Covid-19 : Faut-il clouer les avions au sol ou les redéployer ? Lufthansa "grounde" 13 gros-porteurs

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(Crédits : Kai Pfaffenbach)
Le groupe allemand a immobilisé 13 de ses appareils long-courrier à la suite de l'annulation d'une série de dessertes en Chine continentale en raison de l'épidémie de Covid-19 en cours. De quoi alimenter le débat sur les capacités. Faut-il clouer au sol des avions ou les redéployer sur d'autres zones géographiques en prenant le risque d'entraîner une dégradation des prix?

C'est un geste fort que fait Lufthansa. En pleine crise du coronavirus, le groupe allemand propriétaire de la compagnie éponyme mais aussi de Swiss et d'Austrian Airlines, a préféré clouer au sol les 13 gros-porteurs qui étaient positionnés pour relier la Chine, dont la desserte est suspendue jusqu'à fin mars, plutôt que de les redéployer sur d'autres zones. Cette décision traduit la problématique à laquelle sont confrontés les grands groupes de transport aérien : laisser les avions au sol ou les redéployer sur d'autres marchés. La décision est extrêmement difficile. Clouer au quelques appareils est coûteux puisque les compagnies devront continuer à payer les loyers de l'avion. Mais les redéployer est également préjudiciable quand les autres marchés ne sont pas très dynamiques. Augmenter la capacité peut en effet entraîner une baisse des prix pour remplir les avions; un phénomène toujours difficile à inverser par la suite. Air France ne semble pas partie pour suivre Lufthansa dans cette voie.

Vu le contexte, certains experts estiment qu'une "discipline capacitaire" serait néanmoins dans l'intérêt des compagnies européennes.

«Oui, cela coûte un peu cher, mais par rapport à une dégradation des tarifs dont les effets peuvent s'étirer sur des trimestres voire des années, c'est peut-être la moins mauvaise des solutions », explique Yan Derocles, analyste chez Oddo-BHF.

Avions détenus en pleine propriété

Pendant les trois années de crise en 2008, 2009 et 2010, seul Lufthansa avait été la seule à « grounder » des avions. C'était, il est vrai, plus facile pour le groupe allemand, dans la mesure où il détenait l'essentiel de sa flotte en propre et disposait de vieux avions déjà amortis. Cette particularité est toujours d'actualité aujourd'hui.

Cette immobilisation des avions s'accompagne de plusieurs mesures de réductions de coûts. Les nouvelles embauches sont désormais "évaluées, suspendues ou repoussées à une date ultérieure" et "Lufthansa propose dès maintenant à ses employés des congés non payés", explique la compagnie.

Les formations prévues à partir d'avril 2020 ne seront pas assurées et des apprentis actuels ne seront pas repris même si "l'objectif" reste une embauche "à long terme".Le budget administratif est réduit de 20% et "le volume de projets" de 10, ajoute encore le groupe.

Mesures d'économies

L'impact du coronavirus n'a pas été évalué Il le sera lors de la présentation des résultats financiers 2019 le 19 mars. Air France-KLM a annoncé jeudi 20 février que la crise sanitaire en cours en Chine amputerait son résultat d'exploitation de 150 à 200 millions d'euros d'ici au mois d'avril, en supposant que ses liaisons avec la Chine restent suspendues jusqu'à cette date. Mais depuis la propagation de l'épidémie de Covid-19 et sa médiatisation se sont emballées. De nombreuses entreprises ont suspendu les déplacements de leur collaborateurs et la clientèle loisirs qui n'avait pas encore réservée ses billets pour l'été doivent forcément attendre. Air France a donc pris des mesures d'économies pour limiter l'impact.

"Plusieurs de nos clients Entreprises et Grands Comptes prennent en effet des mesures qui visent à limiter, voire interdire, les voyages de leurs collaborateurs. Les conséquences de ces mesures vont nécessairement infléchir notre trajectoire financière et pourraient nous mettre dans une situation de trésorerie difficile, si nous ne réagissions pas immédiatement", a déclairé le directeur financier d'Air France, Steven Zaat, dans un courrier interne.

Dans ce contexte, le responsable financier appelle les managers à resserrer les dépenses dites "discrétionnaires" telles que les voyages, les réceptions et invitations, le recours à des consultants ou encore les séminaires. Il demande par ailleurs une poursuite du gel des embauches pour "tous les services qui ne sont pas directement liés à nos opérations".

Selon l'agence de presse ANP, la compagnie KLM a envoyé une communication similaire à ses salariés, signée de la main du directeur financier Erik Swelheim, annonçant "un gel des embauches, une incitation à la prise de congés pendant la baisse d'activité et un tour de vis sur les dépenses pour tous les services administratifs". Ces économies affecteront des investissements non stratégiques, dans l'informatique, l'immobilier ou la publicité, précise une lettre interne citée par ANP.

"L'impact du coronavirus est très important et ne peut qu'être absorbé par des réductions budgétaires et une baisse du prix du carburant", déclare le directeur financier de KLM, Erik Swelheim, dans ce courrier.

Le personnel a été prié de prendre des jours de congés pour réduire les dépenses, alors que l'épidémie continue d'entraîner des annulations de vol.

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Commentaires
a écrit le 27/02/2020 à 11:34 :
Cette crise va faire tomber les compagnies les plus fragiles. Ne survivront que les plus grosses et celles avec le plus de trésorerie.
Les jours d'Alitalia sont comptés je pense...
a écrit le 27/02/2020 à 11:05 :
nos politiciens ont une responsabilité affichée ! vont ils continuer de faire cocorico mais. ne tireront aucun profit de la situation
Réponse de le 28/02/2020 à 8:27 :
Je suis sûr que vous feriez bien mieux. SVP, aidez nous, partagez vos idées pour empêcher cette épidémie de faire de gros dégâts économiques.
Une place au gouvernement, voire dans les institutions européennes ou internationales vous attend. L’ONU, l’OMS le FMI et la banque mondiales attendent vos géniales préconisations.
a écrit le 27/02/2020 à 10:30 :
Les compagnies aériennes vont souffrir, les sociétés de leasing aussi. Encore 3 mois de Covid19, encourager ensuite les gens à reprendre l'avion dans un contexte où plane l'ombre du 737Max ne va pas être une tâche facile... les risques de faillites dans ce secteur et ceux connexes ne sont pas nuls.
a écrit le 27/02/2020 à 8:56 :
"Oui, cela coûte un peu cher, mais par rapport à une dégradation des tarifs dont les effets peuvent s'étirer sur des trimestres voire des années, c'est peut-être la moins mauvaise des solutions"

Logique.

"le responsable financier appelle les managers à resserrer les dépenses dites "discrétionnaires" telles que les voyages, les réceptions et invitations, le recours à des consultants ou encore les séminaires."

Le plus raisonnable, éliminer les surcoûts inutiles.

Si les conseillers financiers commencent enfin à penser par le moins on va peut-être y arriver, rien que ça...

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