inhabituellement rapides, le président d'audience ne semble pas convaincu. Il s'étonne de la « redondance de notes sur les Caisses d'Epargne » écrites par François Pérol à Nicolas Sarkozy durant cet automne-hiver 2008/2009. « Une redondance telle que, si les Caisses d'Epargne n'avaient pas été un sujet pour Nicolas Sarkozy, elles allaient finir par le devenir. » Et Pameine Ghaleh-Marzban de rester perplexe face à une note du 20 octobre 2008 : destinée à informer Nicolas Sarkozy de l'évolution de la crise financière, elle comporte six lignes dans lesquelles François Pérol demande au Président de la République, qui doit rencontrer le lendemain Charles Milhaud, patron démissionnaire des Caisses d'Epargne, s'il ne souhaite pas également avoir un entretien avec les nouveaux dirigeants des Caisses, Bernard Comolet et Alain Lemaire.

« Pourquoi évoquer la situation des Caisses d'Epargne dans une note sur la crise financière ? Est-ce que cela ne dénote pas un intérêt constant de votre part à ce sujet ? », demande Pameine Ghaleh-Marzban à François Pérol. Un intérêt dont il est difficile de croire qu'il soit né avec la crise financière de 2008 : en 2003, lorsqu'il était directeur adjoint du ministre de l'Economie Francis Mer, François Pérol avait travaillé sur la prise de contrôle de la banque de marchés Ixis par les Caisses d'Epargne. Trois ans plus tard, devenu associé-gérant au sein de la banque d'affaires Rothschild, il conseillait les Banques Populaires sur le rapprochement entre leur filiale Natexis et Ixis, toujours dans le giron des Caisses d'Epargne. Un rapprochement « dont on sent bien, dans les griefs adressés par l'accusation à M. Pérol, qu'il constitue une sorte de péché originel », estime le Président d'audience.

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