Lufthansa refuse le plan de sauvetage à 9 milliards proposé par l'État allemand : trop draconien

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En échange de son aval au plan de sauvetage, la Commission européenne demande à Lufthansa de céder des créneaux horaires de décollage et d'atterrissage (slots), droits très convoités et précieux pour les compagnies aériennes, ou de réduire le nombre d'avions basés en Allemagne, selon plusieurs médias.
En échange de son aval au plan de sauvetage, la Commission européenne demande à Lufthansa de céder des créneaux horaires de décollage et d'atterrissage (slots), droits très convoités et précieux pour les compagnies aériennes, ou de réduire le nombre d'avions basés en Allemagne, selon plusieurs médias. (Crédits : Fabrizio Bensch)
Ça coince pour le conseil de surveillance de la compagnie aérienne allemande : les concessions demandées par l'Union européenne en échange du chèque de l'État allemand de 9 milliards d'euros "affaibliraient" Lufthansa sur ses deux principaux aéroports allemands, Francfort et Munich, a expliqué le groupe. Mais la compagnie, qui perd 1 million d'euros par heure et ne transporte plus que 1% du nombre habituel de passagers, ne s'attend pas à un redémarrage rapide, et la restructuration envisagée menace environ 10.000 emplois. A la Bourse de Francfort, ce matin, l'action a bondi à plus de 4%.

[Article publié le jeudi 28 mai 2020, mis à jour avec cours de Bourse à 10h51]

Nouveau retard pour le sauvetage du premier groupe de transport aérien européen: mercredi, la compagnie Lufthansa a refusé en l'état de l'approuver en invoquant les conditions trop strictes du gendarme européen de la concurrence.

Les concessions demandées par l'UE en échange du chèque de l'État allemand de 9 milliards d'euros "affaibliraient" Lufthansa sur ses deux principaux aéroports allemands, Francfort et Munich, a expliqué le groupe.

Le conseil de surveillance de la compagnie s'est donc dit en l'état "dans l'impossibilité" d'approuver le plan de soutien négocié des semaines durant entre la direction du groupe et le gouvernement allemand.

> Lire aussi : Covid-19 : une aide d'Etat "n'est actuellement pas nécessaire", dit Lufthansa (article du 19 mars 2020)

Ce dernier avait validé lundi le plan de sauvetage selon lequel l'État doit devenir le premier actionnaire de Lufthansa pour éviter sa faillite.

Obligation de céder des "slots" précieux et convoités

Mais en échange de son aval, la Commission européenne demande à Lufthansa de céder des créneaux horaires de décollage et d'atterrissage (slots), droits très convoités et précieux pour les compagnies aériennes, ou de réduire le nombre d'avions basés en Allemagne, selon plusieurs médias.

Si le conseil de surveillance "considère toujours" le sauvetage par Berlin comme la "seule option viable" pour "préserver la trésorerie" de la compagnie, il a "repoussé" sa décision sine die, le temps "d'étudier de manière approfondie" les "conséquences économiques" des demandes européennes ainsi que "les alternatives".

Les négociations avec Bruxelles sont "en cours" a expliqué Angela Merkel lors d'une conférence de presse alors que l'opposition de la Commission aurait "surpris tout le monde", selon le quotidien Handelsblatt.

Mais le temps presse, alors que la pandémie de coronavirus a mis quasiment à l'arrêt le transport aérien mondial, plongeant le secteur dans une crise sans précédent.

Le groupe allemand perd 1 million d'euros par heure et ne transporte plus que 1% du nombre habituel de passagers. La compagnie ne s'attend pas à un redémarrage rapide et a lancé une restructuration visant à réduire la flotte de 100 avions, menaçant environ 10.000 emplois.

L'État allemand veut revenir au capital, une première depuis la privatisation de 1997

Le sauvetage prévoit que l'État prenne 20% du groupe pour 300 millions d'euros en plus d'injecter 5,7 milliards d'euros de fonds sans droit de vote, dont un milliard peut être converti en actions. Ce serait la première fois que l'État allemand reviendrait au capital de la compagnie depuis sa privatisation complète en 1997.

Berlin prévoit aussi de pouvoir augmenter sa participation à 25% et une action, soit la minorité de blocage, mais uniquement "en cas d'offre publique d'achat par un tiers" ou de non-paiement des intérêts.

L'État garantit également un prêt de 3 milliards d'euros et obtient deux sièges au conseil de surveillance de Lufthansa, qui a l'interdiction de verser des dividendes et de payer des bonus à ses dirigeants.

Ryanair pourrait aussi contester ce plan de sauvetage

Le conseil de surveillance attend un dénouement avant de convoquer une assemblée générale extraordinaire des actionnaires, qui doivent eux aussi valider le plan car il passerait par une augmentation de capital.

En plus de Bruxelles, le concurrent Ryanair a dit vouloir contester le plan qu'il qualifie "d'aide d'État illégale qui va énormément fausser la concurrence".

Les syndicats redoutent une flambée du "dumping social"

La demande d'abandon de "slots" a provoqué une levée de boucliers en Allemagne.

Les syndicats redoutent que la place abandonnée par Lufthansa soit occupée par des concurrents low-cost pratiquant du "dumping social", selon VC, qui représente les pilotes.

"La Commission européenne ne doit pas imposer un poids supplémentaire" à Lufthansa, a déclaré le ministre des Transports, Andreas Scheuer, au journal Bild, ajoutant que l'exécutif européen "ne le fait pas non plus pour d'autres compagnies".

Les entreprises allemandes trop avantagées au sortir de la crise ?

Bruxelles a notamment validé début mai le soutien de 7 milliards d'euros par Paris pour Air France, qui reçoit un prêt bancaire garanti et 3 milliards euros de prêt direct de l'Etat.

En parallèle, des craintes ont été émises en Europe que le vaste soutien économique déployé par Berlin fasse émerger les entreprises allemandes avec un avantage concurrentiel considérable de cette crise.

À la Bourse de Francfort, l'action bondissait dès l'ouverture à plus de 3% et après quelques remous, grimpait un cran encore au dessus à plus de 4% pour s'établir aux alentours de 10h30 à +3,36% (9,60 euros). À suivre car le cours est agité et la journée de cotation est loin d'être finie.

Dans le secteur aérien, une autre annonce a fait beaucoup de bruit en Bourse ce matin, celle d'Easyjet qui envisage de licencier un tiers de ses effectifs, ce qui a provoqué un énorme bond du cours de l'action au-dessus de 5% en milieu de matinée.

Lire aussi : EasyJet souhaite supprimer un tiers de ses effectifs, l'action bondit en Bourse (+5%)

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Commentaires
a écrit le 28/05/2020 à 22:46 :
La commission anti-européenne non élue qui a beaucoup fait pour le virus, volonté revendiquée de ne pas enfreindre la mobilité dans l'espace Schengen jusqu'à fin mars...., doit se taire.

La parasitologie pose problème.
a écrit le 28/05/2020 à 12:58 :
Ben qu'ils crèvent.

Une compagnie aérienne, en plus allemande, on ne la pleurera pas, promis !
a écrit le 28/05/2020 à 11:04 :
On vous prête de l’argent, mais on vous bride dans votre développement.
On invoque la concurrence libre et non faussée mais on accepte la vente de billets à 30€ TTC.
On est pour le progrès social mais on ne réagit pas quand Ryan Air, par le biais de Lauda menace de fermer sa base de Vienne si les équipages de cabine n’acceptent pas un salaire de 850€, en dessous du seuil de pauvreté autrichien.
Sachant que l’on ne peut jouer sur le prix des avions, sur le pétrole, sur les taxes diverses et variées, sur les salaires des dirigeants et les dividendes des actionnaires, il ne reste plus que le personnel. Et c’est celui qui sera le plus  « créatif » qui gagne.
Quand une compagnie historique qui paie relativement bien ses salariés annonce des suppressions d’emploi, ne croyez pas que ces gens là ne servaient à rien. Ils sont simplement remplacés par des sous-traitants qui embauchent des employés précaires et mal rémunérés. C’est suivant ce principe que tous les salaires de la classe moyenne sont tirés vers le bas.
Il serait bon que les gouvernements et la commission européenne cessent de décréter des mesures en suivant aveuglément des théories voire des dogmes, mais qu’ils se basent sur la vraie vie des citoyens.
Réponse de le 28/05/2020 à 17:58 :
Je comprends votre point de vue. Mais quel est l'intérêt pour une compagnie aérienne de maintenir des personnels sous-employés ? De toute évidence, le trafic va drastiquement diminuer dans les années à venir. Aucun compagnie n'a intérêt à conserver l'intégralité de ses personnels. Quant à la question des salaires, ils vont forcément diminuer car ils répondent au simple jeu de l'offre et de la demande.
a écrit le 28/05/2020 à 10:50 :
pendant la crise de 2008.... les allemands ont refait la santé de leur épargnants sur le dos de l irlande du portugal et de l espagne
hors une vraie capacité industrielle a l export, les allemands ont aussi usé et abusé de l élargissement de l europe et des pays de l est à bas coût pour conforter leur mécano industriel...et forcer tout le monde à migrer à l est
bis répétita.....l Allemagne édicte ses principes à l Europe, mais s en affranchit tranquillement dès que ça sent le roussi
a écrit le 28/05/2020 à 10:44 :
La " levée de bouclier allemande" à l'abandon de slot par Lufthansa vise implicitement Ryanair qui a contesté l'aide à L. auprès de la Commission ou Norwegian, sauvée in extremis par ses créanciers et l'Etat, qui st à l'affût ss foi ni loi des moindres opportunités.
Il semble que l'Etat allemand n'ait pas dde de contrepartie contraignante autre que d'entrer au Capital sans droit de vote (ce qui revient à ne pas interférer ds la gestion du groupe) et de ne pas verser de dividendes, le minimum exigé comme partout ailleurs, en échange de cash salvateur.
En comparaison concernant AF, l'Etat lui a dde des contreparties sévères en échange de son aide de 7 mds, pour rationaliser son réseau domestique et supprimer des lignes à moins de 2h30 par le train, effort non dde aux cies low cost concurrentes. Ce que bien sûr, omettent de mentionner les politiques allemands qui trouveraient normal en ces tps difficiles d'avoir le beurre et l'argent du b...
De même O Leary oublie de préciser l'enquête de la Commission sur les aides d'Etat dt il a pu bénéficier indirectement ds ses accords avec certains aéroports français de province.
Et dc la Commission a qcqs vertus pour tenter de mettre un peu d'ordre à ce Farwest aérien européens .
Imaginons un seul instant, ce que serait ce paysage ds de telles circonstances, ss aucun garde fou comme les institutions de l'UE...
a écrit le 28/05/2020 à 10:12 :
La commission est l'ennemie de l'Europe. Elle préfères les petits aux géants. Petits qui se feront manger par la Chine ou les Etats-Unis. Rappelez vous Alsthom-Siemens !
Réponse de le 28/05/2020 à 17:37 :
Encore le coup de la vilaine Commission...
Encore un énième rappel car certains font exprès d'oublier ou de ne pas lire.
Si la Commission avait valider la fusion,ça aurait permis à Siemens de "d'absorber" à terme Alstom et de filez tout le groupe aux Allemands,un peu comme avec les américains avec Alstom Nucléaire.
Ca ne vous dérange pas ?
De toute manière ça change quoi ? On a vus que Alstom va racheter Bombardier ferroviaire,avec ça,il y a de quoi être le premier constructeur mondiale,Alstom vient juste de marquer son territoire et de s'asseoir sur le trône.
Bombardier même par sa place et son importance,à beau avoir des défauts,ça reste mieux que Siemens de mon point de vue reste à voir ce que ça donnera à terme.
Par contre,il y aurait besoin d'un peu plus de sérieux dans la gestion des contrats,prise en compte des retours clients pour la conception des wagons,car c'est comme ça que la CAF avait remporter le contrat pour les rames Intercités,car Alstom à jouer la carte du "je m'en foutiste,je suis français donc j'aurais tout",et au final non,je suis assez satisfait de ce choix sur la CAF au final,ça va calmer un peu les hauts cadres de Alstom et bien d'autres sur le manque de sérieux que de tel comportement provoque.
a écrit le 28/05/2020 à 9:34 :
C'est bien les allemands ça, bien trop gâtés ils en veulent toujours plus et en donner toujours moins.

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