SNCF Voyageurs vise toujours un cash-flow à l'équilibre en 2022

Après un été synonyme d'embellie, SNCF Voyageurs maintient le rythme cet automne avec un trafic dynamique. Le tableau est plus contrasté sur le plan financier et l'arrivée de la concurrence pourrait encore compliquer les choses. Cela n'empêche pas son patron, Christophe Fanichet, d'être convaincu qu'il contribuera activement à l'objectif du groupe SNCF d'arrêter de brûler du cash en 2022. Une demande de l'Etat en contrepartie de la reprise d'une partie de la dette (35 milliards d'euros) de la SNCF.

8 mn

La SNCF maintient son objectif d'un flux de trésorerie libre à l'équilibre en 2022.
La SNCF maintient son objectif d'un flux de trésorerie libre à l'équilibre en 2022. (Crédits : GONZALO FUENTES)

La ligne de la SNCF ne change pas. Le groupe ferroviaire maintient son objectif un flux de trésorerie libre (« free cash flow ») à l'équilibre en 2022 - et donc d'arrêter de brûler du cash - conformément à l'engagement pris avec l'Etat lors de la réforme ferroviaire de 2018 et tout juste réaffirmé, ce mardi, par Martin Vial, commissaire aux participations de l'Etat.

"Nous avons des rendez-vous fixés pour s'assurer que la SNCF dégage des cash flow libres positifs en 2022 et en 2024-25 pour SNCF Réseau. Nous sommes toujours sur cette trajectoire.  Le PDG de la SNCF et ses équipes travaillent ardemment pour que cette trajectoire soit respecté", a en effet déclaré Martin Vial.

Principale filiale du groupe, SNCF Voyageurs entend contribuer à cet objectif l'an prochain. C'est du moins ce qu'affirme son PDG, Christophe Fanichet en dépit d'importantes difficultés liées à la crise sanitaire, la faiblesse du trafic affaires ou de la menace de l'ouverture à la concurrence. Des difficultés pointées par les sénateurs Hervé Maurey et Stéphane Sautarel lors d'un point d'étape dans le cadre de leur mission de contrôle budgétaire, il y a quelques jours.

Le principal élément positif vient de la reprise du trafic, objectif prioritaire de Christophe Fanichet, qui semble se confirmer cet automne. SNCF Voyageurs réussit pour l'instant à conserver le dynamisme sur le trafic loisir amorcé cet été. Sur les grandes lignes, TGV et Intercités, l'opérateur affiche des taux de remplissage de l'ordre de 90 %, notamment sur les week-ends avec l'ensemble du parc mis en ligne. Les effets se ressentent dès le jeudi soir avec des retour sur l'ensemble de la journée du lundi. L'engouement est particulièrement prégnant sur les vacances avec 4,3 millions de billets vendus pour les deux semaines de la Toussaint, soit le même niveau qu'en 2019. Un million de voyageurs se sont également rués sur des billets pour les vacances de Noël dès le premier jour des réservations, le 6 octobre.

Lire aussi Télétravail et concurrence, la SNCF face au défi de la reconquête de la classe affaires

Le trafic affaires pèsent sur les recettes

Si la tendance se maintient, Christophe Fanichet entrevoit la possibilité de réaliser un très bon dernier trimestre, tout en rappelant qu'il faut absorber les effets du troisième confinement instauré au printemps dernier. Il explique également que les mobilités ont évolué depuis 2019 avec une recomposition du trafic. Cela se ressent en semaine où le taux de remplissage tourne davantage aux alentours de 80 % avec un parc réduit, SNCF Voyageurs jouant sur la mise en ligne de rames simples au lieu de double pour préserver ses fréquences.

Cette différence s'explique en grande partie par un trafic affaires durablement affaibli. Celui-ci n'a retrouvé que 60 % de son niveau d'avant crise. Si les TPE-PME ont repris plus rapidement leurs habitudes de voyages pour concrétiser leurs actions commerciales, les grandes entreprises ont largement limité les déplacements liés à leur fonctionnement interne pour privilégier les réunions à distance.

Cette faiblesse du trafic affaires impacte directement le niveau de revenus de SNCF Voyageurs. Christophe Fanichet concède ainsi que le panier moyen du voyageur a baissé de plusieurs pourcents en 2021 par rapport à 2019. Il subit également le contrecoup des incitations tarifaires destinées à doper la reprise du trafic, telles que la nouvelle carte Avantage. Celle-ci permet de bénéficier de tarifs plafonnés jusqu'à la dernière minute et se révèle être un succès avec un million d'exemplaires vendus, dont 500 000 depuis le début de l'été.

Lire aussi Voyage d'affaires : le plan de la SNCF pour contrer Trenitalia et Renfe entre Paris et Lyon

La concurrence ne va pas aider

Sur l'arrivée de la concurrence, Christophe Fanichet estime qu'elle générera de l'induction de trafic. Il prend l'exemple de l'ouverture du TER en Provence-Alpes-Côte d'Azur, où le cahier des charges prévoit une hausse significative du nombre de trains pour les deux lots qui seront attribués officiellement dans les prochains jours par la Région (l'un à Transdev, l'autre à la SNCF).

Sur les lignes à grandes vitesses, à commencer par le Paris-Lyon, le PDG de SNCF Voyageurs est convaincu que l'arrivée de Trenitalia dans les prochains mois sera elle aussi génératrice de trafic supplémentaire. Il prend l'exemple de l'implantation de Ouigo en Espagne qui a permis de faire grossir le « gâteau ferroviaire » de 17 % entre Madrid et Barcelone.

Toute la question pour la SNCF est donc de savoir si la hausse de trafic globale générée par l'ouverture à la concurrence sera suffisante pour compenser la perte de parts de marché au profit d'opérateurs concurrents. Cela comptera principalement sur les grandes lignes, a fortiori sur le Paris-Lyon, où chaque passager vaut cher. D'autant que Trenitalia devrait cibler les passagers affaires dont le rendement est le plus élevé grâce à une offre premium très avancée.

Comme le rappelle Christophe Fanichet, avant crise, les 500 000 voyageurs quotidiens sur les grandes lignes représentaient autant de chiffre d'affaires que les 4,5 millions de passagers TER et Transilien, avec des marges opérationnelles sans commune mesure : 14 % (Intercités compris) contre 4 %.

Lire aussi La SNCF va-t-elle tenir ses engagements financiers ? Les sénateurs en doutent

Difficile de retrouver des marges

En dépit de la remontée du nombre de billets vendus, SNCF Voyageurs fait donc face à des difficultés pour faire grossir ses recettes dans des proportions équivalentes. Au premier semestre, son chiffre d'affaires était encore près de 30 % inférieur à celui de 2019, à 6 milliards d'euros. A titre de comparaison, le chiffre d'affaires du groupe n'était lui en recul que de 10 %.

Selon le point d'étape des sénateurs Maurey et Sautarel, la baisse pourrait se prolonger au second semestre, voire plus durablement. Ils jugent qu'elle pourrait alors remettre « en cause l'ensemble des équilibres financiers déterminés en 2018 », à savoir que 60 % des dividendes versés par SNCF Voyageurs à la holding SNCF doivent être réinvestis dans la modernisation du réseau. Cela représentait environ 700 millions d'euros en 2019. Contribution à laquelle ne participeront d'ailleurs pas ses concurrents, qui ne s'acquitteront que des péages, ces derniers étant destinés à financer la maintenance du réseau et non sa modernisation.

L'affaire semble donc mal embarquée pour l'instant, d'autant que SNCF Voyageurs fait face également à des coûts exceptionnels tels que la mise en place de moyens de contrôle pour le passe sanitaire sur les grandes lignes et les systèmes d'informations liés. Ce qui représente tout de même plusieurs millions d'euros supplémentaires à absorber.

Lire aussi Thalys-Eurostar : pressée de réduire les coûts, la SNCF relance son projet de fusion

Baisse des coûts annoncée

Christophe Fanichet se montre pourtant confiant : « Dans un objectif de cash-flow libre, il y a deux inducteurs : les recettes mais aussi les coûts. Et nous avons fait de très gros efforts sur les coûts. [...] Pendant la crise Covid, vous le verrez dans nos chiffres à la fin de l'année, nous avons fait de très gros efforts sur nos coûts. » Sur le réseau régional, le patron de SNCF Voyageurs estime avoir réduit de plus de la moitié l'écart de compétitivité avec ses concurrents, qui était estimé aux alentours de 30 % avant crise.

Pour l'instant, seuls des chiffres au niveau du groupe ont été annoncés avec un plan de 1,3 milliard d'économies en 2021. A fin juin, 65 % des baisses de coûts avaient été atteintes, générant un impact positif sur le flux de trésorerie libre de plus de 800 millions d'euros.

Parmi ces mesures d'économies, Jean-Pierre Farandou, PDG du groupe, avait notamment annoncé en septembre la suppression de 2 000 à 3 000 postes, sans préciser l'échéance ou les filiales affectées par cette décision. Des réductions d'effectifs qui pourraient donc concerner SNCF Voyageurs.

La filiale pourra également compter sur un coup de pouce de l'Etat l'an prochain, avec la suppression de la contribution de solidarité territoriale, calculée sur le chiffre d'affaires, qui pesait sur le TGV puis de celle de la taxe sur le résultat des entreprises ferroviaires en 2023.

Lire aussi Nouveau coup de pouce pour la SNCF: l'Assemblée nationale supprime deux taxes sur les TGV

Un trajet encore chaotique pour le groupe

Les mesures d'économies mises en place semblent donc le principal levier de SNCF Voyageurs pour arriver à générer à nouveau un résultat opérationnel positif et contribuer activement au retour à l'équilibre du flux de trésorerie libre du groupe SNCF. Ce sera également le cas d'autres filiales, dont les rentables Keolis et Geodis.

L'ensemble du groupe SNCF devra de toute façon se mobiliser fortement pour atteindre cet objectif d'équilibre. Selon les sénateurs Maurey et Sautarel, celui-ci affichait déjà un flux de trésorerie libre négatif de l'ordre de 2 à 3 milliards depuis plusieurs années. Malgré les difficultés accumulées depuis deux ans, le groupe doit donc faire mieux qu'avant la crise pour remplir son objectif. S'il y a bien eu une amélioration grâce au plan d'économies, le flux de trésorerie libre était toujours négatif à hauteur de -745 M€ au premier semestre. Il reste donc du chemin à parcourir.

8 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 4
à écrit le 28/10/2021 à 10:36
Signaler
Ce n'est pas comme si ça fonctionnait correctement, grandes lignes hors TGV, 1/2 heures de retard en moyenne !

à écrit le 28/10/2021 à 9:22
Signaler
Quelle boite de m**** cela fait 70 ans que la catastrophe industrielle perdure aux frais du contribuable et au très grand privilège des cheminots. Il est temps que ce fiasco s'arrête, il faut privatiser ou déposer le bilan mais dans tous les cas se d...

à écrit le 28/10/2021 à 9:22
Signaler
Quelle boite de m**** cela fait 70 ans que la catastrophe industrielle perdure aux frais du contribuable et au très grand privilège des cheminots. Il est temps que ce fiasco s'arrête, il faut privatiser ou déposer le bilan mais dans tous les cas se d...

le 28/10/2021 à 12:20
Signaler
+1

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.