L'incroyable come-back des compagnies aériennes américaines (American, Delta, United)

26 milliards de dollars... c'est la somme déjà engrangée par les compagnies américaines lors du premier trimestre sur les vols à venir à partir d'avril. Un sacré pécule, largement supérieur aux niveaux de 2019. Si l'explosion de la facture de carburant contrebalance le bilan, le second trimestre s'annonce déjà réussi et l'été plus que prometteur.

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Alors que le long-courrier connaît encore des difficultés, les billets s'arrachent sur le domestique américain.
Alors que le long-courrier connaît encore des difficultés, les billets s'arrachent sur le domestique américain. (Crédits : Loren Elliott)

Les compagnies américaines ont décidément une capacité de rebond incroyable en sortie de crise. Les résultats du premier trimestre 2022 de Delta Air Lines, United Airlines et American Airlines ne sont pas encore mirobolants, avec des pertes encore significatives même pour un début d'année, mais les perspectives pour les mois à venir sont colossales avec plusieurs milliards de dollars supplémentaires déjà engrangés par rapport aux niveaux d'avant-crise.

Sur le plan du chiffre d'affaires, le constat est relativement simple : au premier trimestre, les trois compagnies américaines ont toutes plus que doublé leurs revenus par rapport à la même période l'an dernier. United est à 7,6 milliards de dollars, American à 8,9 milliards et Delta à 9,3 milliards. Elles ont ainsi récupéré entre 80 et 90% de leurs niveaux de recettes du premier trimestre 2019. En ne prenant en compte que les activités passagers, le niveau oscille davantage en 75 et 80%.

En revanche, les pertes opérationnelles restent lourdes. Si Delta améliore significativement son résultat de plus de 600 millions de dollars, elle en perd encore près de 800 millions. United stagne avec une perte autour de 1,4 milliard de dollars. Et American dégringole encore, avec un déficit opérationnel renforcé de 400 millions de dollars pour un total de plus de 1,7 milliard. Les pertes nettes évoluent dans les mêmes proportions pour chaque compagnie. Le bilan est donc encore fragile, même s'il faut rappeler que le premier trimestre est traditionnellement compliqué et que celui-ci a été marqué par le variant Omicron et la guerre en Ukraine.

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Une amélioration impressionnante en cours

Pourtant la situation va drastiquement s'améliorer entre avril et juin. A tel point que United annonce d'ores et déjà qu'elle va connaître cette année le meilleur deuxième trimestre de son histoire en termes de revenus. Lors des résultats trimestriels, son directeur général Scott Kirby a ainsi déclaré : "l'environnement pour la demande est le plus fort que j'aie connu en 30 ans de carrière dans le secteur, et United et ses clients en bénéficieront plus que toute autre compagnie aérienne. Nous voyons maintenant clairement que le deuxième trimestre sera un point d'inflexion historique pour notre activité. Cela me rend plus optimiste que jamais sur l'avenir de United".

La compagnie de Chicago est la plus démonstrative dans ses annonces, mais le mouvement est général. De son côté, American Airlines affirme avoir réalisé un mois de mars record en termes de ventes, le premier mois depuis le début de la crise durant lequel son chiffre d'affaires dépasse le niveau de 2019. Et la tendance se poursuit au cours du second trimestre. Le son de cloche est identique chez Ed Bastian, directeur général de Delta Air Lines. Sa compagnie est redevenue rentable en mars avec une marge opérationnelle de près de 10%, qui doit encore s'accroître jusqu'en juin et générer un important flux de trésorerie disponible (free cash-flow).

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26 milliards de dollars déjà engrangés

Si les trois compagnies sont si optimistes en dépit des montagnes russes de ces dernières années, c'est tout simplement parce qu'elles ont d'ores et déjà engrangé des montants de ventes records pour les prochains mois. Entre janvier et mars, Delta Air Lines a vendu pour plus de 9 milliards de dollars de billets sur des vols à venir à partir d'avril. C'est 2,5 milliards de dollars de plus qu'au premier trimestre 2019. Les ventes sont quasiment identiques chez United Airlines, mais avec une hausse de 2,9 milliards de dollars. Le montant des réservations chez American Airlines est légèrement moindre, avec tout de même une progression de 2,4 milliards de dollars.

Au total sur ce premier trimestre, les trois mastodontes du transport aérien américain ont réalisé un résultat colossal, comme l'a qualifié un analyste, en ayant déjà vendu pour plus de 26 milliards de dollars de billets pour des vols encore à venir. C'est une hausse foudroyante de plus de 42 % par rapport à 2019. Le deuxième trimestre va donc générer des revenus très importants, voire historiques. Et si la tendance se poursuit au troisième trimestre, le plus rentable et de loin du transport aérien, l'été pourrait être de tout premier ordre pour les compagnies américaines.

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Des prix qui ne dissuadent pas les passagers

Si les chiffres s'envolent dans de telles proportions, c'est que les tarifs remontent fortement. Face à l'envolée des prix du kérosène, quasiment toutes les compagnies ont été obligées de revoir leurs tarifs à la hausse sous peine d'être maintenues dans le rouge par le poids de la facture carburant. Malgré ces hausses, la demande n'a cessé de se renforcer depuis le mois de février, portée par le dynamisme du marché domestique. Elle connaît même une véritable accélération depuis mars.

L'augmentation des recettes tient plus à la hausse du tarif unitaire plutôt qu'à l'accroissement du nombre de passagers. Les "majors" américaines restent d'ailleurs prudentes sur la remise en ligne de leurs capacités. Pour le deuxième trimestre, le nombre de sièges au kilomètre offert va ainsi osciller entre 82 % et 87 % de la capacité de 2019 d'une compagnie à l'autre. Sans compter qu'il persiste un décalage important entre le domestique, qui revient à la pleine capacité, et l'international, encore à la peine.

Cette dynamique va donc permettre aux compagnies d'absorber en partie la hausse du prix du kérosène et d'engranger du cash. Cela ne leur suffira pas pour retrouver les niveaux de rentabilité de l'exercice 2019, mais c'est sans aucun doute au-delà de ce qu'elles pouvaient espérer il y a quelques semaines encore. Et, au vu de la résilience exceptionnelle de la demande, elles devraient être en capacité de continuer à jouer sur leurs tarifs sur l'été en vue d'améliorer leur rendement.

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Des bénéfices attendus sur l'année

Au final, les trois géants prévoient tous d'être rentables au deuxième trimestre, ainsi que sur l'année. Delta Air Lines et United Airlines visent toutes deux des marges "à deux chiffres" pour les prochains mois, quelques points en dessous du niveau de 2019. Sur le trimestre en cours, Delta anticipe le retour jusqu'à 97 % de ses revenus enregistrés il y a trois ans avec seulement... 84% de la capacité. Elle vise ainsi une marge opérationnelle ajustée de 12 à 14% d'ici juin et "prévoit d'atteindre une rentabilité significative en 2022, puis d'améliorer sa rentabilité au-delà des niveaux pré-pandémiques d'ici 2024".

De son côté, United vise une hausse d'environ 17% de son revenu par siège au kilomètre offert par rapport à 2019, pour une capacité retrouvée à hauteur de 87%. Elle s'est ainsi fixée un objectif de rendement opérationnel autour de 10% sur le trimestre et vise un bénéfice sur l'ensemble de l'année.

Encore en grosse difficulté au premier trimestre, American Airlines semble la plus conservatrice en annonçant une marge opérationnelle avant impôts comprise entre 3 et 5%. Mais il s'agit en réalité d'une amélioration par rapport au niveau d'avant la crise. Elle prévoit ainsi des revenus 6 à 8% supérieurs à ceux de 2019 quand sa capacité restera 6 à 8% inférieure. Et la compagnie texane se montre confiante pour passer dans le vert sur l'année.

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Commentaires 4
à écrit le 27/04/2022 à 18:24
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Alors entre l'aviation américaine qui a du pétrole ,la Chine qui a du pétrole russes ,les pays du golfe qui ont du pétrole et nous qui avons des licornes et quelques bidons de pétrole dans le Bassin parisien et en Aquitaine c'est clair que nous allon...

à écrit le 27/04/2022 à 13:48
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Tout va bien. Poutine? Un point de détail.

à écrit le 27/04/2022 à 10:31
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Vive les Bobo-gogo…

à écrit le 27/04/2022 à 6:51
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T'as le bonjour de l'empreinte carbone 😁. Et après on va culpabiliser les gueux qui prennent leur voiture pour bosser ... et les vaches, qui ont pourtant rendu tant de services à l'humanité !

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