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Privatisation d'ADP : l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol suit de près le dossier

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 07 avril 2019 à 13:53 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:45

Joon, Airbus, A340, Air France CDG 2E, terminal, Roissy-Charles-de-Gaulle, aéroport, aérien, hub,

Joon, Airbus, A340, Air France, CDG 2E, terminal, Roissy-Charles-de-Gaulle, aéroport, aérien, hub,

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A la veille du vote définitif de la Loi Pacte qui inclut la privatisation d'ADP, la journée investisseurs du gestionnaire des aéroports parisiens a fait salle comble ce vendredi 5 avril 2019. Elle devrait être promulguée en mai. Déjà actionnaire à hauteur de 8% d'ADP, l'aéroport d'Amsterdam serait quant à lui intéressé pour augmenter sa participation. Sans confirmer, l'aéroport néerlandais répond qu'il veut "continuer à être un actionnaire clé".

La loi Pacte, dans laquelle figure la possibilité pour l'État de passer en dessous de 50% du capital du gestionnaire des aéroports parisiens, sera votée la semaine prochaine, le 11 avril, pour être promulguée en mai selon certains observateurs. Mais, à quel moment l'État appuiera-t-il sur le bouton du lancement du processus de privatisation ?  L'État veut aller vite, selon des connaisseurs du dossier qui évoquent un lancement de l'opération après la publication des résultats semestriels du groupe aéroportuaire le 26 juillet. A Bercy, on explique que "rien n'est décidé" et que si la loi était votée,"il faudrait du temps pour élaborer le cahier des charges de l'opération". On ajoute que "l'été n'est pas une saison propice pour lancer une telle opération". Un argument retoqué par certains observateurs : "les banquiers d'affaires peuvent travailler en août", plaisante-t-on.

La privatisation des autoroutes avait été lancée le 18 juillet 2005

Il y a pourtant des exemples de privatisation lancées l'été, dont un qui risque de faire tiquer l'État, voire de le dissuader, si tant est qu'il ait bien eu l'idée de déclencher le processus cet été : celui de la privatisation des... autoroutes, lancée le 18 juillet 2005. La hausse des tarifs des péages autoroutiers est en effet systématiquement pris en exemple par les opposants à la privatisation d'ADP pour justifier le maintien d'ADP dans la sphère publique. Et le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a toujours clamé qu'il ne voulait pas reproduire "les mêmes erreurs". Même s'il parlait évidemment de la manière de céder l'actif et non du timing du lancement de l'opération, il n'est pas sûr qu'il soit tenté par une date qui peut réveiller les critiques.

« Attendons déjà de voir comment le gouvernement sortira de la crise des gilets jaunes », explique quant à lui un banquier d'affaires.

Quel sera le niveau de la participation de l'État cédée?

Une chose semble sûre, l'État n'a pas encore tranché sur le niveau de la participation qu'il cédera. Récemment, l'ancien porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, avait évoqué le maintien de la participation de l'État à hauteur de 20%, avant d'expliquer qu'il s'agissait d'un scénario parmi d'autres. Autre interrogation: l'État vendra-t-il la participation qu'il aura fixée en un seul bloc d'actions ou en petit blocs, sachant que ce dernier scénario risque d'empêcher la prise de contrôle d'ADP par un candidat, et donc limiter l'intérêt de certains industriels. Vinci, déjà actionnaire à hauteur de 8%, a déjà dit par exemple qu'il ne serait pas intéressé par l'opération s'il n'avait pas le contrôle d'ADP.

En attendant, la plus grande opération boursière mondiale concernant une entreprise publique (ADP vaut près de 18 milliards d'euros en Bourse) suscite un vif intérêt. Ce vendredi à Paris, la journée «investisseurs » d'ADP, au cours de laquelle la direction a expliqué son modèle et ses perspectives, a attiré un grand nombre de candidats potentiels, comme Vinci, Ferrovial, les fonds d'infrastructures Macquarie, Ardian, qui est prêt à faire une offre avec les départements d'Île-de-France, IFM, TCI, Insight Capital Management et la plupart des grandes banques d'affaires : JP Morgan, Morgan Stanley, Satander, Barclays, BNP Paribas, Crédit Suisse, la Société Générale, Lazard, HSBC, Citigroup.

« Un vrai panier de crabes », plaisantait un participant.

L'aéroport d'Amsterdam intéressé?

Selon des connaisseurs du dossier, Schiphol Group, le gestionnaire de l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol, déjà actionnaire d'ADP à hauteur de 8% à l'issue d'un accord de participations croisées signé en 2008, fait preuve d'un intérêt pour augmenter sa participation dans le capital du groupe aéroportuaire tricolore. Il pourrait ainsi chercher à faire partie d'un consortium avec d'autres candidats. Interrogé ce dimanche par La Tribune, Schiphol Group n'a ni démenti ni confirmé cette information mais n'a en revanche pas caché sa volonté de continuer à être partenaire capitalistique clé d'ADP.

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"Schiphol Group suit de près les projets annoncés par l'État français de privatiser davantage le groupe ADP. Nous avons l'intention de poursuivre notre coopération stratégique avec ADP et de continuer à être un actionnaire clé d'ADP", a-t-on expliqué à à La Tribune.

L'intérêt hollandais interpelle quelques semaines après l'entrée surprise de l'État hollandais au capital d'Air France-KLM, à hauteur de 14% comme l'État français. Car l'aéroport d'Amsterdam-Schipol est détenu par l'État hollandais à hauteur de 70%. En tout cas, la France a un rempart. L'accord signé en 2018 s'inscrivait pour une période de 12 ans et en 2020, il peut être demandé à l'aéroport de Schiphol de sortir du capital.

La loi Pacte maintient les ambitions d'ADP

Vendredi, lors de la journée investisseurs, la direction d'ADP a expliqué sa stratégie  et ses ambitions pour les prochaines années et les conséquences de la loi Pacte sur celles-ci.

« La loi Pacte maintient intactes les ambitions d'ADP. La seule chose qui change, c'est le fait que dans 70 ans, ADP reviendra propriété de l'État. La loi maintient la pleine propriété pendant 70 ans, toutes les missions de service public, l'intégralité du système aéroportuaire, le statut des salariés (qui ne pose d'ailleurs pas de problème) et renforce même le système de double caisse et sa visibilité », a expliqué le PDG d'ADP.

Ce système de double-caisse sépare les activités aéronautiques régulées de celles provenant des commerces, des parkings et de l'immobilier sur lesquelles ADP a la liberté de fixer les prix.

« Le coût moyen pondéré du capital qui fonde le contrat de régulation économique est intangible sur la durée du contrat. Cette visibilité pour les investisseurs, qui existait de facto, est gravée dans la loi. La juste rémunération des capitaux est pérennisée », a ajouté Augustin de Romanet.

7,7 milliards d'euros d'investissement prévu entre 2021 et 2025

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La direction a par ailleurs détaillé sa proposition de contrat de régulation économique (CRE) pour la période 2021-2025, publiée cette semaine. Une période au cours de laquelle ADP entend investir 7,7 milliards d'euros, dont 6 milliards dans le périmètre régulé. Le groupe a présenté des objectifs ambitieux en termes de développement à l'international en comptant exploiter 30 à 40 aéroports dans le monde d'ici à 2025 (contre 25 aujourd'hui) et accueillir 400 à 450 millions de passagers, contre 281 millions en 2018. Les objectifs sont tout aussi ambitieux dans le domaine immobilier puisque l'objectif est d'exploiter d'ici à 2025 30% des 1,5 million de m2 constructibles, mais aussi dans le développement des commerces. ADP vise en effet une hausse du chiffre d'affaires par passager de 6,10 euros à 27 euros d'ici à 2025. Finalement, ADP prévoit une hausse de son résultat opérationnel courant de 50 à 60% entre 2021 et 2025, et entend maintenir le versement d'au moins 60% de son résultat net.

Fabrice Gliszczynski

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