La fusion Sainsbury's-Asda bouleverse la grande distribution britannique

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(Crédits : Toby Melville)
Sainsbury’s et Asda (Walmart) ont confirmé lundi qu’ils fusionneront pour créer le potentiel numéro un britannique de la grande distribution, détrônant le n°1 des supermarchés Tesco. Mais le vrai danger vient des maxidiscounters allemands Aldi et Lidl, les seuls à gagner des parts de marché. Sans oublier Amazon. En attendant, la Bourse fait bondir le cours de Sainsburty's de 20% ce matin.

[ Article publlié le 30 avril à 9:19, mis à jour 11:03 avec Bourse et réactions]

Le numéros deux et trois des supermarchés britanniques, Sainsbury's et Asda (filiale du numéro un américain Walmart), ont annoncé lundi s'être entendus pour fusionner leur activité et créer un géant du secteur.

Cette annonce intervient dans un contexte de concurrence effrénée dans le secteur des supermarchés au Royaume-Uni, où les acteurs historiques sont sous pression compte tenu de la montée en puissance accélérée des enseignes de maxidiscompte comme les allemands Aldi et Lidl, les seuls à gagner des parts de marché face aux 4 premiers grands distributeurs britanniques (Tesco, Sainsbury's, Asda, et le 4e, Morrisons) en perdent. Sans oublier la concurrence croissante des distributeurs en ligne comme Amazon.

Dans un communiqué publié à la Bourse de Londres, les deux groupes ont précisé que cette transaction s'effectuerait via une absorption d'Asda par Sainsbury's, qui céderait à Walmart une partie de son capital et réglerait au groupe américain une somme en numéraire.

Au total, Asda serait valorisé à hauteur de 7,3 milliards de livres (8,3 milliards d'euros) à l'occasion de cette transaction. A la Bourse de Londres, le titre a bondi de 20% ce matin, la hausse se stabilisant autour de 15% dans la matinée.

Pouvoir de négociation renforcé face aux fournisseurs

Walmart, le premier distributeur mondial (avec un chiffre d'affaires hallucinant de plus de 500 milliards de dollars en 2017), détiendra alors 42% du capital de l'entité issue de la fusion et recevra 2,975 milliards de livres (3,38 milliards d'euros) de numéraire, valorisant sa filiale Asda autour de 7,3 milliards de livres (8,3 milliards d'euros).

Ce rapprochement entre les deuxième et troisième chaînes de supermarchés britanniques aura pour effet de réduire les coûts et de renforcer le pouvoir de négociation face aux fournisseurs. Les deux groupes espèrent pouvoir sabrer leurs tarifs d'environ 10% sur "de nombreux produits achetés régulièrement par les clients" et réaliser des synergies de quelque 500 millions de livres de bénéfice brut opérationnel (Ebitda).

58 milliards d'euros de chiffre d'affaires attendu

De fait, cette fusion créera "l'un des principaux groupes britanniques de distribution alimentaire, de vêtements et d'autres produits avec un chiffre d'affaires total de quelque 51 milliards de livres en 2017" (58 milliards d'euros), explique-t-on dans un communiqué publié par les deux groupes à la Bourse de Londres.

De ce point de vue, ce nouveau groupe dépasserait le leader historique du marché au Royaume-Uni, Tesco. En termes de parts de marché, sur le papier, Sainsbury's (15,8%) et Asda (15,6%) disposent en cumulé d'une part de 31,4%, contre 27,6% pour Tesco, d'après les derniers chiffres publiés par le cabinet spécialisé Kantar pour la période de 12 semaines achevée le 25 mars.

Le nouveau réseau de distribution comptera alors 2.800 magasins au Royaume-Uni.

Le paysage de la distribution britannique bouleversé

En revanche, cette opération pourrait faire face à d'importants obstacles réglementaires. L'autorité de la concurrence du Royaume-Uni (CMA) a annoncé lundi qu'elle allait "probablement" se pencher sur la fusion annoncée par les supermarchés Sainsbury's et Asda, qui pourrait créer le premier groupe du secteur.

"La fusion sera probablement sujette à un passage en revue par l'Autorité des marchés et de la concurrence", a annoncé la CMA dans un communiqué.

Inquiétude chez les 330.000 salariés des deux entités

Cette fusion, qui bouleverse le marché britannique de la distribution, suscite aussi nombre de réactions inquiètes tant de la part du petit commerce, des fournisseurs, que de la sphère politique.

Ainsi, de nombreuses voix, dont celle du Parti travailliste, se sont élevées pour réclamer une enquête approfondie sur cette opération en raison de craintes pour les prix facturés aux consommateurs et sur l'emploi.

Les deux chaînes de supermarchés ont assuré n'avoir "aucun projet de fermer des magasins comme résultat de la fusion". Des syndicats ont fait part de leur inquiétude dès ce week-end pour les 330.000 salariés des deux enseignes, lorsque les discussions sur cette fusion ont été rendues publiques.

Le troisième syndicat britannique GMB s'émeut en ces termes :

"Nos membres sont inquiets pour leur avenir, en colère d'avoir été tenus dans l'ignorance. Ne jamais oublier que ces empires de la grande distribution sont bâtis sur le dur labeur de leurs employés. Ils ont besoin de réponses"

Qatar Investment Authority soutient la transaction

Les partenaires ont souligné qu'ils conserveraient les deux marques. Les président, directeur général et directeur financier de Sainsbury's disposeraient de ces mêmes postes au sein du nouveau groupe fusionné, bien qu'il soit prévu que deux représentants de Walmart siègent au conseil d'administration du nouveau groupe en tant qu'administrateur non-exécutif.

La fusion est soumise à l'accord des actionnaires mais le principal actionnaire de Sainsbury's, Qatar Investment Authority, soutient la transaction, a précisé le groupe britannique.

L'opération, qui est aussi soumise à la validation des autorités de la concurrence, pourrait être bouclée au second semestre 2019.

(Avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 30/04/2018 à 9:35 :
"Cette alliance va renforcer leur pouvoir de négociation face aux fournisseurs"

J'ai du mal à y croire puisque justement c'est ce qui a tué le petit commerce et les petits commerçants trop bêtes pour s'unir et se défendre à l'époque, cette énorme capacité d'achat et de pression du coup sur les fournisseurs donc je ne vois pas pourquoi ils l'auraient perdu, ils doivent forcément souffrir de la concurrence d'internet mais n'ont certainement pas perdu leurs capacités de négociations.

Par ailleurs faire toujours pression sur les industriels pour qu'ils baissent leurs prix ne peut que pousser à encore plus de dumping social et encore plus de baisse de pouvoir d'achat et de croissance atone, sans parler de la pollution générée du fait de la chimie imposée un peu partout afin de faire grossir la marge bénéficiaire de l'actionnaire.
Réponse de le 01/05/2018 à 12:47 :
"sans parler de la pollution générée du fait de la chimie imposée un peu partout afin de faire grossir la marge bénéficiaire de l'actionnaire."
Ca laisse un petit gout d'amalgame comme argumentaire....Pourquoi ne pas y ajouter le nucléaire, la pollution des océans, les saisons qui n'en sont plus, la disparition des abeilles, et toutes les plaies d'Egypte ;-)
Réponse de le 03/05/2018 à 10:34 :
"Pourquoi ne pas y ajouter le nucléaire, la pollution des océans, les saisons qui n'en sont plus, la disparition des abeilles, et toutes les plaies d'Egypte ;-) "

Parce que ce serait stupide mais bon apriori principe qui ne vous fait pas peur hein...

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