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SNCF veut que l'Etat lui donne les moyens de lutter contre les cars

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 05 février 2015 à 06:14 - Mis à jour le 05 février 2015 à 06:39

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Concurrencée par le covoiturage, la SNCF teste de nouvelles baisses de prix sur son réseau de trains Corail qui a perdu près de 3 millions de voyageurs en trois ans. Face à la libéralisation du marché des autocars qui se profile, le directeur d'Intercités espère qu'il disposera, dans le prochain cadre conventionnel qui sera signé avec l’État, de la possibilité de réagir en modifiant les dessertes.

2,7 millions de voyageurs perdus entre 2012 et 2014, des trains à moitié vides, aucune ligne rentable, des pertes avoisinant les 300 millions d'euros pour un chiffre d'affaires d'un milliard : les trains intercités de la SNCF (les Corail), cette offre de trains classiques régie par un cadre conventionnel signé avec l'Etat, en grande difficulté. Ce produit hétérogène entre les TGV et les TER, qui combine des liaisons entre Paris et d'autres villes françaises avec des grandes transversales régionales comme Bordeaux-Marseille, souffre terriblement.

De l'agressivité tarifaire des compagnies aériennes mais surtout du covoiturage qui «nous bouffe des parts de marché », selon l'expression de Jean Ghedira, le directeur d'Intercités. Cette concurrence sera accentuée demain par l'arrivée des autocars longue distance avec la libéralisation du secteur inscrite dans la loi Macron.

Des bas tarifs en dernière minute

Pour enrayer le recul du trafic sur ses trains classiques, qui a baissé de 2% en 2014, à 31,3 millions de voyageurs, la SNCF, comme elle le fait sur IDTGV, teste des nouveautés tarifaires, spécifiques à cette activité qui représente un milliard d'euros de chiffre d'affaires.

«Avec notre nouvelle offre tarifaire, l'écart de prix avec le covoiturage ne dépassera pas trois euros », affirme Béatrice Chavanel, directrice marketing et commerciale de SNCF proximités.

A partir du 31 mars prochain (et pour des trains circulant à partir de début avril), la SNCF commercialisera une offre de dernière minute, permettant aux voyageurs qui réserveront entre J-5 et J-2 avant le départ de bénéficier d'une réduction de 50% sur l'ensemble du réseau Intercités (177 destinations). Par exemple, l'aller simple Paris-Amiens tombe ainsi à 11 euros l'aller simple en seconde classe. Vendue uniquement sur internet, cette offre, baptisée «Happy Hour», sera valable chaque jour sur au moins deux aller-retours par ligne. 
Elle va à l'encontre des principes de yield management jusqu'ici en vigueur, voulant que les meilleurs tarifs soient disponibles en réservant très tôt son billet.

«Une catégorie de clients se décident tardivement, cela peut expliquer l'essor du covoiturage », fait remarquer Béatrice Chavanel.

Le coefficient d'occupation des trains classiques étant de seulement 50% en moyenne, il y aura donc de la place. La SNCF a prévu de commercialiser 700.000 billets en offre «Happy Hour», d'ici au 31 décembre 2015. Reste à voir quel sera l'impact de cette offre de dernière minute sur les réservations habituellement réalisées en amont ? Autrement dit, est-ce que les gens qui réservaient jusqu'ici très en amont ne vont pas attendre les derniers jours pour le faire ?

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Paris-Bordeaux à 15 euros

Autre nouveauté tarifaire : à partir d'avril, la SNCF lancera une offre 100% Eco sur la Paris-Bordeaux, comme elle l'a fait entre Paris et Toulouse depuis 2010, la seule ligne qui tutoie l'équilibre, avec peut être Paris-Caen-Cherbourg. Les billets seront compris entre 15 et 35 euros en deuxième classe (et 45 euros en première) le week-end (le lundi sera également concerné en 2016). 
D'autres lignes pourraient suivre.

«L'objectif est de ramener du monde dans les trains. Nous sommes souvent compétitifs en termes de prix, en termes de temps de parcours mais les gens se détournent du mode ferré», explique Jean Ghedira, dont l'objectif est de revenir à l'équilibre sur les trains classiques.

Aujourd'hui, les recettes générées par les trains classiques ne couvrent que 70% des charges. Si le déficit est payé par l'État, cette contribution provient essentiellement d'une taxe sur le TGV.

«En 2015, cette contribution s'élèvera à 309 millions dont 290 proviendront de la SNCF», explique Jean Ghedira.

Double peine

Si des mesures de baisse de coûts ont été lancées (récupération des centres de production, rationalisation des agents, baisse des coûts de maintenance, baisse des coûts de distribution...), l'avenir des Corail dépendra du nouveau cadre conventionnel qui sera signé en 2015 avec l'État pour une durée de plusieurs années à partir de 2016. Autrement dit de la carte de la desserte TET et TER qui sera arrêtée, du choix des trains qui sera décidé pour renouveler les Corail vieillissants au-delà d'une première commande passée fin 2013, dont les premiers exemplaires seront mis en service fin 2016, mais aussi de la capacité qui sera donnée à la SNCF de s'adapter à la concurrence des autocars longue distance. Un sujet qui inquiète Jean Ghedira.

«Face à la mise en place d'une offre d'autocars longue distance, je m'interroge sur les possibilités qui nous seront données de réagir. Je ne veux pas avoir la double peine avec d'un côté l'arrivée d'un nouveau concurrent disposant d'une offre intéressante et attractive en coûts et de l'autre Intercités dans l'incapacité de bouger ses dessertes et son offre».

Il prend l'exemple de l'offre à 1 euro le ticket mis en place pour les cars il y a quelques années dans les Pyrénées orientales avec une première ligne expérimentale Perpignan-Villefranche de Conflent/Vernet-les-bains :

«L'offre ferroviaire n'avait pas bougé et les autocars ont vidé les trains. Quand les trains sont passés à un euro, ils ont a vidé les cars».

Jean-Guedira espère donc que l'État lui donnera les moyens de riposter.

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«Si l'État ne modernise pas les trains d'équilibre du territoire (TET), cela risque d'être assez mortifère pour le train», expliquait dans nos colonnes en en décembre Pierre Cardo, le président de l'ARAFER, le gendarme du rail, des autoroutes et du transport en autocars. D'autant que les opérateurs d'autocars vont aller sur les lignes à fort potentiel, comme Lyon-Bordeaux, Bordeaux-Marseille. La Commission Duron qui planche sur l'avenir des trains d'équilibre du territoire doit rendre ses conclusions d'ici à l'été. La Cour des Comptes publiera un rapport sur le sujet le 11 février. Selon Villes Rail & Transports, il recommande de réduire le nombre de lignes TET en transférant une partie d'entre elles aux TER et en remplaçant les plus déficitaires par un service en autocar.

Fabrice Gliszczynski

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