Air France : les syndicats acceptent de négocier mais ne lèvent pas les préavis de grève

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(Crédits : Pascal Rossignol)
Après la proposition de la direction de lancer des négociations pluriannuelles sur les salaires et d'accorder dès à présent 1% de hausse supplémentaire, l'intersyndicale a accepté de se mettre autour de la table mais, contrairement aux attentes de la direction, les préavis pour 4 autres jours de grève en avril ne sont pas levés.

Après sept jours de grève qui ont déjà coûté 170 millions d'euros à la compagnie, les syndicats d'Air France maintiennent la pression sur la direction. L'incompréhension doit être grande pour Franck Terner, le directeur général d'Air France. Alors qu'il estimait mardi qu'il serait « incompréhensible de ne pas lever les préavis de grève » à la suite de sa proposition d'ouvrir dès ce jeudi une négociation pluriannuelle sur les salaires pour les trois prochaines années, l'intersyndicale, composée d'une dizaine de syndicats de tous horizons, a certes accepté dans sa majorité de se mettre autour de la table, mais ne lui pas donné gain de cause sur les préavis de grève. Ces derniers sont en effet maintenus pour les journées des 17, 18, 23 et 24 avril.

Épée de Damoclès

Contrainte de négocier avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête, la direction d'Air France va donc devoir jouer serré pour présenter un protocole de sortie de crise dont les modalités convainquent les syndicats. Mardi, pour calmer la grogne des syndicats qui refusent la hausse de 1% proposée (+1,4% de primes individuelles pour le personnel au sol -celles des navigants sont régies par des accords spécifiques), et demandent une augmentation de 6% (hors GVT, primes individuelles, et intéressement) afin de rattraper le gel, non pas des "salaires" depuis 2011, mais le gel des "grilles salariales", la direction a proposé d'accorder qu'une partie des hausses de salaires qui allaient être négociées soit versées dès avril à hauteur de 1% de hausse supplémentaire.

"Une hausse de 6%, c'est un dû" (FO)

La mesure n'a semble-t-il pas convaincu les syndicats et les salariés.
Pour Karim Taïbi (FO), il est "hors de question qu'on se couche pour 1% [de plus]".

"On ira chercher nos 6%, c;est un dû", a-t-il confié à l'AFP.

Karine Monsegu, de la CGT, abonde dans le même sens. Selon elle, il faut "maintenir notre mouvement jusqu'à ce que la revendication de 6% d'augmentation "soit satisfaite". "Ils ont un genou à terre", il faut "qu'on tienne le coup jusqu'à ce qu'on obtienne nos augmentations de salaire", a-t-elle ajouté.

Pour un pilote, la proposition de la direction est maladroite car la hausse de 1% supplémentaire est considérée comme une avance qui sera retenue sur les augmentations des années suivantes. Critiquée, cette façon de faire permet à la direction de maintenir l'accord de NAO sur les 1% signée avec la CFDT et la CFE CGC et donc de ne pas les désavouer à quelques mois des élections professionnelles, une échéance qui, selon de nombreux observateurs, joue d'ailleurs beaucoup dans le comportement de certains syndicats.

"Ces 6% sont irréalistes cette année" (Janaillac)

Des revendications que la direction a du mal à comprendre.

« La proposition qui a été faite est à la fois forte et raisonnable", a déclaré ce mercredi Jean-Marc Janaillac sur Europe 1. "Elle consiste à dire : Ces 6% que vous demandez, c'est totalement irréaliste cette année, mais projetons-nous dans l"avenir, sur 2019, 2020 et 2021, fondons ensemble un pacte de croissance et commençons à faire une négociation salariale sur ces trois années ".

Et le Pdg du groupe Air France-KLM d'ajouter :

"Air France est l'une des compagnies parmi les moins rentables d'Europe et elle est face à une concurrence redoutable et qui s'accroît. Cet été, nous aurons des low-cost vers les Antilles, vers les Etats-Unis. Easyjet ouvre des bases en France. Je suis confiant dans le fait que la majorité des salariés d'Air France réalise que le monde dans lequel nous vivons n'est pas celui qui existait il y a dix ans, qu'il faut savoir s'adapter et que le niveau d'effort qui leur est demandé est tout à fait raisonnable. Je ne peux pas imaginer que les syndicats d'Air France refusent la proposition qui leur a été faite pour permettre de poursuivre cette croissance qui profite à tous et qui va créer des emplois pour Air France."

Avec les 2% proposés, le GVT, les primes individuelles et l'intéressement, la masse salariale d'Air France qui tourne autour de 4 milliards d'euros, va augmenter de 5,5% cette année.

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Commentaires
a écrit le 12/04/2018 à 14:44 :
Ce conflit est un cas d’école.
1) une entreprise fait les meilleurs résultats de son histoire.
2) les grilles de salaires sont bloquées depuis 2011
3) les salariés ont fait de gros efforts de productivité ( suppression de milliers d’emploi).
4) les dirigeants s’octroient des augmentations de revenu importantes.
Ça, c’est le constat de base. Suite à ça, la direction propose de débloquer les grilles salariales en proposant 1% en deux fois, soit moins que l’inflation.
Résultat : les salariés reçoivent cette proposition comme une provocation d’où le mouvement de grève unitaire.
Conséquence : tout ça va coûter bien plus cher à l’entreprise !
Un grand bravo au management !
Réponse de le 12/04/2018 à 20:49 :
@sergio, je ne doute pas que vous soyez sincère et je respecte votre position. Mais
1), les grilles sont gelées mais pas les salaires qui ont augmenté. Le GVT, les promotions ne sont peut-être considérées comme du salaire mais sur la fiche de paie, ca augmente. Donc, sauf pour ceux, (-de 10%) qui n'en ont pas profité, il n'y a pas eu de perte de pouvoir d'achat.
2) sur la productivité, sans la nier, il ne faut pas l'exagérer non plus. A part au sol où la baisse des effectifs a entraîné une augmentation de la productivité. Le problème n'est pas tant la productivité que le niveau des salaires pour les PNT notamment et dans les escales où les coûts sont complètement hors marché.
3)Je vous rejoins sur l'histoire du Comex, mais il ne faut oublier non plus que la hausse de la masse salariale du Comex était également liée en partie à un nombre de personnes plus élevées, et à des personnalités avec beaucoup d'ancienneté qui avaient de gros salaires. Puisque les salariés aiment les benchmark, seriez-vous d'accord pour benchmarket le salaire du PDG avec IAG, Easyjet, Lufth? Si oui, faudra fortement augmenter la rémunération de vos PDG.
Après je partage avec vous la maladresse des 1%.
Réponse de le 12/04/2018 à 23:47 :
+1 vous avez tous dit!Trop de bureaucratie
Réponse de le 13/04/2018 à 0:28 :
@ Ours

Le coût des pilotes est hors marché? Vous en êtes certain? La direction a déjà reconnu que les pilotes d’AF coûtaient moins cher que ceux de KLM... Et lorsque je me compare à mes collègues d’Easy, Luft ou British, je suis dans la moyenne, voire légèrement en-dessous, sans même parler des salaires deux à trois fois supérieurs pratiqués en Chine ou aux Émirats. Vous dites aussi que seul le sol a connu une augmentation de productivité. Les pilotes ont vu leur nombre chuter de 4100 à 3600 et leurs jours de congés et de repos (qui remplacent les week-ends) ont été réduits. Ce n’est pas un effort de productivité?
a écrit le 12/04/2018 à 10:48 :
Je ne sais pas d'où le magazine CAPITAL tient ses infos mais à les en croire la moyenne des salaires pour tous les échelons est tout simplement impressionnante pour une socièté qui a perdu de l'argent pendant pratiquement dix ans de suite! Comment font-ils? Y aurait-il encore du contribuable la dessous?
a écrit le 12/04/2018 à 9:06 :
le moindre benefice fait reclamer par ces nantis une augmentation de salaire mais une perte de chiffre d'affaire du a des greves intempestives de nantis ne seront jamais deduites de leur mirobolant revenu s'ils ne sont pas heureux qu'ils partent voir dans d'autres compagnies (plus d'heures de vol de polyvalences ET MOINS REMUNERES) d'autres compagnies aerienne sont plus aimable accueillante ,air France est surfait et plus chere utiliser d'autre compagnie!!!! on attend la faillite depuis longtemps annonce avec des greves a repetition pour garantire des nantie
a écrit le 11/04/2018 à 17:53 :
Depuis plusieurs années pour éviter ce genre de pbl, je ne vole plus jamais avec AF.
Réponse de le 11/04/2018 à 18:54 :
Je possède une carte de paiement AMEX associée à un compte FB . Hélas, je n'utilise cette carte que pour des paiements ponctuels hors d'EU car leurs frais sont moins élevés que ma carte bancaire car je ne vole presque plus sur AF. Globalement les billets sont toujours plus chers et non pas de 50 ou 100 euros mais bien plus. Quand on fait des simulations, les prix proposés par les compagnies européennes ou étrangères telles United, American ou British Airways sont très souvent beaucoup moins chers. Comment se fait-il que votager en premium coute si cher depuis Paris quand le même vol depuis une autre ville européenne revient moins cher? Je pars en Corée et Japon dans quinze jours sur Air China. Prix du billet autour de 590€ vol Seoul-Fukuoka inclus. sur AF -KLM c'était beaucoup plus cher pour quel agrément? Sur les USA et le Canada, c'est l'arnaque avec le billet "nu" comparable au low cost??? Vraiment? Pourquoi les autres telles Swiss, Austrian, SAS, Lufthansa proposent des prix tout compris moins élevés? Si AF coule c'est à cause des ses pilotes archi-gournamnds et sa gestion ( Joon, Trasnavia, KLM, Hop et j'en passe. Aux USA, les compagnies sont absorbées.....pourquoi garder pléthore de compagnies?
a écrit le 11/04/2018 à 17:35 :
AF klm est dans la tourmente. Les prix proposés sur les usa sont plus chers sans bagages que toutes les compagnies concurrentes. Avec delta, l'offre est certes importantes mais quand un billet économique est vendu plus de €1000,00 entre CDG et San Francisco cet été, je prendrai alors United ou SAS ou Swiss ou lufthansa qui propose des billets tout compris pour deux cents euro de moins. Vendre des billets sans bagages sur L EU, ok mais pour l international, il vaut mieux aller voir ailleurs.
Réponse de le 14/04/2018 à 18:20 :
86% de taux de remplissage. Pourquoi voudriez-vous qu’AF vende moins cher ?
a écrit le 11/04/2018 à 16:52 :
..."acceptent de négocier".
Ne volez plus sur Air France, de façon à la mettre rapidement en faillite, et que l'on puisse virer tout le personnel.
Réponse de le 12/04/2018 à 3:30 :
Commentaire très fin

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