ADP, FDJ  : soit l'Etat ne privatise pas soit il privatise tout

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(Crédits : AFP)
OPINION. Après le vote du projet de loi Pacte à l'Assemblée nationale, le texte qui inclue la privatisation d'Aéroports de Paris et de la Française des Jeux sera à nouveau examiné au Sénat en avril. Pour Jacques Delpla, économiste, est président de Europa Blue, une privatisation totale est préférable à une privatisation partielle.

Les privatisations partielles sont une mauvaise idée, car elles spolient l'État, qui n'engrange alors pas la prime de contrôle sur ce qu'il vend. Dans les cas d'ADP, ENGIE et la Française des jeux (FDJ), l'État aurait intérêt à vendre, en un seul bloc et en une seule fois, l'ensemble des actions qu'il détient aujourd'hui. Soit l'État ne privatise pas, soit l'État privatise tout.

Perte de valeur

Le Parlement débat de la privatisation d'Aéroports de Paris (ADP), de la FDJ et de la cession de la participation de l'État dans le capital d'ENGIE (24%). Pour ADP, plusieurs voix ont demandé que l'État garde 20%, ou que les départements d'Île-de-France en détiennent 29% après la vente de gré à gré avec l'État. Ce sont de très mauvaises idées pour l'État : à chaque fois l'État perdrait 20 à 30% de la valeur de ce qu'il vend par morceaux.

Concernant ADP (prix de marché : 17,5 milliards d'euros), l'État en vendant en une fois son bloc de contrôle (50,6% du capital), empocherait 1,8 à 2,7 milliards d'euros de plus que s'il vendait ses parts dans ADP par petits morceaux.

Pourquoi ? Il y a en finance, deux types d'investisseurs en actions. D'une part, les petits investisseurs : passifs, ils ne décident rien dans l'entreprise et se contentent d'encaisser dividendes et plus-values. Ils ne peuvent que voter avec leurs pieds en vendant. D'autre part, il y a les investisseurs de contrôle : ceux-ci possèdent un bloc d'actions (en général au-delà de 20% du capital) qui leur donne le contrôle de l'entreprise. Pour avoir ce contrôle, ils sont prêts à payer plus que les autres. C'est la prime de contrôle, qui représente le prix supplémentaire par rapport à la valeur du marché d'une société, qu'un investisseur paie pour détenir le contrôle du capital de la société. Dans une Offre publique d'Achat (OPA), cette prime de contrôle est en général de +20% à +30% au-dessus du cours de bourse antérieur à l'annonce de l'OPA.

Prime de contrôle

Aussi, chaque fois que l'État vend une partie minoritaire d'une entreprise publique, il n'empoche pas cette prime de contrôle : il se spolie lui-même. C'est ce qu'ont fait tous les gouvernements qui ont privatisé partiellement. Il est ainsi étonnant d'entendre PS et LR critiquer la privatisation d'ADP, alors même que des gouvernements LR (Villepin) ou socialiste (Valls) ont privatisé partiellement ADP et ont donc spolié l'État.

Est-ce à dire que l'État doit vendre d'un seul coup ses entreprises publiques sans passer d'abord par le marché ? Pas tout à fait. La cotation d'une entreprise sur un marché a un avantage : elle fournit une information sur la valeur de marché de l'entreprise publique. Mais pour cela, pas besoin de privatisation partielle. Il suffit que l'État procède à une augmentation préalable de capital (par exemple de 10%) auprès des seuls marchés d'actions, pour augmenter les capacités de son entreprise. Le capital côté sur le marché (ici 9% du total) indique le prix de marché de la firme, hors prime de contrôle. Il suffit alors à l'Etat de vendre l'intégralité des 91% qu'il détient de la firme pour récolter l'intégralité de la prime de contrôle sur ses actions. Ainsi l'État maximise la valeur du patrimoine public. C'est cette dernière stratégie que l'État devrait poursuivre pour FDJ, qu'il détient aujourd'hui à 100%.

Pour les autres, l'État, actionnaire de contrôle d'ADP (à 50,6%) et d'ENGIE (à 24,1%), devrait vendre l'ensemble de ses actions (qui constituent encore un bloc de contrôle) en une seule fois pour empocher la prime de contrôle sur ses parts résiduelles. Pour l'État, cela représenterait une prime à la vente de 1,8 à 2,7 milliards d'euros pour ADP ; de 1,6 à 2,4 milliards d'euros pour ENGIE, soit au total de 3,3 à 5 milliards d'euros. (En réalité, ce serait un peu moins car les cours de bourses actuels de ADP et ENGIE intègrent déjà une probabilité de vente par l'Etat du contrôle de ces deux entreprises). L'État devrait donc vendre en un bloc et en une seule fois toutes ses parts dans ADP et ENGIE, pour autant qu'il y ait plusieurs acheteurs potentiels.

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Jacques DELPLA, économiste, est président de EUROPA BLUE. Il effectue actuellement un travail de recherche sur les aéroports européens pour Plead.

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Commentaires
a écrit le 25/03/2019 à 11:25 :
On parle aussi de privatiser les barrages hydroélectriques, ce que demande cette commission de m...e de Bruxelles. Du coup, moi j'ai de plus en plus peur qu'un jour on veuille privatiser ma lunette de WC, au point où en est l'état de la France ce n'est plus impossible.
Réponse de le 25/03/2019 à 14:47 :
C'est fait :


Le 7 février dernier, le gouvernement Philippe, après avoir fait savoir en automne 2017 à l’interfédérale des salariés du secteur hydroélectrique français qu’il ne trouvait rien à redire au principe, a donc acté la privatisation. D’ici 2022, 150 des plus grands barrages (plus de 20 mètres de haut) devraient être vendus, pour une puissance totale de 4,3 GW équivalant à celle de trois réacteurs nucléaires de nouvelle génération. Le reliquat du parc public, sauf effondrement global, sera mis à l’encan avant 2050. EDF, société détenue à 83,5 % par l’État, gère 85 % des 433 concessions du pays (une concession représente un ou plusieurs barrages raccordés à une même centrale électrique). Engie et des structures régionales comme la Compagnie nationale du Rhône ou la Société hydroélectrique du Midi se partagent les 15 % restants.Cela faisait dix ans que la Commission européenne réclamait cette privatisation, avec un acharnement spécial et suspect de la part de la commissaire à la concurrence Margrethe Vestager depuis sa nomination en 2014. Macron et Philippe l’ont signée, sans l’ombre d’une hésitation. Il s’agit de mettre fin à l’abus de « position dominante » d’EDF, incompatible avec l’article 106 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. On n’est plus à une incohérence près. Le secteur nucléaire, réputé stratégique mais en faillite, on n’y touche pas ; en revanche, le secteur hydroélectrique, très profitable mais réputé non stratégique par notre tandem, on peut le vendre à la découpe. Les charognards rôdent depuis longtemps et se sont fait connaître : E.ON (Allemagne), Enel (Italie), Statkraft (Norvège), Fortum (Suède), Vattenfall (Suède) et Alpiq (Suisse), entre autres. Le gouvernement Philippe, naufrageur de l’intérêt général, a capitulé sans combattre devant une vieille exigence de la Commission européenne. La France, en pleine phase de transition vers un nouveau modèle énergétique, sera le seul pays européen à affaiblir un secteur vital.
a écrit le 25/03/2019 à 10:37 :
Les français sont les propriétaires et l'État n'en est que le gestionnaire. On a toujours tendance a croire que les contrôles doivent s'effectuer depuis le "haut", comme pour nos représentants, alors qu'elle doivent être faites depuis la base démocratique. La R.I.C. ou la rue et ses conséquences!
a écrit le 25/03/2019 à 10:20 :
Pour ADP il ne faudrait pas que cela termine en scandale comme pour l'aéroport de Toulouse. La Chine s'en est emparé par l'intermédiaire d'un homme de paille. Pour connaître les détails il faut lire "L'empreinte du Dragon" de Jean Tuan chez CLC Editions. Édifiant !

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