« Les profiteurs de crise », un mythe des périodes d'inflation
Paul Marion
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Un stock de blé en Ukraine.
Reuters
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Un stock de blé en Ukraine.
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« Profiteurs de crise ! ». Sans grande surprise, Jean-Luc Mélenchon fut l'un des premiers à jeter l'anathème. Au plus fort de la pandémie, les Insoumis avaient déjà utilisé l'expression pour dénoncer les bénéfices enregistrés par Amazon et les géants numériques à la faveur des confinements. Désormais, l'expression s'invite dans la bouche du patron de Leclerc Michel-Edouard Leclerc qui pointe les marges injustifiées selon lui de ses fournisseurs de l'agroalimentaire. Plus inattendu, le président de la République a repris l'invective presque mot pour mot, pourfendeur des superprofits des énergéticiens ici qualifiés de « profiteurs de guerre. »
Cette rhétorique ne date pas de la guerre en Ukraine ni même du Covid. Elle fait écho à d'autres temps d'inflation et de pénuries, autrement plus violents. Des « accapareurs » jetés sur l'échafaud pendant les disettes de la Révolution aux paysans « koulaks » désignés comme ennemis du peuple et accusés d'entretenir le manque de blé pendant l'Holodomor (famine organisée par Staline en Ukraine dans les années 1930), il n'est pas rare que pendant les périodes de vaches maigres des acteurs économiques subissent la vindicte populaire, pour leurs profits fantasmés ou réels.
Ce qui n'étonne guère l'historien et économiste Michel-Pierre Chélini. « Le retentissement inflationniste est d'abord très psychologique, mais il faut tenir compte de cette dimension socio-émotionnelle. Toute une population de ménages au niveau du SMIC ou dans son voisinage (un ménage sur quatre) vit avec un budget mensuel très contraint ; une hausse de 5% avec des prix de l'énergie de 10 à 20% plus élevés et certains prix alimentaires en progression est très sensible pour ces budgets, surtout en veille de vacances même s'il n'y a jamais de bon moment pour l'inflation », observe le professeur d'histoire économique à l'université d'Artois.
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L'économiste considère que le traitement médiatique de l'inflation rend l'opinion publique plus vulnérable à des réactions virulentes. « Si je compare au choc pétrolier 1973-83, la sphère médiatique n'avait pas le côté continu, en boucle, internet et hyper-instantanéiste qu'elle a fini par prendre. On a quasiment les chiffres en temps réel sur son portable, presque comme la météo. La répétition des données nourrit plus ou moins inconsciemment un effet de dramatisation anxiogène », poursuit-il, notant avec étonnement que l'inflation est présentée en glissement annuel et plus mensuel, ce qui tend à entraîner une confusion et gonfler le phénomène.
Paul Marion