La hausse des prix rend la saison des fruits d’été périlleuse
Yann Kerveno
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Le contexte très particulier marqué par des calamités climatiques, une hausse des prix des intrants et des incertitudes géopolitiques fait craindre un été 2022 qui verrait flamber les prix des fruits et légumes.
Dans les allées du Medfel, rendez-vous incontournable de la filière fruits et légumes qui s’est tenu les 27 et 28 avril à Perpignan, il fut beaucoup question du contexte économique et des hausses de prix. Les calculettes ont chauffé et le pire n’est peut-être pas pour cette année.
Pour son retour après deux années occultées pour cause de Covid (une édition numérique avait eu lieu l'an dernier), le Medfel, salon des fruits et légumes méditerranéens, survenait dans un contexte très particulier, entre calamités climatiques, hausse des prix des intrants et incertitudes géopolitiques...
L'année n'est pas terminée, les campagnes de fruits d'été ne sont pas commencées que les calculettes affichent déjà des surcoûts très conséquents. À la production, dans les vergers, les hausses de prix des engrais, des produits phytosanitaires ou du carburant font bondir le coût de revient. Avec, selon les cas, des progressions de 10 à 15% par rapport à l'an dernier et de près de 30% par rapport à l'année 2020.
Dans les stations de conditionnement, on se gratte également la tête. En plus des augmentations de l'énergie (pour les frigos), il y a également de grandes tensions sur les palettes, les plastiques, le coût du travail et surtout sur le carton. Et même une double tension, sur les prix et sur les approvisionnements. À la coopérative agricole Ille Fruits (à Ille-sur-Têt dans les Pyrénées-Orientales), un des principaux opérateurs en fruits d'été et en concombre du département, les équipes ont tenté de tout border pour l'année après un gros coup de chaud sur le concombre.
Plannings décalés
«Le prix du gaz a été multiplié par deux et demi par rapport à l'an dernier,détaille Jean-François Not, président de la coopérative illoise.L'an passé, pour chauffer nos serres à concombres, nous en avons eu pour 197.000 euros. Cette année, la facture du seul mois de janvier s'élève à 194.000 euros et nous allons finir la campagne à un demi-million d'euros pour le seul poste gaz... Par chance, les conditions de marché ont été très bonnes, avec une moindre production en Europe et des prix restés élevés cet hiver et au début du printemps. Cela nous permet de ne pas perdre d'argent, mais nous n'en gagnons pas avec cette production cette année. »
Directeur du marché de Saint-Charles, Cyril Gorne explique que c'est un peu le même schéma qui s'est produit pour la tomate : « À cause du prix du gaz, les Hollandais, qui sont les principaux producteurs de tomates en Europe, ont décalé leurs plannings pour moins chauffer, et de leur côté, les Marocains ont contingenté leurs exportations pour privilégier leur marché intérieur pendant le Ramadan. Donc tout est fluide pour le moment, les prix sont hauts mais il faudra aussi compter avec le coût du fret, cette année ».
Pour la campagne d'été, la coopérative Ille Fruits a anticipé avec ses fournisseurs et espère ne pas avoir de pépin. D'autant que le secteur doit aussi faire face à un changement réglementaire qui leur impose d'abandonner les emballages en plastique au bénéfice du carton... Ce qui fait enrager Jean-François Not.
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