LA TRIBUNE - La crise sanitaire a amplifié la croissance du e-commerce qui était déjà forte les années précédentes. Les confinements et les contraintes sanitaires qui l'ont accompagnée ont entraîné un fort développement de la demande et de l'offre avec, dans certains secteurs, un véritable coup d'accélérateur. Jusqu'où le e-commerce peut-il aller. Peut-il tuer le commerce « physique » à long terme ?
Vincent Chabault - La crise a en effet accéléré des tendances qui étaient préexistantes. Le gros changement est aussi d'ordre psychologique dans la mesure où, aujourd'hui, la norme du magasin connecté, quelle que soit sa taille, s'est imposée. Pendant la crise, et notamment pendant les deux confinements, il y a eu une forte digitalisation de tous les magasins. Y compris de ceux, comme la grande distribution et surtout le petit commerce, qui se méfiaient de cette révolution numérique car ils ne la maîtrisaient pas. Désormais, ces outils numériques au service du commerce de détail ne sont plus vus comme une menace, mais bel et bien comme un outil de développement économique, surtout en temps de confinement.
Dans la grande distribution le « drive » a explosé, notamment pour les produits frais, ce qui n'était pas le cas auparavant. Il a également progressé sous d'autres formes comme les « drives fermiers » au printemps 2020, quand les marchés étaient fermés, organisés avec des circuits courts avec l'aide des chambres d'agriculture et des prestataires numériques comme Cagette.net. Dans les petits commerces, les librairies, les artisans alimentaires, les boucheries... le « click and collect », davantage que la livraison à domicile, s'est renforcé.
Aujourd'hui, les magasins sont ouverts. La croissance du e-commerce est-t-elle aussi forte ?
Nous ne sommes pas encore revenus à la normale. Nous constatons néanmoins que dès que les magasins rouvrent en mode non dégradé, quand les routines d'achat reprennent un peu, les services numériques connaissent un reflux. En ce moment, il y a moins de livraisons, moins de « click and collect »... Pour autant, il existe des routines d'achat qui avaient basculé vers le numérique et qui perdurent depuis la réouverture des magasins. On le voit notamment dans l'alimentaire, avec le « drive voiture », les livraisons à domicile, et, dans des villes comme Paris, le « drive piéton ».