Les villes entament leur mue face au réchauffement climatique

ZERO CARBONE. En quête de modèles sobres en carbone, résilients aux vagues de chaleur, denses et inclusifs, la transformation urbaine a été décryptée lors de plusieurs tables rondes qui se sont déroulées au dernier Forum Zéro Carbone, organisé par La Tribune.

6 mn

(Crédits : Pascal Rossignol)

#ForumZéroCarbone Paris - La densification contre l'étalement

« Nous devons réussir à intégrer dans la ville de demain les considérations climatiques, mais aussi celles qui touchent à l'inclusion, à l'accueil et autres. Sinon, nos villes sont en risque d'autodestruction et d'implosion », a averti Bertrand de Feydeau, président de la Fondation Palladio, une plateforme de réflexion, en ouverture d'une séance du Forum Zéro Carbone, organisé par La Tribune et dévolue à la fabrique de la ville en transition. La nécessité d'agir est d'autant plus impérieuse que les centres urbains sont forts émetteurs de gaz à effet de serre et doivent s'adapter au réchauffement climatique s'ils veulent rester des lieux de vie durables, alors que, parallèlement, l'urbanisation s'accroît.

Une densité heureuse ?

Première piste explorée, celle de la densité. Avec l'idée d'exploiter d'abord l'existant. A cet égard, le groupe SNCF, par exemple, dispose d'un « foncier très étendu et bien situé, en cœur de ville, qui permet de reconstruire la ville sur la ville, relève Katayoune Panahi, directrice générale de SNCF Immobilier, entité qui gère et valorise le patrimoine immobilier du groupe ferroviaire. Il présente la caractéristique d'avoir eu plusieurs vies, d'avoir déjà été artificialisé et imperméabilisé. » La loi Climat et résilience vise en effet à diviser par deux, sur les dix prochaines années, l'artificialisation des sols, faisant disparaître des milliers de hectares des terres chaque année. Et Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au Logement, a présenté récemment sa vision d'une « intensité heureuse », en opposition au modèle du pavillon avec le jardin, qu'elle juge un non-sens écologique, économique et social... Quant aux experts de la Ville de Paris, en passe de définir un plan local d'urbanisme bioclimatique, ils parlent de « densité désirable » contre l'étalement.

A l'heure de la reconstruction durable et du recyclage des friches, les promoteurs deviendraient-ils des rénovateurs de terrains déjà artificialisés ? « De la démolition puis nouvelle construction, nous sommes passés à une réhabilitation qui intègre les enjeux du bas carbone », confirme Emmanuel Desmazières, directeur général d'Icade Promotion. Autre élément, la « réversibilité », comme cela devrait être le cas avec le quartier des Jeux Olympiques à Saint-Ouen, où « une partie du résidentiel deviendra des bureaux. L'inverse aussi pourrait exister, souligne-t-il. Le fait de construire des bâtiments sans usage déterminé donne la possibilité de faire vivre la ville sans démolir et sans investir dans un bâti très coûteux. »

Mais la ville de demain doit surtout se penser à l'échelle du quartier, souligne Jacques Ehrmann, directeur général du groupe Altarea. Selon lui, c'est dans ces conditions que « des solutions énergétiques ambitieuses, comme la géothermie ou la biomasse, pourront être déployées. »

Et les habitants ?

Deuxième piste, celle des habitants... « Rendre la ville acceptable et acceptée par les habitants suppose de faire de la mixité des usages, avec des commerces en pieds des immeubles, et de réussir à concilier une double injonction : une demande de logements soutenue en zone tendue, d'une part, et une demande d'espaces verts et forêts urbaines, de l'autre », considère Katayoune Panahi, de SNCF Immobilier. Enfin, « il faut arriver à dépasser la vision de la ville conçue par les ingénieurs, les architectes et les urbanistes et y remettre de l'humain », en intégrant notamment aux approches d'experts l'inventivité des citoyens, s'exclame-t-elle.

La bataille contre les îlots de chaleur

Les collectivités tentent d'ailleurs d'associer de plus en plus les habitants à leurs politiques d'aménagement de l'espace public. C'est le cas de Bordeaux. « Nous délivrons des permis de végétaliser permettant aux habitants de disposer de jardinières qu'ils plantent et entretiennent dans le cadre de collectifs créés dans ce but », indique le maire, Pierre Hurmic (EELV), qui a fait de la végétalisation son cheval de bataille pour lutter contre l'une des problématiques majeures auxquelles font face les villes à l'heure de la crise climatique - les îlots de chaleur. Mais « nous avons commencé par sanctuariser de grands espaces de nature promis par nos prédécesseurs à l'urbanisation. Nous y ferons en partie de l'agriculture urbaine », précise-t-il. Autre levier, des micro-forêts urbaines, à la place des places de stationnement.

La collectivité a par ailleurs lancé un label, le Bâtiment frugal bordelais, qui impose un taux de végétalisation obligatoire pour chaque nouvelle construction. « Nous venons de signer un accord avec la fédération des promoteurs immobiliers de la Nouvelle Aquitaine pour que, désormais, ils l'intègrent dans toutes leurs constructions », se félicite l'élu.

Des solutions variées

D'autres solutions pour lutter contre les ilots de chaleur sont également adoptées, telles l'application numérique mise au point par CDC Biodiversité, filiale de la Caisse des dépôts, à destination des collectivités, qui « peuvent la mettre gratuitement à disposition des propriétaires de jardins privés pour les accompagner dans la bonne conception et la gestion de ces lieux », détaille Jean-Christophe Benoît, directeur du développement et du réseau de CDC Biodiversité. De même, le réseau de froid urbain de Climespace, à Paris, combat lui aussi les ilots de chaleur. « On fait circuler de l'eau glacée dans des tuyaux pour rafraîchir les bâtiments », explique Jean-Charles Bourlier, directeur général de Climespace.

Les solutions, variées, sont donc là, de même que les outils juridiques. « L'Etat a permis de pouvoir intégrer des critères environnementaux dans les documents de planification d'urbanisme, notamment les plans locaux pour l'aménagement de zones spécifiques et d'espaces verts protégés afin de créer des îlots de fraîcheur. Les promoteurs sont obligés de respecter ces zonages, sinon les permis de construire ne seront pas délivrés », indique Anne Petit Jean, avocate associée en immobilier chez Herbert Smith Freehills. Pour cette juriste, en tout cas, la bataille contre le réchauffement n'est pas perdue - à condition « d'abandonner les vœux pieux et de durcir la réglementation. »

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Commentaires 5
à écrit le 26/12/2021 à 11:09
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"Réchauffement climatique " Es ce le bon terme à employer ? Car pour Une moitié de la population n'habitant pas la côte d'Azur ,ce réchauffement tout le monde l'attend ,quelques degrés de plus dans certaine région serait un plus . Le terme n'angois...

à écrit le 25/12/2021 à 17:36
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Il a t0ut à fait raison, vite, vite Z au p0uvoir.

à écrit le 24/12/2021 à 17:46
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Les villes ont plutôt intérêt a ne pas attendre des innovations pour se mettre au vert!

à écrit le 24/12/2021 à 11:17
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De quel réch9uffement p9rlent-ils ?

à écrit le 24/12/2021 à 8:21
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Non mais c'est quoi cette photo vous avez complètement perdu la raison !? Pas de masques, pas de gestes barrières, ils sont complètement inconscients, pire ils semblent heureux ! Puis ils sont vaccinés au moins !? Vous avez vérifié leurs passes ?

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