Au Havre, la difficile éradication de la plus grande décharge littorale de France
Nathalie Jourdan
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450.000 m3 de déchets s'accumulent au pied de la falaise sur un site classé Natura 2000
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450.000 m3 de déchets s'accumulent au pied de la falaise sur un site classé Natura 2000
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Comme les stigmates d'une autre époque. Sur le haut de la falaise de Dollemard, on aperçoit encore les traces de cinq quais de déchargement en béton armé. Elles racontent les norias de poids-lourds venus déverser des déchets 80 mètres plus bas pendant presque un demi-siècle, entre la fin des années 50 et le début des années 2000, date à laquelle l'Etat a définitivement fermé cette décharge privée.
Deux décennies plus tard, la Ville du Havre se résout donc à éradiquer ce qui est la plus grande verrue côtière de France au nom de la protection du milieu marin. Un soulagement pour les associations environnementales. « Après des années d'incurie et de non action, on ne va pas se plaindre », souffle Annie Leroy de France Nature Environnement. Si les responsables publics ont longtemps fermé les yeux, c'est que le chantier s'annonce gigantesque et d'une complexité inédite.
Sur plusieurs centaines de mètres au pied de la falaise, s'accumulent en effet 450.000 m3 de béton, ferraille, plastiques et autres produits toxiques dont des PCB et des hydrocarbures. De quoi remplir à ras bord une vingtaine de piscines olympiques. « Au début, il s'agissait de matériaux inertes issus de la reconstruction du Havre mais les années 80, âge d'or du pétrole et du plastique, ont amené d'autres types de déchets bien plus toxiques », souligne Arnaud Fréret de la fondation Surfrider qui avait été le premier à porter le dossier sur la place publique en 2016.
Pour mener à bien l'évacuation de cette montagne de déchets, la municipalité lancera en 2024 une procédure de dialogue compétitif qui doit déboucher sur le choix d'un ou plusieurs groupements d'entreprises. A charge pour les candidats de proposer des solutions techniques inventives car l'opération promet d'être délicate en raison de la fragilité du site classé en zone Natura 2000 mais aussi de sa topographie.
Soumis au rythme des marées, il n'est accessible que par la mer ou par la côte après une bonne heure de marche inconfortable sur les galets. Difficile dans ces conditions d'imaginer stationner des équipes et des engins pour trier les matériaux sur place même si l'option est envisagée par les services de la Ville. Les énormes volumes à traiter (l'équivalent d'un an d'apports au centre de stockage de déchets de la communauté urbaine) constituent une difficulté supplémentaire. « Il va falloir prendre garde à ne pas engorger les filières de retraitement sinon on reporte le problème ailleurs », alerte Edouard Philippe.
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Nathalie Jourdan