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JO 2024 : transports, consommation, tourisme.... le secteur des services est-il déjà gagnant ?

Julien Gouesmat

Publié le 02 août 2024 à 12:17 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 21:06

Pour Pierre Rondeau, le tourisme sera dynamisé jusqu'en 2035

Pour Pierre Rondeau, le tourisme sera dynamisé jusqu'en 2035

© LTD / J-F ROLLINGER / ONLYPARIS.NET

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ENTRETIEN. Alors que l'indice flash des directeurs d'achat pour le secteur des services est monté à 50,7 en juillet, contre 49,6 le mois précédent en France, Pierre Rondeau tempère l'attribution de ces bons résultats économique aux Jeux olympiques. Interrogé par La Tribune l'économiste du sport estime que l'essentiel des retombées économiques de l'événement se mesurera surtout à long terme.

Bonne nouvelle pour le secteur des services. Selon les premiers résultats de l'enquête mensuelle PMI de S&P Global et de la Hamburg Commercial Bank (HCOB), celui-ci, qui concerne notamment le commerce, le transport, mais également le tourisme et qui pèse pour 6% du PIB, a progressé en juillet.

Il serait ainsi boosté par un contexte de reprise de l'activité, et par l'organisation des Jeux olympiques. Interrogé par l'agence Reuters, Norman Liebke, économiste à HCOB explique que, en effet, que : « les Jeux olympiques alimentent l'économie française. L'activité commerciale des prestataires de services français a augmenté pour la première fois en trois mois. Selon des preuves empiriques, cela est en partie dû aux Jeux olympiques », estime-t-il.

Mais pour Pierre Rondeau, économiste du sport, ces récentes données et les effets positifs à court terme des Jeux olympiques, pour le secteur des services, sont à relativiser.

LA TRIBUNE :  L'indice flash des directeurs d'achat pour le secteur des services est monté à 50,7 en juillet, contre 49,6 en juin. Au delà de 50, l'indice est signe de croissance du secteur. C'est, en outre, un chiffre plus fort que ce que les analystes anticipaient et que la HOCB attribue en partie au JO de Paris.. Partagez-vous ce constat ?

PIERRE RONDEAU : Avant tout, je suis surpris par les chiffres qui ont été avancés. Nous n'avons même pas terminé notre première semaine olympique, donc attribuer aux JO cette hausse de l'activité des services m'étonne. D'autant plus que si les Jeux ont évidemment un impact à court terme durant leur tenue, celui-ci reste relatif. Ces chiffres positifs s'expliquent surtout par des commandes effectuées à des prestataires en amont, au cours des mois de mai et juin.

Par exemple, le recrutement des 15.000 agents de sécurités, la livraison de 13 millions de repas pour le village olympique, les prestataires pour accueillir les touristes. Tout cela, c'est du service.

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C'est le signe également que toute la politique axée autour du sport porte ses fruits. Il y a eu un fort lobbying et interventionnisme politique de Bercy pour tenter de soutenir l'économie nationale à travers l'économie du sport. Aujourd'hui, l'événementiel sportif est en plein boom, avec comme point d'orgue ces Jeux olympiques. Cela permet de soutenir les prestataires de services et donc finalement la croissance de l'ensemble de l'économie de ce secteur.

Il est à noter aussi que la fierté et le bonheur jouent à court terme. On sait, en économie, que plus on est heureux, plus on a tendance à consommer. Et là, nous sommes fiers de la cérémonie d'ouverture, nous avons beaucoup de médailles. Mais tout cela reste relatif et une fois le 15 août passé, les Français reviendront sûrement à leur quotidien.

Pourtant, on a pu observer un mécontentement des professionnels de l'hôtellerie restauration face à des réservations en berne, de même chez les taxis. Cela semble ternir le tableau de ce secteur des services dynamisé par les Jeux ?

Il y a toujours un jeu à somme nulle, entre ce que certains secteurs vont perdre avec les JO, et ce que d'autres vont gagner. Ce qu'il faut distinguer, c'est le court terme et le long terme, ainsi que les retombées micro et macroéconomiques.

Micro économiquement, des secteurs seront gagnants, comme les prestataires, la sécurité etc. D'autres ne le seront pas, y compris dans le milieu des services. Dans le secteur touristique par exemple, cela s'explique par le phénomène d'évitement. Il y a un effet de remplacement et d'éviction entre les touristes culturels et les touristes sportifs. Donc, à court terme, ce ne sera pas un secteur gagnant. Voilà pourquoi il ne faut pas crier victoire tout de suite - et évoquer une dynamisation du secteur des services - au moment où des restaurateurs et hôteliers annoncent des baisses réservation de l'ordre de 70 %.

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De même, si on raisonne en terme macroéconomique, on ne doit pas s'attendre à un boom en août 2024, et la croissance ne va pas être décuplée par l'événement olympique. La littérature scientifique nous enseigne que les effets de court terme sont quasi nuls, voire inexistants. À Londres, par exemple, en 2012, il n'y a pas eu d'effet d'aubaine durant l'événement, tout comme la courbe du chômage n'a pas été inversée par l'organisation de l'Euro 2016 en France.

LA TRIBUNE : Si, peu voire rien ne se joue à court terme, le secteur des services peut-il espérer obtenir des retombées économiques à plus long terme ?

L'essentiel se joue, en effet, à long terme et surtout pour les services car, certes, les JO soutiennent l'économie, mais surtout, bien longtemps après leur passage. Certains économistes estiment que Londres - même sans avoir eu d'effet d'aubaine durant les JO de 2012 - bénéficie encore aujourd'hui de l'exposition mondiale offerte par les Jeux.

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Pour Paris, on s'attend à des retombées jusqu'en 2035 d'après l'étude du Centre de droit et d'économie du sport (CDES). Le secteur du service devrait particulièrement en bénéficier puisque les études montrent que c'est le tourisme qui sera le plus dynamisé à long terme par ces Jeux olympiques. (Selon l'étude du CDES, le tourisme pourrait obtenir jusqu'à 3 milliards d'euros de retombées économiques, ndlr) Le schéma est simple : les touristes qui venaient à Paris en temps normal et qui ont évité la capitale cette année reviendront en 2025. Ils s'ajouteront à ceux qui ont adoré la ville pendant les JO - depuis leur télé ou directement sur place - et qui reviendront aussi. C'est la preuve que les Jeux olympiques sont un investissement et non un coût.

Julien Gouesmat

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