KLM n'envisage pas de quitter Air France-KLM : mais une rupture serait-elle possible ?

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(Crédits : Reuters)
La compagnie aérienne KLM, filiale au même titre qu'Air France du groupe Air France-KLM, n'envisage pas de quitter le groupe, a indiqué ce mercredi son directeur général, Pieter Elbers. Selon lui une injection de capital par l'Etat néerlandais est une possibilité.

La compagnie aérienne KLM, filiale au même titre qu'Air France du groupe Air France-KLM, n'envisage pas de quitter le groupe, a indiqué ce mercredi son directeur général, Pieter Elbers.

"Nous ne travaillons pas sur des scénarios de désalliance", a déclaré ce dernier selon des propos rapportés par RTL. "Nous travaillons sur le financement."

Un porte-parole de KLM a confirmé à Reuters que ces citations étaient exactes.

La théorie de la séparation

Cette déclaration est intéressante quand on sait que le départ de KLM à terme est l'une des hypothèses à terme émises par de très bons connaisseurs du groupe. Une issue inéluctable selon eux, en raison des tensions qui existent entre KLM et le groupe depuis une dizaine d'années, et plus précisément depuis les difficultés économiques rencontrées par Air France. Aux yeux des Néerlandais, la piètre performance financière de la compagnie française fragilise le groupe et donc KLM. Ces difficultés sont en effet à l'origine des tensions sociales au sein d'Air France et de la valse des dirigeants observés au cours de la dernière décennie à la fois chez Air France et Air France-KLM. Pour autant, les difficultés d'Air France ont également mis en lumière  la volonté d'autonomie de KLM qui a plutôt tendance à penser "KLM First" et de ne jouer la carte du groupe que quand cela l'arrange. Aujourd'hui, personne ne voit les relations entre les deux compagnies du groupe entre le groupe et KLM s'améliorer à l'avenir.

KLM ne peut pas quitter le groupe sans l'assentiment d'Air France-KLM

Au regard des liens très étroits noués par les deux compagnies depuis le rachart de KLM par Air France en 2004, notamment dans le domaine commercial, le scenario d'un départ de KLM semble improbable, mais les tenants de la théorie de la séparation estiment que le groupe fera un jour l'objet d'une offre pour sa filiale néerlandaise, qu'il sera obligé d'accepter. Sur le plan juridique, l'assentiment de la maison-mère est d'ailleurs la seule option. KLM ne peut pas claquer la porte du groupe si ses dirigeants en ont envie.

Aujourd'hui, il est difficile d'imaginer Air France-KLM, dans lequel l'Etat français joue un rôle prépondérant avec ses 14,3% dans le capial (et le double en droits de vote), accepter un jour un tel schéma, qui serait contraire aux intérêts d'Air France. Pour autant, l'an prochain l'Etat néerlandais, qui possède également 14% du capital depuis 2019, aura également des droits de vote double. Et les schémas d'alliances éventuelles avec les deux autres gros actionnaires, Delta et China Eastern (8,8% du capital et le double en droits de vote) seront bien sûr à surveiller, même s'il est difficile d'imaginer Delta et China Eastern vouloir défaire un jour un  groupe dans lequel ils ont jugé stratégique d'investir.

Si tant est que l'idée de quitter un jour le groupe les traverse, les Néerlandais pourraient avoir tort d'espérer que l'herbe soit plus verte ailleurs. KLM, qui, faut-il le rappeler, a énormément profité du rapprochement avec Air France en 2004, aura du mal à trouver une alliance aussi bénéfique et aussi respectueuse de ses intérêts.

Sauf alternative crédible, le départ de KLM serait catastrophique pour Air France. La compagnie française se retrouverait seule face à deux mastodontes (le groupe IAG construit autour de British Airways et Iberia, et le groupe Lufthansa) et aux puissantes low-cost comme Ryanair ou Easyjet. La consitution d'un nouveau groupe serait compliquée en raison du faible nombre de compagnies indépendantes et aurait du mal à faire l'impassse d'une alliance avec une low-cost. Quant à une intégration au sein de IAG ou de Lufthansa -une hypothèse néanmoins peu probable au regard des règles de concurrence-, elle lui ferait perdre son leadership.

Air France et KLM ont intérêt à s'entendre

Bref, Air France et KLM ont plutôt intérêt à s'entendre. Dans un marché mondial qui continuera de se consolider après la crise du coronavirus, l'appartenance à un groupe comme Air France-KLM capable de jouer un rôle de pilier européen au sein d'un système d'alliances mondial, est probablement la meilleure façon de garantir leur avenir. Comme l'on souvent répété les dirigeants d'Air France, le meilleur moyen d'apaiser les relations avec KLM est d'améliorer la performance financière d'Air France.

Injection de cash des Pays-Bas dans KLM ?

On n'en est pas là aujourd'hui. L'heure est aujourd'hui à passer la crise. Le ministère des Finances néerlandais discute avec KLM d'un soutien financier. Pieter Elbers a déclaré mercredi qu'une injection de capital par l'Etat était une possibilité.

Lire aussi : Covid-19: Air France est-elle armée pour encaisser le choc ?

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Commentaires
a écrit le 02/04/2020 à 20:29 :
Si d'aventure les pays-bas investissaient dans KLM, Bercy devra réagir IMMEDIATEMENT (et donc préparer cette hypothèse!) en nationalisant l'ensemble du groupe AirFrance-KLM !!! C'est d'ailleurs en 2004 que la majorité de KLM aurait du être prise : à l'époque, la compagnie batave a été sauvé par AirFrance, mais les néerlandais ne veulent bien évidemment pas s'en souvenir !! Même problème que pour Renault avec Nissan !
a écrit le 02/04/2020 à 13:09 :
N'oublions pas que les groupe LH et IAG vont ressortir affaiblis de la crise du #COVID19. il est possible que Brussels soit nationalisée que Iberia redivenne 100 % espagnole pour bénéficier d'aides ( avec le Brexit) , bref toutes las cartes sont rebattues et plus rien n'est sur pour aucune compagnies ou aucun groupe.
a écrit le 02/04/2020 à 11:13 :
Ha, le rendement du KLM 3 fois superieur a celui du AF depuis des annees, avec beaucoup moins des avions. Aujourdhui, au contraire de 2004, l'AF ne survrire pas sans le KLM.

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