L'avionneur européen veut exploiter les données de ses 12.000 avions pour vendre de nouveaux services. Son outil de maintenance prédictive Skywise a déjà conquis 140 compagnies aériennes. Mais Airbus doit faire face à la concurrence féroce de Boeing qui a déjà pris une longueur d'avance sur ce segment.En un demi-siècle d'existence, Airbus a fabriqué plus de 12.000 avions. C'est cette activité de production qui a fait sa renommée et l'essentiel de sa valeur ajoutée. Mais avec l'essor de l'intelligence artificielle et l'augmentation exponentielle des capacités de calcul, l'avionneur européen a bien compris l'intérêt d'exploiter les données de ses avions pour développer une activité de services.
"Les services ont généré 3,7 milliards de dollars (3,3 milliards d'euros) en 2018, à comparer avec les 55 milliards d'euros provenant des commandes d'avions", indiquait Philippe Mhun, vice-président en charge des programmes et des services d'Airbus en 2019, lors d'une conférence organisée à Toulouse. En pleine croissance, le groupe s'était fixé l'objectif de quasiment tripler ses revenus dans les services en visant les 10 milliards de dollars par an d'ici à 2025.
Un potentiel de 10 milliards d'économies
L'effondrement du trafic aérien a forcément bouleversé cette trajectoire. "Pour autant, la crise aura des effets positifs sur le long-terme pour l'industrie. La numérisation devient d'autant plus pertinente et nous avons vraiment atteint un tournant en la matière", salue Klaus Roewe, responsable des services aux clients au sein d'Airbus.
"La crise de la Covid et la quasi généralisation du télétravail ont aidé certains à surmonter les freins psychologiques à l'utilisation massive de solutions digitales. L'aviation commerciale est l'une des industries les plus affectées au monde par ce coup d'arrêt économique et donc plus qu'ailleurs nos clients sont à la recherche d'outils pour gagner en efficacité", observe de son côté Lionel Rouby, en charge des solutions numériques pour les clients au sein d'Airbus.
Le constructeur aéronautique estime que l'inefficacité opérationnelle des flottes (problèmes de réseau, de carburant ou opérations de maintenance inopinées) coûte environ 40 milliards de dollars par an aux compagnies aériennes et qu'il serait possible grâce aux outils numériques de réduire la facture de 10 milliards de dollars.