La grosse crainte des aéroports français : que la France tergiverse sur le pass sanitaire

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(Crédits : © Jean-Paul Pelissier / Reuters)
Se félicitant du projet de "pass sanitaire" de la Commission européenne qui permettrait de faciliter les voyages aériens dès le mois de mai, l'Union des aéroports français (UAF) demande à l'Etat français de se prononcer très rapidement sur la levée des mesures de quarantaine. Objectif : permettre aux passagers de réserver leurs vacances. En raison du manque de visibilité actuel, des compagnies aériennes étrangères ont en effet annulé leurs vols vers la France pour se concentrer sur la desserte des pays ayant envoyé des messages clairs d'ouverture de leurs frontières, comme la Grèce. Par ailleurs, alors que les compagnies se positionneront sur les lignes les plus rentables, l'UAF demande une diminution temporaire de la fiscalité pour permettre aux aéroports français de rivaliser en termes de compétitivité avec leurs voisins espagnols et italiens.

L'épidémie de Covid-19 flambe. Et pourtant, tous les professionnels du tourisme espèrent voir le bout du tunnel avec l'application, d'ici à l'été, d'un passeport sanitaire européen, seul moyen de relancer le voyage aérien sans attendre la fin de la crise sanitaire. Présenté ce mercredi par la Commission européenne, ce certificat sanitaire prévu "avant juin" selon le Commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton, doit permettre de lever les restrictions de voyage comme les fameuses quarantaines qui plombent le transport aérien. Il pourra en effet intégrer un certificat de vaccination pour les personnes vaccinées ou un certificat d'immunité justifiant la présence d'anticorps chez les personnes qui ont été touchées par le Covid. Pour ceux qui n'ont ni l'un ni l'autre, ce pass pourra contenir un certificat de test PCR et les Etats devront ensuite préciser les conditions d'entrée sur leur territoire.

"C'est clairement l'outil que nous attendions pour que les gouvernements puissent s'accorder avant l'été prochain", a déclaré ce mardi Thomas Juin, le président de l'Union des aéroports français (UAF). "Le maître-mot, c'est de voyager sans quarantaine. Sans cela, il est illusoire de considérer toute reprise", a-t-il ajouté.

La question de tempo

Se disant "plus optimiste" qu'il ne l'était il y a quelques mois, Thomas Juin nourrit néanmoins des inquiétudes sur le temps que prendra la France pour décider d'appliquer le mode opératoire de la Commission. Il ne voudrait pas que les aéroports français ratent le train de la reprise pour une question de tempo.

"Il y a déjà des Etats, comme la Grèce, qui ont envoyé un certain nombre de messages pour l'été prochain (sur la levée des quarantaines, ndlr), et l'on voit déjà des réservations qui se concentrent sur ces pays-là", explique Thomas Juin. "Il faut que la France se positionne le plus rapidement possible et envoie des signaux à toute la filière touristique afin que l'été prochain - voire même à partir de mai pour une période de rodage - nous puissions garantir aux passagers qui partent et viennent en France de voyager sans quarantaine. Car l'été se joue maintenant", ajoute-t-il.

Il y a visiblement urgence. Selon Thomas Juin, des compagnies aériennes qui avaient programmé des vols vers la France cet été ont changé leur fusil d'épaule pour les positionner vers les pays prêts à ouvrir leurs frontières rapidement.

La Grèce en fait partie à coup sûr. La semaine dernière, le gouvernement grec a indiqué envisager une réouverture progressive des frontières dès le mois d'avril aux ressortissants de l'Union européenne et de pays comme Israël, bien avancés dans leur programme de vaccination.

Initialement réfractaire comme l'Allemagne, la France s'est ralliée au groupe de pays favorables au pass sanitaire.

Diminution temporaire des taxes pour attirer les compagnies

Par ailleurs, les aéroports tricolores continuent de demander à l'Etat une baisse temporaire de la fiscalité pour améliorer leur compétitivité et les accompagner dans la reconstruction de leur connectivité aérienne, complètement détruite par la crise. La compétition entre les Etats a déjà commencé. Le Royaume-Uni envisage de réduire les taxes.

Pour la reprise, les compagnies aériennes, notamment low-cost, vont en effet se focaliser sur les lignes sur lesquelles elles pourront se "refaire" rapidement, fait valoir Thomas Juin. Et si les aéroports français peuvent compter sur le potentiel touristique de la France pour attirer des compagnies étrangères, ils pâtissent en revanche d'un déficit de compétitivité par rapport à leurs voisins espagnols ou italiens qui peuvent ainsi ajouter des prix attractifs à leurs atouts touristiques également nombreux.

"Les taxes sont un levier de compétitivité", rappelle Thomas Juin.

Notamment pour attirer les compagnies low-cost, qui recherchent les coûts aéroportuaires les plus bas pour accompagner leur modèle de bas tarif.

"Entre 2009 et 2019, 86% de la croissance des aéroports régionaux français provenaient des compagnies low-cost. Ce sont ces compagnies qui participeront de façon conséquente à la reconstruction de la connectivité aérienne", assure le président de l'UAF.

Pour autant, la négociation des redevances aéroportuaires n'est pas l'apanage des compagnies à bas coût. Toutes les compagnies négocient les redevances à la baisse.

Lire aussi : Pour la reprise, Ryanair et Easyjet privilégieront les aéroports qui feront des cadeaux sur les redevances

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Commentaires
a écrit le 17/03/2021 à 16:59 :
" Objectif : permettre aux passagers de réserver leurs vacances ".


En 2018, seule 11 % de la population mondiale a pris l'avion, soit 845 millions de voyageurs aériens, sur une population totale de 7,5 milliards, d'après les calculs des chercheurs.Ces « grands voyageurs » représentent seulement 1 % de la population mondiale mais ont causé la moitié des émissions de carbone de l'aviation en 2018, d'après cette étude publiée dans la revue « Global Environmental Change ». Selon les chercheurs, leurs travaux ont montré que ce groupe d'élite bénéficiant de vols fréquents avait un impact important sur la crise climatique affectant l'ensemble de la planète.Mais une grande proportion de personnes, même dans les pays les plus riches, ne prend quasiment jamais l'avion : environ 53 % aux États-Unis, 65 % en Allemagne, 66 % à Taïwan ou 48 % au Royaume-Uni.
En 2016, d’après le ministère de la Transition écologique, 53% des cadres supérieurs déclaraient avoir pris l’avion au cours de l’année précédente. Dans le même temps, seulement 28% des employés et 19% des ouvriers avaient utilisé ce moyen de transport. Aujourd’hui, il est aussi à noter que 20% des Français n’ont jamais pris l’avion. Il s'agit là des personnes les plus modestes.Les vols low cost ont permis aux personnes issues de la classe moyenne de prendre l'avion. Toutefois, selon cette même étude, elle a aussi permis aux classes supérieures de voyager encore plus et de banaliser l'avion. Cette évolution permet aussi aux classes supérieures d’aller plus loin, car ils sont surreprésentés sur les vols longs courriers. L'avion reste en France un "marqueur social" fort.
a écrit le 17/03/2021 à 0:14 :
Le transport aérien, n'est ce pas le premier responsable/coupable de la propagation rapide du virus au niveau mondial? Techniquement, ce devrait être la dernière chose à autoriser tant que le virus circule quelque part (vaccin ou pas en raison des mutations). Sauf à considérer que le virus est bénin et à supprimer en même temps tout le toutim qui l'entoure : psychose médiatique, show politique, vaccination obligatoire, masques, passeport vaccinal, couvre feu, confinement, ...
a écrit le 16/03/2021 à 18:52 :
Mais enfin ! Pourquoi les gens veulent à tout prix prendre l'avion pour aller en Vacances ? On n'est pas bien chez nous en France ?
D'abord on parle Français et c'est un avantage considérable. L'herbe y est aussi verte qu'ailleurs et souvent plus verte. Nous avons la mer, l'océan, des plages à l'infini, une campagne bucolique, des montagnes pour tous, des équipements et un système de protection civile efficace... pourquoi aller risquer sa vie en aller visiter les Pyramides, risquer d'être emporté par un tsunami en Asie du Sud Est, risquer d'être emprisonné aux US ou déporté au goulag en Chine si on n'a pas le bon profil, s'entasser à Venise ou Barcelone...dans ce cas mieux vaut rester à Paris, c'est pareil 😂.
Restez en France, dépensez vos sous en France pour des Français.
Ce n'est pas du nationalisme, ( je suis contre 😄) c'est du patriotisme de bon aloi.
Réponse de le 17/03/2021 à 10:06 :
Oui la France a des atouts, mais il existe un "ailleurs" également plein d'intérêt par sa culture, ses monuments et musées, et ses paysages. Le nombrilisme franco-français ""on parle Français" peut quand même se dépasser avec un minimum de curiosité. Bien sûr je ne suis pas favorable aux week end à l'autre bout de la planète, mais de temps en temps un voyage bien préparé vaut le coup. Quant aux aléas du voyage, il y en a partout, même ici où pour trop de conducteurs, le code de la route est une option et le cop de couteau un risque quotidien.. Et oui, sans être un fana des villes, Barcelone ou Venise ou d'autres villes valent le déplacement, largement autant que Paris qui n'est devenu qu'un dépotoir.
a écrit le 16/03/2021 à 16:10 :
Si les gens ne prennent que des allers simples, pas besoin de pass sanitaire ! :-)

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