Les villes se penchent enfin sur la pollution lumineuse
Natasha Laporte
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#ForumZéroCarbone Paris - La pollution lumineuse, une pollution oubliée ?
La pollution lumineuse a été jusqu'à il y a peu un angle mort des débats environnementaux. Pourtant, ses impacts sont nombreux... « C'est bien sûr une question de consommation, de gaspillage énergétique et de dépenses publiques », déclare Anne-Marie Ducroux, présidente de l'Association nationale pour la protection du ciel et de l'environnement nocturne. Mais les enjeux ne se réduisent pas aux seules économies d'énergie. « La prescription actuelle va vers des LED, une technologie qui nécessite des terres rares, extraites à grands frais environnementaux et venant de Chine, avec en conséquence un transport dont le coût carbone est élevé », enchaîne-t-elle. Or à ce jour, « il n'y a aucun bilan climatique complet des installations lumineuses en France, malheureusement », déplore cette militante. Surtout, la pollution lumineuse nuit à la biodiversité et à de nombreuses espèces, dont les papillons de nuit. Sans oublier la santé, notamment « la vision, affectée par certains éclairages, et le sommeil », conclut-elle.
Signe qu'une prise de conscience émerge, certaines collectivités s'emparent du sujet, à l'instar de la Ville de Schiltigheim, dans la banlieue de Strasbourg, lancée dans la lutte contre la pollution lumineuse depuis 2018 et aujourd'hui labellisée Villes et villages étoilés. « Nous avons fait le choix de procéder d'abord par expérimentation, dans un quartier. Nous n'avons pas éteint totalement. Nous avons laissé des lampadaires en bout de rue allumés tout en réduisant l'intensité de la lumière. Les retours ont été positifs et nous avons ensuite étendu l'expérience à d'autres secteurs de la ville - jusqu'à arriver à l'extinction totale dans les parcs publics », témoigne Danielle Dambach, maire de Schiltigheim et vice-présidente eurométropolitaine en charge de la coordination de la transition écologique et de la planification urbaine et nature. Au sein de la métropole de Strasbourg, les 33 communes échangent d'ailleurs sur leurs bonnes pratiques pour réduire la pollution lumineuse. Autant d'efforts qui ont battu en brèche quelques « idées préconçues » sur l'insécurité lorsqu'on diminue l'éclairage public. « Toutes les communes qui se sont engagées dans cette baisse et dans un début de trame nocturne (un environnement propice aux déplacements et cycles de vie de la biodiversité nocturne) n'ont pas constaté de hausse d'incivilités », assure l'élue.
Paris, pourtant Ville-Lumière, s'y met aussi. « La question de la pollution lumineuse est au centre de la préoccupation de la Ville, à travers l'adoption de différents plans biodiversité », affirme ainsi Christophe Najdovski, adjoint à la Mairie de Paris en charge de la végétalisation de l'espace public, des espaces verts, de la biodiversité et de la condition animale. La Ville, qui vient de renouveler son marché de l'éclairage public, a en outre intégré cet enjeu à son cahier des charges. « Dans le précédent marché, nous avons déjà eu une diminution de l'ordre de 30 % des flux lumineux dirigés vers le ciel, assure l'adjoint. Le nouveau sera encore plus ambitieux. »
Natasha Laporte