Aigle Azur : les vols Paris-Pékin bloqués par un conflit entre...Bruxelles et Moscou sur le survol de la Sibérie

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Copyright Reuters (Crédits : Aigle Azur)
Initialement prévu cet été, le lancement de vols vers la Chine de la compagnie française est bloqué à cause du différend entre Bruxelles et Moscou concernant le survol de la Sibérie, obligatoire pour desservir la Chine dans de bonnes conditions. Bruxelles refuse que les Etats membres accordent de nouvelles lignes au dessus de la Sibérie tant que la Russie continuera de faire payer ce survol, en violation d' un accord sur le sujet signé en 2011. La Russie a maintenu ses taxes en rétorsion à la mise en place par Bruxelles d'un système d'échanges de quota d'émissions de CO2 en Europe.

Gros retard à l'allumage pour les vols long-courriers d'Aigle Azur. En octobre dernier, lors de l'annonce de l'entrée au capital du groupe chinois HNA (à hauteur de 49%), propriétaire à la fois de Hainan Airlines et de Hongkong Airlines, la direction de la compagnie française avait indiqué qu'elle comptait, dans le cadre de son rapprochement avec les Chinois, ouvrir des vols entre Paris et Pékin à l'été 2013. Aujourd'hui, il n'en est rien. Le week-end dernier, lors d'une conférence de presse à Alger, Arezki Idjerouidène, le PDG d'Aigle Azur, a certes rappelé que la compagnie prévoit « un plan de développement sur les cinq prochaines années axé sur le long-courrier » (...) en proposant dans un premier temps des vols directs vers et depuis la Chine et Hong-Kong », mais il s'est bien gardé de donner la moindre date d'ouverture. Et pour cause. Depuis de longs mois, le projet de ces vols entre la France et la Chine pour laquelle Aigle Azur a obtenu les droits de trafic (elle a été désignée dans les accords bilatéraux) est bloqué...en Russie et à Bruxelles en raison de la querelle entre Moscou et la Commission européenne sur la question des droits de survol de la Sibérie, une zone difficile à éviter pour se rendre en Chine, en Corée et au Japon sous peine d'allonger la durée des vols et ne pas être compétitif sur le plan commercial. Une route plus au sud existe mais elle rajoute deux ou trois heures de plus au trajet.

350 millions de royalties payées par les compagnies européennes
En effet, la Russie continue de faire payer ce survol aux compagnies européennes, malgré la signature en 2011 d'un accord avec l'Union européenne pour mettre fin à partir de 2012 à ce système de royalties, qui a coûté près de 350 millions d'euros en 2012 aux compagnies aériennes européennes, selon nos informations (elles vont dans les caisses d'Aeroflot). Moscou justifie sa position en raison de l'instauration par Bruxelles en 2011 d'un système d'échanges de permis d'émission européen pour le transport aérien (ETS), lequel a été gelé l'an dernier pour laisser le temps à l'OACI (l'organisation internationale de l'aviation civile) de trouver une solution mondiale à la question du CO2. Une proposition est espérée en septembre lors de la prochaine assemblée générale de l'OACI.

Pas de nouvelles lignes au dessus de la Sibérie
L'affaire concernant Aigle Azur est complexe. L'accord franco-russe sur les services aériens ne lui permettant pas de survoler la Sibérie, la direction d'Aigle Azur, aidé par ses partenaires russes de Transaero, est allée directement voir les autorités russes. Ces dernières étaient visiblement prêtes à accorder les survols de la Sibérie en passant par une location des droits à Aeroflot contre le versement de royalties.
Les autorités françaises ont informé la Commission européenne de ce projet, laquelle a répondu en janvier dernier qu'elle s'y opposait fermement. « Bruxelles, qui est en conflit avec les Russes sur ce dossier, ne veut pas que les Etats membres continuent d'alimenter les Russes en royalties. Cela pourrait être interprété  comme un soutien à la Russie », explique un connaisseur du dossier. Bref, Bruxelles exige le statu quo en termes d'ouvertures de nouvelles lignes. Dans le landerneau du transport aérien français, certains n'hésitent pas à sortir la théorie du complot, pour protéger Air France. Pour eux, la France n'était pas obligée de notifier le projet de survol de la Sibérie à la Commission car, en le faisant, elle savait pertinemment que la demande d'Aigle Azur serait refusée.

Plus de visibilité fin 2013
En attendant, on ne connaîtra l'issue de la querelle russe qu'en fin d'année. Si l'OACI trouve une solution globale pour régler la question des ETS. Aigle Azur compte sur cela. Et encore. "Reste à savoir si même en cas d'accord, les Russes ne trouveront pas une autre raison pour maintenir les taxes de survol, elles sont tellement lucratives", s'interroge un observateur. En tout cas, sans accord, on voit mal comment la situation pourrait se décanter pour Aigle Azur.
Pour autant, ce retard a néanmoins du bon. Car, si Aigle Azur avait dû ouvrir ses vols dans les temps, la compagnie se serait heurtée à un problème avec ses pilotes. Le SNPL, majoritaire, a refusé de signer l'accord définissant les conditions de travail sur le long-courrier. Du coup, la direction a dénoncé les accords collectifs et doit attendre 15 mois pour imposer ses conditions.
 

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Commentaires
a écrit le 25/06/2013 à 16:54 :
Dans le genre "Je te tiens par la barbichette, le premier de nous deux..." Est une grosse fumisterie.

Ces negociations par business detournes ne sont qu'un ecran de fumee pour cacher des divergences bien plus importantes.

Comme si les Chinois n'avaient pas d'autres moyens de pression...
Réponse de le 25/06/2013 à 17:29 :
je crois que les Chinois s'en fichent, en plus ils sont contres les ETS. y a encore des Airbus gelés...
a écrit le 25/06/2013 à 12:55 :
Comme au temps dela guerre froide. La liberté pour despays est une denrée rare, voire
inexistante.
a écrit le 25/06/2013 à 12:51 :
La parade,à ce qu'il faut bien appeler un "raquette", est toute trouvée : taxons sans vergogne les avions russes qui survolent la petite Sibérie française même si cela devait créer un permafrost durable dans les relations franco-russes !
Réponse de le 26/06/2013 à 12:51 :
d'accord sur la riposte mais au risque de paraître ignare où se trouve la petite Sibérie française ?

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