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ENTREPRISES - La Tribune Toulouse

Covid-19 : le Min de Toulouse "ne tiendra pas mille ans"

Israa Lizati

Publié le 24 mars 2020 à 17:00 - Mis à jour le 24 mars 2020 à 17:12

La directrice générale du Min de Toulouse, Maguelone Pontier, s'inquiète pour l'avenir d'une partie des locataires du "ventre de Toulouse".

La directrice générale du Min de Toulouse, Maguelone Pontier, s'inquiète pour l'avenir d'une partie des locataires du "ventre de Toulouse".

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Situé au cœur de la région Occitanie, le marché d'intérêt national (MIN) de Toulouse, le second plus important de France, joue un rôle majeur dans l’approvisionnement des commerces alimentaires de proximité et de la restauration. Cependant, l'organisation quotidienne du Grand Marché a été chamboulée par la crise engendrée par le civid-19. Certains acteurs de l’approvisionnement et de la distribution de produits alimentaires et horticoles (restauration, fleuristes…) voient leur activité baisser voire s'arrêter d'une manière inattendue. Dans ce contexte, comment le Min assure la continuité...

... rovisionnement en nourriture ? Maguelone Pontier, la directrice de l'établissement, se confie à La Tribune.

La Tribune : quels sont les locataires du Grand Marché touchés par la décision du gouvernement de ne maintenir ouverts que les commerces essentiels  à la vie du pays ? Comment avez-vous organisé le Min et surtout le travail du personnel  ?

Maguelone Pontier : étant donné que le Grand Marché regroupe majoritairement des commerces alimentaires, nous sommes toujours ouverts. Nous fonctionnons presque normalement. Sur les 150 acteurs présents, entre 15 et 20 sont fermés depuis la décision du gouvernement de fermer tous les commerces non essentiels. Aujourd'hui, des lieux de formation, les grossistes fleuristes, les distributeurs de restaurants, les traiteurs ne tournent plus. Les fournisseurs et les producteurs commerçants de denrées alimentaires eux sont toujours en activité.

Aujourd'hui sur 40 collaborateurs qui constituent le personnel du Min, 30 % sont en télétravail, 30 % au chômage technique. Les équipes techniques elles, ont été divisées par deux et se relaient tous les 15 jours, elles sont donc au chômage partiel. Moi, je suis sur le marché.

La Tribune : Qu'avez-vous mis en place pour assurer le service tout en garantissant la sécurité du personnel et du public ?

M.P : Nous avons mis en place toutes les mesures et les recours qui existent de signalétique, d'espacement, de gel, etc. Nous avons ouvert des groupes 

WhatsApp par catégories. Nous faisons des commandes groupées pour les gels 

hydroalcooliques

 et gants de protection. Afin que les clients n'aient pas de mal à rentrer sur le marché, qui fonctionne avec une carte d'acheteur, nous avons décidé de créditer automatiquement leur carte de deux entrées toutes les nuits, afin d'éviter les contacts physiques en venant le faire à l'accueil.

Dans un groupe de discussion, nous avons mis en place un groupe de solidarité. Par exemple, lorsqu'un grossiste a trop de produits parce qu'il ne servait que de la restauration commerciale, un grossiste qui lui ne sert que les traiteurs en magasins, lui a racheté sa marchandise afin d'éviter qu'il se retrouve avec des charges énormes. Les grossistes en plantes, ont offert leur marchandises aux hôpitaux. Certains de nos locataires qui sont de grands magasins comme le Cours des Halles, ont fait un super boulot. Ils ont racheté les produits de nos producteurs et grossistes qui avaient une activité quasi à l'arrêt, afin qu'ils puissent au moins finir leurs stocks. Grâce à cet élan de solidarité, nous n'avons rien jeté.

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Le Min de Toulouse tourne au ralenti depuis plusieurs jours.

La Tribune : Vous avez également mis en place un guichet unique pour enregistrer toutes les demandes d'approvisionnement avec un numéro de téléphone (05 67 22 30 85) et une adresse mail [email protected]. Quel est l'intérêt de cette démarche ?

M.P : Exactement, c'est moi qui m'en occupe afin de rediriger les personnes qui ont besoin d'aide vers le bon interlocuteur. Par exemple, nous avons pu libérer les frigos et espaces surgélation des grossistes qui ne travaillaient plus afin de les mettre à disposition des banques alimentaires qui avaient reçu énormément de dons et qui n'avaient pas de lieu où les stocker.

La Tribune : Avez-vous noté une baisse de l'activité et de la fréquentation du Min et comment la mesurez-vous ?

M.P : Il y a bien évidemment une baisse d'activité qui peut se mesurer en nombre de passages. Nous avons environ trois fois moins de monde qu'à l'habitude. Mais nous avons eu une hausse délirante, du samedi 14 à mercredi 18 mars. Néanmoins, notre chiffre d'affaires n'est pas à zéro, nous faisons entrer de l'argent.

La Tribune : Avez-vous les moyens de réagir face à cette crise soudaine ?

M.P : Réagir non, nous avons les moyens d'accompagner le plus possible les entreprises réunies au sein du Min. Nous nous connaissons bien, c'est un petit marché. La priorité est leur sécurité et la pérennité de leur structure. Elles de leur côté, essaient de nous payer les loyers au maximum, et s'il y a des manquements de la part d'entreprises fragiles, nous ferons de la gratuité de loyer et de l'accompagnement au cas par cas. Par ailleurs, certaines entreprises ont les reins solides, elles ne sont pas fragilisées et comptent des millions d'euros de chiffre d'affaires et n'auront pas besoin d'accompagnement.

La Tribune : Pour ce qui du Min, va-t-il s'en sortir ? Êtes-vous inquiète pour l'avenir ?

M.P : Nous pouvons tenir, mais nous ne tiendrons pas mille ans. Nous avons deux à trois mois de trésorerie. Nous dépendons d'une collectivité et savons qu'elle ne nous laissera pas tomber, mais le but est que chacun prenne sa part de responsabilité. Tout le monde doit se prendre en charge jusqu'à ce qu'il ne puisse plus, afin que tout le monde s'en sorte. Par exemple, tous les salariés ont eu comme consigne de faire leurs courses sur le marché et ils l'ont super bien fait. Nous maintenons des entreprises de cette façon.

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Je suis inquiète pour l'avenir de mes locataires, les producteurs qui ont des problèmes de 

main-d'œuvre qui vient d'Espagne. Si la restauration continue de ne pas fonctionner comment vont-ils faire ? Deux mois sans activité, c'est insurmontable pour certains petits restaurants. J'espère qu'après la crise les consommateurs seront au rendez-vous.

Israa Lizati

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