Criblé d'incertitudes, Uber abaisse ses ambitions boursières

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(Crédits : Brendan McDermid)
La première plateforme VTC du monde va entrer en Bourse mais a dû revoir ses ambitions à la baisse, compte tenu de la débâcle boursière de son concurrent Lyft. En outre, Uber reste soumis à de nombreuses incertitudes sur son modèle économique que les marchés auront du mal à interpréter...

Uber va enfin se soumettre au jugement des marchés. Celle qu'on appelait jusqu'ici la plus grande start-up du monde, compte tenu de sa valorisation supposée, va enfin entrer en Bourse ce vendredi 10 mai.

Fondée en 2009 par Travis Kalanick, la première plateforme VTC du monde doit assurer l'une des plus importantes introduction boursière (IPO) de l'année. Uber veut lever environ 8 milliards de dollars à Wall Street, ce qui porterait sa valorisation boursière autour de 80 milliards de dollars.

Une ambition revue à la baisse

Initialement, la firme visait le chiffre hautement symbolique mais néanmoins astronomique de 100 milliards de dollars. Mais les déboires récents de Lyft (- 30% depuis son IPO en mars dernier), son premier concurrent sur le marché américain, ont montré que les marchés n'avaient pas nécessairement l'appétit escompté. Uber a fini par fixer son prix d'introduction dans le bas de la fourchette (45 à 50 dollars), alors que d'aucun spéculaient sur un prix à 47 dollars.

En entrant en Bourse, la plateforme VTC va donc se soumettre à l'exercice des publications de résultats, une obligation légale et trimestrielle sous le régime boursier américain. Hors, Uber est encore une start-up qui perd de l'argent. En 2018, la perte s'est élevée à 1,8 milliard de dollars, un chiffre qui s'est fortement accentuée en fin d'année puisque le seul quatrième trimestre a enregistré un trou béant de 865 millions de dollars. Un chiffre d'autant plus inquiétant que le chiffre d'affaires, lui, a augmenté de 43% sur l'année pour culminer à 11,3 milliards de dollars.

Le problème c'est que Uber est encore une start-up qui mène une politique commerciale très agressive notamment en subventionnant ses courses. Ce qui fait dire à Nelson Chai, le directeur financier que "l'année 2018 a été [notre] meilleure année à ce jour, et le quatrième trimestre a établi un nouveau record d'engagement sur [notre] plate-forme". Autrement dit, avec le dispositif de subventions pour conquérir des clients, la croissance de l'entreprise lui coûte très très cher. Jusqu'ici, seul Tesla est parvenu à préserver la bienveillance des marchés quant à ses pertes chroniques, et malgré les promesses répétées et jamais tenues de redressement. Uber devra prouver qu'il est le mieux placé pour préempter un marché en croissance et à termes rentable.

Le fiasco de la campagne de Chine

Rien n'est moins sûr ! Uber a essuyé de nombreux échecs internationaux dont le plus spectaculaire reste son retrait du marché chinois en 2016. Même si l'américain a pris des parts (20%) chez Didi Chuxing, le numéro un local, la campagne de Chine a été, de tous points de vu, un fiasco. En outre, Uber est positionné sur un marché très concurrentiel avec une clientèle extrêmement volatile qui peut choisir librement d'utiliser telle ou telle plateforme, en fonction d'un prix ou de la disponibilité. La plateforme doit également fidéliser les chauffeurs qui étant indépendants, n'ont aucune obligation exclusive à Uber, et peuvent donc servir d'autres plateformes si celles-ci sont plus compétitives.

Uber estime avoir acquis une capacité à apporter des flux de trafics suffisant pour garantir aux clients et aux chauffeurs de conclure une transaction, soit le meilleur gage de pérennité de son modèle. Par exemple en France, même avec une commission plus chers de dix points par rapport à certains concurrents, Uber reste la plateforme VTC la plus utilisée car son offre est la plus large. A Paris, elle détient jusqu'à 70% de parts de marché. Mais la concurrence ne cesse de s'accroître. Aux Etats-Unis, Uber a récemment été contraint de lancer une expérimentation d'abonnement pour fidéliser sa clientèle : pour 14,99 dollars par mois, les courses sont moins chers. En clair, c'est une nouvelle forme de subvention de la course.

Insoutenable aléa réglementaire

Mais les incertitudes sur le modèle Uber ne s'arrêtent pas là. La plateforme VTC souffre d'une très forte incertitude quant au modèle des travailleurs indépendants. Uber subit les assauts judiciaires des flous juridiques sur le statut des travailleurs. A Londres, le groupe américain pourrait même se retrouver à salarier près de 50.000 chauffeurs, d'après une décision judiciaire qui fait l'objet d'un recours en appel. En outre, plusieurs capitales et agglomérations (et pas des moindres comme Barcelone) ont choisi de bannir Uber de leurs terres. L'aléa réglementaire reste un immense point d'incertitude pour le modèle de la plateforme, d'autant que celui-ci n'est pas figé et ne cesse de changer au fil des lois et jurisprudences.

Enfin, Uber a investi des fortunes dans la recherche sur la voiture autonome. Des investissements qui se comptent en milliards de dollars et que les marchés ont toujours critiqués. Ces derniers estiment que le coeur du business d'Uber est dans l'intermédiation de transport de personnes, et non pas d'une recherche longue, coûteuse et à l'issue très incertaine (la voiture autonome verra-t-elle seulement le jour ?).

L'entrée en Bourse d'Uber va ainsi soumettre le management d'Uber à un impitoyable exercice de transparence, pas seulement sur les comptes financiers, mais également sur sa stratégie, ses objectifs et ses prévisions de marché. Le marché aura désormais toute latitude pour imposer à Uber des choix radicaux, comme par exemple la vente de la branche dédiée à la recherche sur la voiture autonome. Uber pourrait en fait ne plus être une start-up.

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