Carrefour et Couche-Tard, une fusion qui pose question... surtout à Bruno Le Maire
Patrick Cappelli
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Photo d'illustration
Eric Gaillard
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Coup de tonnerre dans le monde de la distribution. Couche-Tard, groupe québécois de convenience store - des supérettes adossées à des stations service appelées « dépanneurs » au Québec - vient de faire part de sa volonté de racheter Carrefour, numéro un français de la distribution alimentaire et septième groupe mondial. Une annonce à caractère amical qui a pris de court tout le monde, y compris les experts du secteur. Carrefour n'a pas rejeté d'emblée cette offre faite sur la base de 20 euros par action qui valoriserait l'enseigne française à 16 milliards d'euros (hors dette).
Dans une note interne consultée par l'AFP, la direction du groupe dirigé par Alexandre Bompard déclare qu'elle va « examiner le projet qui lui est soumis par Alimentation Couche-Tard ». Elle ajoute que cette approche est la preuve du « bien-fondé de la transformation lancée il y a trois ans », et que le groupe va « pouvoir envisager de participer à des opérations de consolidation si les conditions de marché sont réunies ». Pourtant, les synergies entre les deux enseignes ne sautent pas aux yeux : les formats, les assortiments et la supply chain sont différents. C'est d'ailleurs l'avis de l'analyste James Grzinic de la banque d'investissement américaine Jefferies, pour qui la nouvelle entité ne pourrait pas jumeler des activités, fermer ou regrouper des magasins. Un argument qui peut être inversé et utilisé dans le sens du rapprochement franco-canadien. En cas de fusion, le risque de position dominante serait inexistant sur le marché français où Couche-tard n'est pas présent. D'éventuelles économies d'échelle dans l'achat de carburant ne suffisent pas à bâtir une stratégie.
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Avec ses 12 300 magasins dans plus de 30 pays, dont une grande partie d'hypermarchés, pour un chiffre d'affaires de 80,7 milliards d'euros en 2019, Carrefour pèse deux fois plus en termes de vente et il est plus diversifié géographiquement que Couche-Tard, dont les deux tiers du business sont faits sur la vente de carburant, où les marges sont très faibles. Ce qui n'empêche pas le québécois d'être rentable avec 2,4 milliards de dollars américains (1,97 Md€) de bénéfices en 2019 pour un chiffre d'affaires de 54 milliards de dollars (44,4 Md€). Et l'enseigne de Laval (Québec) affiche une capitalisation de 29,7 milliards d'euros à la Bourse de Toronto, soit près de deux fois celle de Carrefour (13,4 milliards d'euros vendredi 15 janvier, après que l'action ait bondi de 13,7 % suite à l'annonce à 17,54 € avant de retomber à 16,45 €). « Cette capitalisation du Québécois est étonnamment élevée, si on considère que le taux de marge sur le carburant est microscopique » s'étonne un spécialiste du retail qui préfère rester anonyme.
Patrick Cappelli