ADP propose un plan d'investissement colossal pour Roissy et Orly

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(Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Le gestionnaire des aéroports parisiens a publié le dossier public de consultation pour le contrat de régulation économique 2021-2025 qu'il doit signer l'an prochain avec l'État. ADP prévoit 6 milliards d'euros d'investissement. Pour les financer, il propose aussi une hausse des redevances de 1,35% par an (hors inflation).

Alors que le débat sur la privatisation d'ADP va revenir sur la table avec l'adoption définitive de la loi Pacte vers le 11 avril, la direction du gestionnaire des aéroports parisiens a dévoilé ce mardi sa proposition de contrat de régulation économique (CRE) qui sera signé l'an prochain avec l'État pour la période 2021-2025. La publication par ADP du dossier public de consultation lance l'ouverture formelle du processus d'élaboration de ce quatrième contrat de régulation économique.

Fixant le plan d'investissements du périmètre régulé (les activités aéronautiques) et l'évolution des redevances aéroportuaires facturées aux compagnies aériennes, ce CRE est crucial non seulement pour ADP et les compagnies aériennes, mais aussi pour les candidats à la privatisation du groupe aéroportuaire.

"Un montant exceptionnel"

La direction d'ADP voit grand. Le gestionnaire des aéroports de Roissy-Charles de Gaulle, d'Orly et du Bourget prévoit en effet un investissement colossal de 6 milliards d'euros entre 2021 et 2025. Un montant qu'il qualifie "d'exceptionnel". Il l'est. Il s'agit en effet d'un record.

Depuis le premier CRE quinquennal mis en place en 2006 lors de la mise en Bourse d'une partie du capital d'ADP, aucun autre CRE n'avait prévu une telle enveloppe. Le premier (2006-2010) avait absorbé 2,5 milliards d'euros, le deuxième (2011-2015) de 1,9 milliard et le troisième, celui qui est en cours, 3 milliards d'euros.

Des projets à court, moyen et long terme

Comme le souligne Edward Arkwright, le directeur général exécutif d'ADP, le dossier public de consultation est marqué par une articulation forte entre les investissements court, moyen et long terme. Pour le long terme, en effet, "il pose les briques de la croissance d'Orly dans le respect du plafonnement à 250.000 mouvements par an et du couvre-feu à 23h30", et prévoit ,"un investissement important de 1,6 milliard d'euros pour le futur terminal 4" prévu en 2028.

A moyen terme, ADP compte investir 1,2 milliard dans la croissance des capacités de Roissy, d'Orly et du Bourget (une nouvelle salle d'embarquement est notamment prévue à Roissy et à Orly), 1,5 milliard d'euros dans la maintenance (rénovation de pistes, changements de passerelles...), et 925 millions pour améliorer les accès routiers à l'aéroport de Roissy et préparer ceux du futur terminal 4. A court terme, 180 millions d'euros sont notamment prévus pour investir dans les nouvelles technologies permettant d'améliorer le parcours client à l'aéroport.

"Sur-performance"

Sur cette enveloppe de 6 milliards d'euros, l'investissement de 1,6 milliard prévu pour le terminal 4 est financé par la "sur-performance d'ADP au cours du CRE actuel", a expliqué Edward Arkwright.

En effet, alors que le CRE 2016-2020 prévoyait un retour sur les capitaux employés de 5,6% en 2020, il devrait in fine s'élever à 5,8%, avait indiqué ADP en février. Ceci en dépit des pertes de trafic liées aux grèves à Air France et à la révision à la baisse des redevances en 2019 sous la pression de l'ASI, l'Autorité de supervision indépendante des redevances.

Par conséquent, les redevances facturées aux compagnies aériennes qui permettent  de financer les investissements sont calculées sur une enveloppe de 4,4 milliards d'euros d'investissement.

Hausse des redevances de 1,35% par an, hors inflation

ADP prévoit un plafond d'augmentation des redevances de 1,35% (hors inflation) par an pendant la période du CRE4. Le gestionnaire des aéroports parisiens propose notamment de mettre en place une modulation tarifaire en fonction des émissions de NOx (oxydes d'azote) et d'accentuer celle relative au bruit. L'évolution des redevances prend en compte un plan d'économies de 130 millions d'euros et une hausse du trafic de 2,4% par an en moyenne sur la période. Entre 2021 et 2025, ADP prévoit une rentabilité de 5,6% en moyenne, équivalente au coût moyen pondéré du capital.

Au cours des prochains 45 jours, toutes les parties prenantes pourront faire leurs observations sur cette proposition. Le gouvernement saisira ensuite une "CoCoaéro" (commission économique aéronautique) qui émettra un avis consultatif sur le projet, avant que ne débute la négociation entre l'État et ADP. Le texte sur la privatisation prévoit que l'autorité de régulation puisse donner son avis conforme.

Les compagnies aériennes dénoncent "l'approche retenue"

Dans un courrier adressé à ADP le 27 mars que La Tribune s'est procuré, les différentes associations de compagnies aériennes (Iata, Fnam, Scara, BAR, CSTA, EBAA, CSAE, AOC,) ainsi que FedEx et Easyjet, ont dénoncé « l'approche retenue ».

« Ce calendrier et cette précipitation nous paraissent déraisonnables, eu égard à l'importance du sujet qui porte sur plusieurs milliards d'euros d'investissements pour la période 2021/2025. De plus, rien n'impose cette hâte, le dossier public de consultation pouvant être publié courant 2020, pour un contrat dont l'entrée en vigueur interviendra en avril 2021 », indiquent les transporteurs.

Ces derniers auraient notamment souhaité attendre les résultats de l'audit commandité par le ministère des Transports sur l'affectation des actifs et des charges du périmètre régulée et les conclusions du débat sur la construction du terminal 4. Deux éléments, selon eux, qui peuvent impacter les éléments du dossier pour consultation d'ADP.

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Commentaires
a écrit le 07/04/2019 à 9:04 :
Fallait pas voter LREM.
Tout est à vendre, aux amis de préférence.
La vente et la gestion d’ADP montre à quel point nous vivons dans un état corrrompu.
Et il y a encore des gens qui applaudissent...
a écrit le 04/04/2019 à 18:50 :
CDG : un airport cauchemar pour y faire une correspondance . Quitte à payer ( un peu ) plus cher je l'évite systématiquement .
a écrit le 04/04/2019 à 7:16 :
Le plan est clair

On privatise a un Vinci
Il pourra augmenter les taris sans fin et faire lui-même 6 milliards de travaux

On devrait plutôt regarder les avis des passagers
La signalétique est catastrophique
on est obligé de mettre des gens partout pour orienter les voyageurs

Macron est comme les autres ...
a écrit le 04/04/2019 à 0:55 :
ADP : " accueil " repoussant et arrogant, inconfort absolu et glacial : insoutenable en attente de 3 à 6 h en correspondance, après 8 à 22H de vol.


La Priorité des priorités, toujours plus de boutiques, 75% des profits d'ADP : pourcentage sur leur chiffre d'affaires : dirigés vers la Double caisse, ne profitant nullement à l'Aéroport, laquelle DOUBLE CAISSE contestée à juste titre par les compagnies aux redevances abusives, pesant très lourd sur le billet.


LE PASSAGER PASSANT PAR LES ADP EST CONSIDERE BETAIL.


INDIGNE-INDECENT-SCANDALEUX.
a écrit le 03/04/2019 à 22:42 :
Peut-être ne faudrait-il pas compter trop vite les oeufs dans le cul de la poule... Parce que de telles contraintes sont aussi de nature à faire baisser le prix des enchères...
a écrit le 03/04/2019 à 20:07 :
C’est pas comme si on était sur le point de réduire les émissions de CO2, d’augmenter la taxe carbone et de taxer le jet fuel et d’entrer dans une consommation responsable....
a écrit le 03/04/2019 à 17:00 :
ces montants vertigineux s'expliquent par les besoins des actuels maîtres des aéroports d'abonder force œuvres de bienfaisance avant de passer la main ?
a écrit le 03/04/2019 à 16:40 :
Investissement en pure perte dans un contexte de tensions mondiales. Effondrement des démocraties, aventures politiques, problèmes liés au pétrole, à l'énergie en général, à la raréfaction des ressources minières, agricoles, explosion du système financier pour cause de dette, dérèglement du climat...tout concourt à provoquer une catastrophe mondiale. Et comme les signaux ne semblent pas suffisant pour certains et aussi pour cause d'avidité effrénée, la solution consiste à produire toujours plus d'avions, d'aéroports toujours plus gigantesques, pour transporter toujours plus de "pekins" qui n'ont rien à "foutre" dans les airs et de fait participent à la destruction de l'humanité.
a écrit le 03/04/2019 à 12:37 :
Cela permet de justifier une montée des prix, pour ensuite tout annuler lors de la privatisation ainsi l'actionnaire aura un bien beau dividende et une belle rentabilité.
a écrit le 03/04/2019 à 12:19 :
fuite en avant d'ADP qui n'a pas compris que l'heure est à un transport aérien plus réduit, qui arrête la fuite en avant et prenne le train de la lutte climatique. Au lieu de cela, ADP s'oriente vers la création d'un Orly à Roissy avec le terminal4 qui impliquerait + 38% d'avions, mais surtout +30% de NOx, +11% de particules fines, +12% de CO2 et +13% de bruit pour les Franciliens.
a écrit le 03/04/2019 à 10:10 :
Alerte Escroquerie Nationale! Avec 6 milliards, je finance à 100% des trains pendulaires entre Paris et les stations des Pyrénées, un aéroport international à Châteauroux qui peut parfaitement accueillir 40 millions de voyageurs en plus, des pistes cyclables et équestres autour des châteaux de la Loire et de la 5G en prime!
Il n'y a donc plus de pollution dans le ciel de Paris?
Réponse de le 05/04/2019 à 23:23 :
Sauf que les 6 milliards ne viennent pas de l’Etat mais des redevances des compagnies aériennes
a écrit le 03/04/2019 à 10:05 :
Aéroport de Paris, chiffre d'affaire 2018 : 4,478 milliards
Tourisme France, 2,3% du PIB, des dizaines de milliards directs, auxquels il faut rajoutés le pourcentage des produits de l'agriculture exportés parce que des touristes les ont découvert et apprécié lors de leur passage en France. Ca vaut aussi pour les produits culturels, salons, festivals, expositions, évènement sportifs, mode, etc.
On peut aussi y ajouter les expertises vendues par la France dans différents secteurs
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Hausse des redevances de 1,35% par an, hors inflation, sur plusieurs années, au minimum 5 (2021-2025).
"Les promesses n'engagent que ceux qui y croient"
Est-ce que ce sont les transporteurs et agences de voyages qui vont répercuter ces augmentations sur les clients, potentiels visiteurs en France?
Comme le CA (direct + indirect) du Tourisme (la France) est au moins 20 fois plus important que celui d'ADP (une entreprise), est-ce que ça vaut vraiment le cout (gain éphémère pour Bercy) de risquer une dérive des prix et taxes qui impacterait l'attractivité nationale et l'économie qui en dépend?
a écrit le 02/04/2019 à 23:40 :
on fit la mariée belle avant la privatisation......
a écrit le 02/04/2019 à 20:12 :
Tout à fait d’accord ! Cela est un contresens historique total...
a écrit le 02/04/2019 à 19:03 :
Bizarre ce mépris pour la réflexion sur l'avenir du transport aérien alors que se développe une profonde crise climatique. Cette réflexion vogue à contresens de l'histoire. Que dérisoire parait soudain la question de la pollution aux produits de combustion.

Voila ce qui nous tue: un besoin impérieux de réfléchir à moins consommer tous azimuts et des entreprises industrielles qui foulent au pied cette contrainte et continuent de proposer plus. Ça va mal finir cette divergence de vues.

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