E-commerce : à Strasbourg, ULS combine fluvial et vélo pour fluidifier sa logistique du dernier kilomètre

DOSSIER E-COMMERCE. Urban Logistic Solutions (ULS) a déployé une barge fluviale de 112 tonnes et une flotte de vélos électriques pour remplacer les camionnettes de livraison au centre de Strasbourg. Le dispositif va être dupliqué dans d'autres villes desservies par un cours d'eau ou un réseau de canaux.

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ULS déploie son activité à Strasbourg sur deux sites distincts, reliés par la voie fluviale. Ici, les expéditions sont préparées dans le premier entrepôt du Port du Rhin.
ULS déploie son activité à Strasbourg sur deux sites distincts, reliés par la voie fluviale. Ici, les expéditions sont préparées dans le premier entrepôt du Port du Rhin. (Crédits : Olivier Mirguet)

Et si le fluvial, combiné au vélo, était la solution pour décongestionner la logistique du dernier kilomètre ? "Nous écrivons l'histoire du nouveau champion français de la logistique urbaine", vante déjà Thomas Castan, fondateur d'ULS (Urban Logistic Solutions), moins de deux ans après le lancement de son activité à Strasbourg.

En réponse à un appel à manifestation d'intérêt lancé par Voies navigables de France (VNF), ULS a imaginé une organisation inédite du transport de petits colis dans la capitale alsacienne. Le circuit des marchandises repose sur deux lieux de manutention situés à proximité de la voie fluviale. Le dégroupage des colis s'effectue dans le Port du Rhin, en périphérie, où ULS occupe un entrepôt de plus de 20.000 mètres carrés.

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L'entreprise s'est équipée d'une barge de 112 tonnes, propulsée au gaz liquide, qui transporte les colis jusqu'à une seconde plate-forme de 400 mètres carrés, en plein air, en plein centre-ville. Ce pré-acheminement par voie fluviale s'effectue en 25 minutes. Des remorques légères attelées à des vélos électriques prennent le relais sur le "dernier kilomètre", dans un isochrone limité volontairement à 12 minutes. Chaque vélo peut transporter jusqu'à 180 kilos de marchandises et l'assistance électrique, puissante, réduit considérablement l'effort de celui qui pédale.

ULS Logistique fluviale

[Les colis sont chargés sur une barge dans le port du Rhin. Le transfert jusqu'au centre de Strasbourg dure 25 minutes. Crédit : Olivier Mirguet]

Le modèle a fait ses preuves à Strasbourg où les livraisons par ULS sont désormais possibles six jours sur sept. Malgré la crise sanitaire qui a ralenti l'activité économique en période de lancement, l'opérateur a embauché 27 salariés en CDI.

Le "mix" des marchandises transportées depuis 2020 inclut des petits colis et de la messagerie, des boissons livrées dans les bars et les restaurants, de la farine. Le transport des déchets d'emballages des commerçants, cartons ou consignes, permet d'éviter le retour à vide du bateau. "Il est impossible d'établir une activité prévisionnelle. Nos objectifs sur les livraisons de boissons aux cafetiers et restaurateurs n'ont pas été atteints à cause de la crise sanitaire. Nous nous sommes rattrapés avec les boulangers : certains jours cet hiver, à Strasbourg, nous avons livré jusqu'à 11 tonnes de farine", se réjouit Thomas Castan.

ULS Logistique

[Les marchandises sont transférées sur une remorque de vélo puis acheminées jusqu'au destinataire. Ici, une livraison de vin au restaurant L'Ancienne Douane. Crédit : Olivier Mirguet]

Fondateur et actionnaire actionnaire unique d'ULS, Thomas Castan refuse encore de dévoiler son chiffre d'affaires. "Ce chiffre n'est pas significatif à cause du Covid. La rentabilité est acquise dès que les bateaux sont remplis", se contente-t-il de répondre. L'activité à Strasbourg devrait, à terme, s'établir entre 5 millions et 10 millions d'euros annuels. Cet ancien cadre de l'industrie a financé sur fonds propres le démarrage de sa société, avec le concours des banques de réseau. Une barge, deux grues, des vélos électriques ont été acquis. L'entrepôt du Port du Rhin, surdimensionné, a été apporté et valorisé en fonds propres.

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Dix-neuf villes potentielles

Thomas Castan entend désormais dupliquer son modèle dans d'autres villes françaises. L'implantation à Lyon, en mars 2022, est prévue à proximité du pont Morand. La plate-forme logistique (2.800 mètres carrés couverts sur un terrain de 7.500 mètres carrés) sera implantée dans le port Édouard-Herriot. Quatre autres villes doivent être ouvertes en 2022. Thomas Castan a identifié dix-neuf villes "dont la population se situe entre 50.000 et 500.00 habitants", et où il pourrait encore développer ULS.

Le calendrier imposé par la loi Climat et résilience, qui crée des zones à circulation restreinte dans les agglomérations de plus de 150.000 habitants, est favorable à ULS. Chaque bateau peut transporter l'équivalent du chargement de 150 camionnettes. "Les maires sont sensibles à un tel argument", assure Thomas Castan, qui prépare une ouverture du capital pour financer la croissance à venir. Des négociations avancées sont en cours afin d'ouvrir le capital à un opérateur financier ou industriel. Reste à choisir le bon partenaire : "Avec un actionnaire industriel, on risque de louper des opportunités commerciales. Avec un financier, il faudra être attentif au profil d'un partenaire trop agressif. Je ne veux pas me tromper de camarade de jeu", prévient Thomas Castan.

Sortir de l'image d'un métier précaire

ULS prévoit de consacrer 1 million d'euros à la mise au point d'outils dédiés à son organisation : des barges électriques ou à hydrogène, des remorques de vélo plus capacitaires. Chaque ouverture de ville devrait mobiliser en moyenne 5 millions d'euros d'investissement (bâtiment, bateau, engins de manutention, vélos) et générer entre 20 et 40 emplois.

« Nos employés sont en CDI. La rémunération s'établit à 1.400 euros nets pour un contrat à temps plein », insiste Thomas Castan, inquiet de l'image délétère qui peut être accolée aux coursiers à vélo, précaires et intrusifs. « Nos livreurs seront formés à la notion essentielle de partage de l'espace public », a-t-il promis.

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