ADP, FDJ : soit l'Etat ne privatise pas soit il privatise tout
Jacques Delpla
Jacques Delpla
Les privatisations partielles sont une mauvaise idée, car elles spolient l'État, qui n'engrange alors pas la prime de contrôle sur ce qu'il vend. Dans les cas d'ADP, ENGIE et la Française des jeux (FDJ), l'État aurait intérêt à vendre, en un seul bloc et en une seule fois, l'ensemble des actions qu'il détient aujourd'hui. Soit l'État ne privatise pas, soit l'État privatise tout.
Le Parlement débat de la privatisation d'Aéroports de Paris (ADP), de la FDJ et de la cession de la participation de l'État dans le capital d'ENGIE (24%). Pour ADP, plusieurs voix ont demandé que l'État garde 20%, ou que les départements d'Île-de-France en détiennent 29% après la vente de gré à gré avec l'État. Ce sont de très mauvaises idées pour l'État : à chaque fois l'État perdrait 20 à 30% de la valeur de ce qu'il vend par morceaux.
Concernant ADP (prix de marché : 17,5 milliards d'euros), l'État en vendant en une fois son bloc de contrôle (50,6% du capital), empocherait 1,8 à 2,7 milliards d'euros de plus que s'il vendait ses parts dans ADP par petits morceaux.
Pourquoi ? Il y a en finance, deux types d'investisseurs en actions. D'une part, les petits investisseurs : passifs, ils ne décident rien dans l'entreprise et se contentent d'encaisser dividendes et plus-values. Ils ne peuvent que voter avec leurs pieds en vendant. D'autre part, il y a les investisseurs de contrôle : ceux-ci possèdent un bloc d'actions (en général au-delà de 20% du capital) qui leur donne le contrôle de l'entreprise. Pour avoir ce contrôle, ils sont prêts à payer plus que les autres. C'est la prime de contrôle, qui représente le prix supplémentaire par rapport à la valeur du marché d'une société, qu'un investisseur paie pour détenir le contrôle du capital de la société. Dans une Offre publique d'Achat (OPA), cette prime de contrôle est en général de +20% à +30% au-dessus du cours de bourse antérieur à l'annonce de l'OPA.
Aussi, chaque fois que l'État vend une partie minoritaire d'une entreprise publique, il n'empoche pas cette prime de contrôle : il se spolie lui-même. C'est ce qu'ont fait tous les gouvernements qui ont privatisé partiellement. Il est ainsi étonnant d'entendre PS et LR critiquer la privatisation d'ADP, alors même que des gouvernements LR (Villepin) ou socialiste (Valls) ont privatisé partiellement ADP et ont donc spolié l'État.
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Est-ce à dire que l'État doit vendre d'un seul coup ses entreprises publiques sans passer d'abord par le marché ? Pas tout à fait. La cotation d'une entreprise sur un marché a un avantage : elle fournit une information sur la valeur de marché de l'entreprise publique. Mais pour cela, pas besoin de privatisation partielle. Il suffit que l'État procède à une augmentation préalable de capital (par exemple de 10%) auprès des seuls marchés d'actions, pour augmenter les capacités de son entreprise. Le capital côté sur le marché (ici 9% du total) indique le prix de marché de la firme, hors prime de contrôle. Il suffit alors à l'Etat de vendre l'intégralité des 91% qu'il détient de la firme pour récolter l'intégralité de la prime de contrôle sur ses actions. Ainsi l'État maximise la valeur du patrimoine public. C'est cette dernière stratégie que l'État devrait poursuivre pour FDJ, qu'il détient aujourd'hui à 100%.
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Pour les autres, l'État, actionnaire de contrôle d'ADP (à 50,6%) et d'ENGIE (à 24,1%), devrait vendre l'ensemble de ses actions (qui constituent encore un bloc de contrôle) en une seule fois pour empocher la prime de contrôle sur ses parts résiduelles. Pour l'État, cela représenterait une prime à la vente de 1,8 à 2,7 milliards d'euros pour ADP ; de 1,6 à 2,4 milliards d'euros pour ENGIE, soit au total de 3,3 à 5 milliards d'euros. (En réalité, ce serait un peu moins car les cours de bourses actuels de ADP et ENGIE intègrent déjà une probabilité de vente par l'Etat du contrôle de ces deux entreprises). L'État devrait donc vendre en un bloc et en une seule fois toutes ses parts dans ADP et ENGIE, pour autant qu'il y ait plusieurs acheteurs potentiels.
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Jacques DELPLA, économiste, est président de EUROPA BLUE. Il effectue actuellement un travail de recherche sur les aéroports européens pour Plead.
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