Pourquoi les marges de l'industrie agroalimentaire résistent mieux que celles des distribution
Paul Marion
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Dans l'interminable guerre des prix que se livrent industriels agroalimentaires et distributeurs, Bruno Le Maire joue les juges de paix. Cette semaine, le ministre de l'Economie a pris le parti de la grande distribution, qui accuse ses fournisseurs de profiter de l'inflation pour gonfler ses marges.
« Nous ne laisserons pas les grands industriels faire des marges indues ou des rentes sur des prix de gros qui sont en train de baisser », a-t-il pointé mardi sur RMC, avant d'exhorter les grands groupes de l'agroalimentaire à « revenir à la table des négociations avec les distributeurs ».
Deux rapports sont venus avertir Bercy de l'état des marges des industriels agroalimentaires. Selon l'Inspection des finances, l'inflation alimentaire qui culmine à 15,9% en mars s'explique, entre autres, par « la restauration des marges dans le secteur de l'industrie agroalimentaire au second semestre 2022 ».
L'étude annuelle du cabinet McKinsey sur la distribution en Europe est venue appuyer ce constat. L'an dernier, les marges des distributeurs se sont contractées de 1% quand celles des industriels ne reculaient que de 0,8%.
Si les deux secteurs affichent en temps normal des niveaux de marges faibles, les multinationales ont su les optimiser avec habileté dans un contexte inflationniste.
« Les grands groupes internationaux comme Nestlé, Danone, Unilever ont su passer les hausses de prix aux distributeurs de 10% en moyenne, en invoquant l'envolée des matières premières, de l'énergie lorsqu'elles étaient au plus haut. Ils ont d'ailleurs fait plus que répercuter la hausse de leurs coûts de production. Cela s'est vu dans leurs profits », explique Rodolphe Bonnasse, consultant spécialiste de la grande distribution, qui souligne les excellents résultats de l'exercice 2022 d'Unilever, dont le bénéfice a crû de 26% en 2022.
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Après la saison des négociations industriels-distributeurs de décembre au 1er mars, les prix sont en théorie figés. Or, les cours du blé, du fret ou du pétrole sont de nouveau orientés à la baisse. « Les industriels profitent d'un effet d'aubaine. Leurs prix restent fixés haut et leurs coûts diminuent », poursuit Rodolphe Bonnasse. Agacés, distributeurs et gouvernement appellent désormais les marques de l'agroalimentaire à rouvrir des négociations exceptionnelles.
Paul Marion