Au Havre, la difficile éradication de la plus grande décharge littorale de France

Après avoir longtemps hésité devant l’énormité de la tâche, la Ville du Havre lancera en 2024 les opérations d’évacuation des centaines de milliers de tonnes de déchets qui ont été déversés pendant près d’un demi-siècle au pied de la falaise de Dollemard. Objectif : stopper le relargage en mer de cette montagne de détritus que les marées érodent inexorablement.
450.000 m3 de déchets s'accumulent au pied de la falaise sur un site classé Natura 2000
450.000 m3 de déchets s'accumulent au pied de la falaise sur un site classé Natura 2000 (Crédits : DR)

Comme les stigmates d'une autre époque. Sur le haut de la falaise de Dollemard, on aperçoit encore les traces de cinq quais de déchargement en béton armé. Elles racontent les norias de poids-lourds venus déverser des déchets 80 mètres plus bas pendant presque un demi-siècle, entre la fin des années 50 et le début des années 2000, date à laquelle l'Etat a définitivement fermé cette décharge privée.

Deux décennies plus tard, la Ville du Havre se résout donc à éradiquer ce qui est la plus grande verrue côtière de France au nom de la protection du milieu marin. Un soulagement pour les associations environnementales. « Après des années d'incurie et de non action, on ne va pas se plaindre », souffle Annie Leroy de France Nature Environnement. Si les responsables publics ont longtemps fermé les yeux, c'est que le chantier s'annonce gigantesque et d'une complexité inédite.

Attention fragile

Sur plusieurs centaines de mètres au pied de la falaise, s'accumulent en effet 450.000 m3 de béton, ferraille, plastiques et autres produits toxiques dont des PCB et des hydrocarbures. De quoi remplir à ras bord une vingtaine de piscines olympiques. « Au début, il s'agissait de matériaux inertes issus de la reconstruction du Havre mais les années 80, âge d'or du pétrole et du plastique, ont amené d'autres types de déchets bien plus toxiques », souligne Arnaud Fréret de la fondation Surfrider qui avait été le premier à porter le dossier sur la place publique en 2016.

Pour mener à bien l'évacuation de cette montagne de déchets, la municipalité lancera en 2024 une procédure de dialogue compétitif qui doit déboucher sur le choix d'un ou plusieurs groupements d'entreprises. A charge pour les candidats de proposer des solutions techniques inventives car l'opération promet d'être délicate en raison de la fragilité du site classé en zone Natura 2000 mais aussi de sa topographie.

Soumis au rythme des marées, il n'est accessible que par la mer ou par la côte après une bonne heure de marche inconfortable sur les galets. Difficile dans ces conditions d'imaginer stationner des équipes et des engins pour trier les matériaux sur place même si l'option est envisagée par les services de la Ville. Les énormes volumes à traiter (l'équivalent d'un an d'apports au centre de stockage de déchets de la communauté urbaine) constituent une difficulté supplémentaire. « Il va falloir prendre garde à ne pas engorger les filières de retraitement sinon on reporte le problème ailleurs », alerte Edouard Philippe.

Un chantier coûteux et de longue haleine

Face à ces incertitudes, l'ancien premier ministre ne se risque pas à fixer une date de clôture des travaux. « Cela prendra entre deux et cinq ans suivant les choix », hasarde-t-il. Le coût n'est pas moins incertain. En 2018, la municipalité tablait sur une quinzaine de millions d'euros. On sait aujourd'hui que la facture sera plus proche de 30 voire 40 millions d'euros. L'Etat s'est engagé à régler la moitié de la somme puisée dans le fonds national pour la résorption des décharges côtières. Pour le reste, Région et Département seront appelés en renfort. « On va tendre la sébile », prévient le maire du Havre. Quant à faire contribuer les responsables de cette situation, l'intéressé semble y avoir renoncé. « Cela reviendrait à faire de l'archéologie juridique pour des résultats très illusoires », explique-t-il. Comprendre, les pollueurs ne seront pas les payeurs.

A défaut, Arnaud Fréret espère que les solutions techniques qui seront mises en œuvre pour rendre la falaise à la nature « feront école ». « Il existe beaucoup d'autres décharges sur le littoral français », rappelle-t-il. Le gouvernement en a comptabilisé 55 présentant un fort risque de déversement des déchets en mer, celle de Dollemard figurant parmi les trois à traiter prioritairement.

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Commentaires 4
à écrit le 09/11/2022 à 17:01
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Qu'y-a-t-il derrière l'expression "décharge privée". Une entreprise (privée) de collecte des ordures ménagères ayant passé un contrat avec la municipalité du havre ?

à écrit le 09/11/2022 à 11:19
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Ceci est une Fake news. Nous sommes en France pas au Nigeria. La France est une blanche colombe que seuls ne peut souillé les mauvais esprits.

à écrit le 09/11/2022 à 6:53
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Bonjour, Ou est le tris des déchets et l'emploi d'un incinérateurs.... Maintenant, la choses ne sera pas simple ... Que se soit sur le littoral ou ailleurs les decharges doivent etre fermés...

à écrit le 08/11/2022 à 18:55
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On s'en doute que la tâche soit considérable faisant que l'acte est d'autant plus louable, bravo à eux ! Merci pour cet article.

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