ADP indemnisé pour la fermeture anticipée de l'aéroport Atatürk d'Istanbul

Le gestionnaire aéroportuaire turc TAV Airports, dont ADP détient 46,12%, sera indeminisé à hauteur de 389 millions d'euros pour la fermeture de l'aéroport d'Istanbul-Atatürk le 6 avril dernier alors que la concession dont bénéficiait TAV courait jusqu'au 2 janvier 2021.
Fabrice Gliszczynski

3 mn

(Crédits : PHILIPPE WOJAZER)

C'est l'épilogue d'une histoire qui se termine bien pour ADP, mais qui aurait pu très mal tourner. Alors que les relations sont tendues entre la France et la Turquie, Ankara a respecté son engagement pris il y a six ans de dédommager TAV Airport, le gestionnaire aéroportuaire turc contrôlé par ADP à hauteur de 46%, pour avoir transféré en avril dernier l'activité de l'aéroport Atatürk à d'Istanbul, dont TAV était le concessionnaire jusqu'au 2 janvier 2021, vers un nouvel aéroport dont la gestion a été confiée, après un appel d'offres, à un autre opérateur. S'élevant à 389 millions d'euros, cette indemnisation, acceptée par TAV, couvre ainsi le manque à gagner correspondant à ces 21 mois d'activité perdus.

"Par décision des autorités turques, tous les vols commerciaux ont été transférés vers le nouvel aéroport d'Istanbul" depuis le 6 avril 2019, entraînant la fermeture anticipée pour les vols commerciaux de l'aéroport d'Atatürk, un peu moins de deux ans avant la fin du contrat de concession octroyé à TAV, a rappelé ADP dans un communiqué.

Depuis, l'aéroport Atatürk ne reste ouvert que pour les vols cargos.

ADP "se félicite que le gouvernement turc ait tenu ses engagements" et précise que "l'impact de cette indemnité sur le résultat net" du groupe ADP pour l'exercice 2019 "devrait être très légèrement positif". Les effets comptables seront précisés lors de la publication des résultats annuels d'ADP le 10 février.

Histoire hallucinante

Cette histoire était rocambolesque. En mai 2012 en effet, ADP, à l'époque dirigé par Pierre Graff, avait déboursé plus de 700 millions d'euros pour acheter 38% du capital de TAV, la plus grosse acquisition de son histoire. Mais trois mois après, en août 2012, l'Etat turc annonçait le lancement à venir d'un appel d'offres d'ici à la fin de l'année pour construire en 2015 un troisième aéroport à Istanbul et répondre à la saturation de l'aéroport d'Atatürk. La congestion de l'aéroport turc était connue d'ADP quand ce dernier a commencé à regarder le dossier TAV, mais il était question, selon le groupe français, d'y répondre par une piste de décollage ou d'atterrissage supplémentaire à la charge de l'Etat, et non par un nouvel aéroport, du moins pas avant 2021. Plus tard, ADP fit condamner la banque conseil pour ne pas avoir intégré ce risque dans l'étude du dossier, qui transpirait pourtant dans la presse turque.

Les risques étaient de deux ordres pour ADP : soit TAV remportait l'appel d'offres pour le nouvel aéroport mais ADP se retrouvait face à un investissement colossal au regard de sa taille (2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2011) qu'il n'avait pas prévu et qui se serait ajouté à celui de l'acquisition de TAV. Soit il le perdait et le retour sur investissement de TAV partait en fumée si l'aéroport voyait bel et bien le jour en 2015-2016 comme les autorités turques l'envisageaient.

Très vite, les autorités turques se sont engagées à indemniser TAV. Restait à voir si elles tiendraient parole.

Au final, les retards dans la construction du nouvel aéroport et l'excellente performance de TAV depuis la prise de contôle d'ADP (supérieure aux prévisions) ont permis au groupe français de ne pas être pénalisé en Turquie. S'il a perdu son vaisseau amiral, TAV Airport gère par ailleurs 15 aéroports dans le monde, dont ceux d'Ankara Esenboga en Turquie, Tbilissi (Géorgie), ou encore Zagreb (Croatie), pour un trafic total ayant atteint 152 millions de passagers en 2018.

Fabrice Gliszczynski

3 mn

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Commentaires 5
à écrit le 30/12/2019 à 9:29
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C'est à peu près le dédommagement que devra verser l'état français à Vinci pourl'abandon de NDDL... sauf si on privatise ADP au profit de Vinci.

à écrit le 29/12/2019 à 15:21
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Il ne fallait pas être malin pour acquérir un aéroport qui allait fermer ! Imaginez les turcs acheter l'aéroport du Bourget en... 1975 (deux ans avant sa fermeture). Les dirigeants d'ADP aurait mieux fait de garder leur participation dans BCIA (Beiji...

le 29/12/2019 à 21:22
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So on ne sait pas ou en sera la turquie ds 10 ans... La france on sait... Alors qui prend les paris ?

le 30/12/2019 à 9:26
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Lisez l'article, en 2012 il n'était pas encore question de fermer l'aéroport en question, il était saturé mais il était possible de l'étendre par une piste supplémentaire. Et les perspectives économiques turques étaient plutôt bonnes, Erdogan n'ayant...

le 30/12/2019 à 16:18
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Il suffisait d'avoir une boule de cristal pour connaître à l'avance les futures décisions turques !!! Accessoirement, il faut quand même noter que ADP à mis la main, sans perdre d'argent entre les dividendes reçues depuis le rachat et les indemnités...

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