Air France-KLM : "la priorité est que le groupe retrouve de la stabilité", dit l'Etat

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Air france: niveau de l'etat pas eternel, pas envisage d'y toucher
Christian Hartmann

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Air france: niveau de l'etat pas eternel, pas envisage d'y toucher
Christian Hartmann
Au lendemain de l'annonce des intentions d'AccorHotels d'entrer au capital d'Air France-KLM, le gouvernement français a expliqué lundi que la priorité était que le groupe, et principalement sa plus grosse filiale, Air France, retrouve de la stabilité après 15 jours de grève qui lui ont coûté 400 millions d'euros et le départ de la présidence d'Air France-KLM de Jean-Marc Janaillac.
Ce mardi la ministre des Transports, Elisabeth Borne a dit la même chose :
Pour autant, par la voix justement de Delphine Gény-Stephann, le gouvernement s'est déclaré "ouvert au principe" d'un rapprochement entre AccorHotels et Air France-KLM, un projet industriel "qui a sans doute des approches intéressantes".
Dans son entourage, on explique que "tout projet industriel qui contribuerait au développement du groupe sera examiné par l'Etat actionnaire", tout en précisant que le projet d'AccorHotels n'est pas privilégié.
La perspective d'une entrée d'AccorHotels au capital d'Air France-KLM a suscité des réactions tranchées lundi à la Bourse de Paris. L'action Air France-KLM a augmenté de près de 5,45% tandis quand celle du groupe hôtelier a chuté de près de 7%. A ce niveau, la part de l'Etat vaut environ 430 millions d'euros.
En proposant à l'Etat la reprise partielle ou totale de sa participation dans Air France-KLM , AccorHotels veut pouvoir mieux affronter les géants internet du tourisme en ligne mais fait un pari non dénué de risques. Cette initiative n'est pas nouvelle et avait déjà été discutée avec Alexandre de Juniac, ancien PDG du groupe Air France-KLM, et avec Jean-Marc Janaillac -lequel, selon nos informations n'était pas très chaud. Le départ de ce dernier et la crise de gouvernance qu'il a engendrée ont incité AccorHotels à rouvrir les discussions autour d'un projet industriel susceptible, à ses yeux, de mieux l'armer face aux agences de réservations en ligne comme Booking ou Expedia, qui offrent depuis longtemps à leurs clients des hôtels couplés à des vols.
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Pour AccorHotels, le projet répond à une logique industrielle, celle de rapprocher les savoir-faire de deux acteurs du tourisme, de mutualiser leurs forces en matière de digital, de bases de données ou de programmes de fidélité, et de faire de l'hôtelier un champion mondial du voyage.
En voulant nouer une alliance capitalistique plutôt que de se contenter de partenariats industriels, AccorHotels souhaite aller plus vite face à la concurrence. Mais il s'engagerait dans un secteur "qui demeure très difficile, avec une forte compétitivité, des cours du pétrole volatils et un risque opérationnel fort", souligne Grégoire Laverne, gérant chez Roche-Brune Asset Management. Surtout il mettrait les pieds dans une compagnie et un groupe sous pression, marqué par des tensions sociales qui conduisent à un immobilisme dangereux face à une concurrence qui ne cesse de se développer.
La sortie de l'Etat, qui pourrait s'avérer politiquement difficile en pleine période de conflits sociaux, pourrait en revanche permettre, selon les analystes, de réaliser les réformes susceptibles de redresser la compétitivité d'Air France au niveau de celle de ses grands concurrents.
Avec un tel changement de gouvernance, le risque financier deviendrait alors "probablement limité", ajoutent-ils, tout en estimant que l'utilisation de sa trésorerie par AccorHotels pourrait cependant être plus optimale.
Pour autant, outre la question de la gouvernance, celle de la mise en place d'un environnement favorable à son développement (levée de certaines taxes par exemple), peut pousser les salariés à accepter des efforts des salariés.
Disposant de beaucoup de cash grâce à la cession de son pôle immobilier, le groupe français enchaîne les acquisitions à un rythme soutenu.
Plusieurs schémas sont à l'étude. Une reprise des 14% de l'Etat, le rachat d'une fraction seulement de cette participation ou un échange de titres qui verrait en retour l'Etat entrer au capital d'AccorHotels à hauteur d'environ 3%.
Cette dernière option permettrait à l'Etat de rester indirectement associé au sort d'Air France et, en retour, à AccorHotels de sécuriser son statut d'entreprise "stratégique" à l'heure où la consolidation bat son plein dans l'hôtellerie mondiale. Le chinois Jin Jiang, premier actionnaire d'AccorHotels avec 12,4% du capital, a déjà eu des velléités de prise de contrôle du groupe par le passé.
Toute la question sera de savoir si oui ou non, l'Etat sautera le pas. Mais le temps d'AccorHotels pourrait ne pas coïncider avec celui de l'Etat et son PDG Sébastien Bazin pourrait jeter l'éponge en cas de trop longues tergiversations. La fuite organisée dans la presse semble en effet montrer l'impatience du groupe hôtelier.
Pour l'heure, la stabilité souhaitée par le gouvernement n'est pas pour demain. réunie lundi après-midi, l'intersyndicale d'Air France menace la direction d'un "été houleux" même si aucune nouvelle date de grève se devrait être annoncée avant la fin de la semaine. Selon Karim Taïbi de FO, il y a "unanimité de l'intersyndicale pour repartir" dans une grève interrompue avec le départ du PDG Jean-Mars Janaillac début mai. Pour rappel, l'intersyndicale réclame une augmentation générale des salaires de 5,1% dès cette année.
Selon lui, "le conseil d'administration de la holding fuit ses responsabilités. Tout ce joli monde devra assumer l'été houleux qui s'annonce".
À lire également
Les syndicats, qui ont mené ces dernières semaines un conflit pour obtenir des hausses de salaires, ne communiqueront ensemble que vendredi, à l'issue des rencontres bilatérales programmées entre la présidente par intérim d'Air France-KLM, Anne-Marie Couderc, et les syndicats représentatifs de la compagnie aérienne.
(avec Reuters et AFP)
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