Austrian, Iberia, quand la restructuration d’hier permet la croissance d'aujourd’hui

 |   |  752  mots
Austrian et Iberia ont non seulement réduit les effectifs, elles ont également baissé les salaires, notamment des navigants.
Austrian et Iberia ont non seulement réduit les effectifs, elles ont également baissé les salaires, notamment des navigants. (Crédits : Reuters)
Les compagnies autrichienne et espagnole ouvrent depuis l'an dernier de nombreuses lignes long-courriers grâce à une structure de coûts fortement allégée à la suite d'une restructuration sévère. Ces deux compagnies ont notamment fortement réduit le coût des pilotes.

Article complété le 11/12/215

Chicago et Newark en 2014, Miami en juin dernier, l'Île Maurice en octobre, Shanghai et Ispahan en Iran en avril 2016 et La Havane le 25 octobre, Austrian Airlines, l'une des filiales du groupe Lufthansa, multiplie les ouvertures de lignes depuis le début de l'année.

Iberia, l'une des quatre compagnies du groupe IAG avec British Airways, Vueling et Aer Lingus, n'est pas en reste en rouvrant de nombreuses lignes en Amérique centrale et du sud. Début 2015, la compagnie espagnole a ouvert La Havane, Medellin et Cali et a annoncé ce 11 décembre l'ouverture en août 2016 de Madrid-Johannesbourg.

Deux cas à mettre en lumière avec la situation d'Air France où la direction conditionne la croissance à la négociation de mesures de productivité du personnel. "La croissance n'est pas un droit, elle se mérite", dit souvent le PDG d'Air France, Frédéric Gagey.

Retrouver une base de coûts permettant la croissance

Comme l'ont fait British Airways il y a quinze ans, Swiss après son rachat par Lufthansa en 2005, la compagnie autrichienne et Iberia sont les deux derniers exemples d'une stratégie de retournement réussie en Europe avec, dans les deux cas, une restructuration extrêmement violente pour stopper l'hémorragie suivie d'une phase de développement une fois retrouvée une base de coûts le permettant.

Ce développement s'appuie aujourd'hui sur une situation financière rétablie. Au cours des neufs premiers mois de l'année, Austrian Airlines a dégagé un bénéfice d'exploitation de 61 millions d'euros contre une perte de 7 millions d'euros au cours de la même période de l'année précédente. Ceci pour un chiffre d'affaires quasiment stable (+1,1%), à 1,5 milliard d'euros. Iberia de son côté a augmenté son bénéfice opérationnel de 129 millions, à 196 millions d'euros.

Baisse des coûts des pilotes

A la manière des compagnies américaines lors de leur passage sous chapitre 11 au cours de la dernière décennie, Austrian et Iberia ont non seulement réduit les effectifs, elles ont également baissé les salaires, notamment des navigants. Ceux des pilotes d'Iberia ont été de 14%.

Les salaires à l'embauche ont été réduit de quasiment de moitié, à 35.000 euros par an pour un premier poste de copilote moyen-courrier. Le point de sortie est également inférieur (autour de 180.000 euros lors du départ à la retraite contre près de 250.000 euros). Au total Iberia dit avoir baissé de 40% les coûts d'un pilote sur l'ensemble d'une carrière type.

Changement de contrats

Du côté d'Austrian Airlines, difficile d'avoir des chiffres aussi précis. Mais la restructuration a été également sévère. «Ils en ont fait un low-cost », estime un pilote d'Air France. Selon un proche de l'Association des compagnies européennes, les salaires des pilotes ont baissé d'environ 20%. Un ordre de grandeur confirmé par un analyste mais que réfute la compagnie:

«Les salaires n'ont pas baissé de 20% mais, avec le nouvel accord salarial que nous avons négocié, le coût de nos opérations est 20% inférieur à celui de Lufthansa. Austrian a les coûts les plus bas du groupe Lufthansa», explique Austrian.

Le contrat du personnel a été modifié en deux temps.

«En 2011, tout le personnel d'Austrian a été placé sous contrat Tyrolean Airways, notre filiale régionale», rappelle Benjamin Lanier, le directeur général France et Benelux d'Austrian.

Ces accords «Tyrolean» ont ensuite été dénoncés pour donner lieu à la renégociation d'un accord collectif accepté par tout le personnel et mis en place en avril 2015. S'il est mieux-disant que l'accord Tyrolean et moins disant que l'ancien accord Austrian, l'accord est néanmoins plus proche du premier que du second, explique un analyste.

«C'est l'accord le plus compétitif a sein du groupe Lufthansa », confirme-t-on chez Lufthansa, dont le président du directoire, Carsten Spohr dit souvent que les coûts au siège kilomètre offert d'Austrian sont désormais proches de ceux d'Easyjet.

Qualité de services

Comme British Airways ou Swiss, cette baisse des coûts ne s'est pas traduite chez Austrian par une baisse des prestations mais, au contraire, par leur amélioration pour monter en gamme.

En 2014, la compagnie autrichienne a été classée 13e compagnie au niveau mondial en termes de services (21e en 2014) dans le classement Skytrax, juste derrière Lufthansa et devant Swiss (14e) et Air France (15e, dix places de mieux qu'en 2014). British Airways se situe en 20e position et Iberia en 56e.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 04/12/2015 à 19:08 :
Il ne faut pas oublier aussi le cadeau que fit l'Etat autrichien aux actionnaires de Lufthansa en effaçant sa dette une fois que ceux ci eurent remporté l'offre d'achat sur Austrian Airlines!!
Quant aux baisses inquiétantes des salaires des pilotes en Europe (comme pour les hôtesses de certaines compagnies d'ailleurs), on comprend mieux les nombreuses grèves chez Lufthansa...
Il y a même des pilotes qui paient pour travailler en Europe! Je suis tombé sur Facebook sur une pétition demandant le "stop pay-to-fly"!
a écrit le 04/12/2015 à 12:13 :
Assertion trop vraie tant le modèle économique chez AF date du siècle denier, à une époque ou peu voyageaient et peu d'avions volaient comparativement . Les pilotes d'alors étaient les "princes des airs" et faisaient la loi dans les compagnies; mais avec les voyages de masse,les pilotes sont devenus une "simple catégorie de personnels" parmi d'autres qui doit être rentable et productive (de plus en plus). C'est dur à avaler mais c'est ainsi sinon c'est la mort lente inéluctable (Pan Am ; TWA ; Swissair et pas des moindres...)
a écrit le 04/12/2015 à 10:48 :
Assez de cette société de rentiers qu'est Air France.
Il profite des créneaux horaires a Orly et Roissy (créneau donné gratuitement : il paie les taxes aeroportuaires comme tout le monde mais ils n'ont pas payé en plus que les autres pour profiter des meilleurs créneaux)

=> Ces rentes sont tolérés partout ailleurs aussi donc ce n'est pas qu'un avantage pour Air France mais en France ils sont majoritaires.

L'etat devrait mettre des prix annuels plus élevés en fonction des créneaux par des enchères, je suis sur que beaucoup de companies sont prêtes à payer pour avoir les meilleurs créneaux.
C'est exactement la meme chose que les licences de taxi, nous devrions les remplacer par des abonnements annuels aux encheres et pas par des licences perpétuelles qu'ils ont le droit de vendre.
a écrit le 04/12/2015 à 9:14 :
Toujours sur le meme filon Mr Gliszczynski !
Seriez vous devenu le porte parole officiel de cette direction sans vision d Air France?
C'est vrai qu à voir le spectacle pitoyable qu elle nous a donné sur "complement d'enquête" hier soir, on se dit qu elle en a bien besoin !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :