En attendant l'avion à hydrogène et l'essor des biocarburants, l'optimisation de la trajectoire des avions permettrait dès aujourd'hui de réduire de 5 à 10% les émissions de CO2 des trajets aériens. Le 21 septembre dernier, un Airbus A320 d'Air France a réalisé un premier vol entre Paris et Toulouse visant le maximum d'économies d'énergie dans le cadre du programme européen Albatross. Face à l'intérêt grandissant des compagnies aériennes, startups et grands groupes affinent leurs solutions d'écopilotage.C'est un projet qui fait beaucoup moins de bruit que l'avion à hydrogène annoncé il y an an par Airbus mais qui pourrait s'avérer tout aussi crucial pour réduire l'empreinte carbone du trafic aérien. Le 21 septembre, Airbus, Air France et la Direction des services de la Navigation aérienne (DSNA) ont orchestré un premier vol entre Paris et Toulouse en tentant de réduire au maximum la consommation de carburant grâce à une trajectoire optimisée. Ce trajet à bord d'un A320 d'Airbus est le premier d'une série de 1.000 vols prévus à travers l'Europe dans le cadre du programme européen Albatross pour démontrer la faisabilité à court terme, de vols plus efficaces sur le plan énergétique.
5 à 10% de carburant économisé
"Nous avons été capables de garder un seul moteur allumé pendant la phase de roulage, puis l'appareil a réalisé à la fois une montée et une descente continue (ce qui permet d'éviter les paliers et attentes à l'approche des aéroports, ndlr). Pendant la phase de croisière, le big data nous permet de garder la meilleure trajectoire possible. La somme de toutes ces choses fait que nous avons pu économiser au moins 5% d'émissions de CO2 sur ce vol", a estimé Laurent Lafontan, directeur du développement des opérations aériennes d'Air France, lors de l'Airbus Summit.
Avant d'ajouter : "Il faut deux tonnes de carburant pour faire un Paris-Toulouse nous avons donc peut-être économisé 100 kg. Cela ne paraît pas grand chose mais si Air France réalisait 100% d'arrivées en descente continue depuis l'aéroport Paris-Charles de Gaulle, cela permettrait d'économiser 10.000 tonnes de kérosène et 3.400 heures de vol par an." "Si on s'y prend bien, on peut réduire de 6 à 10% la consommation de kérosène", abonde Florian Guillermet, directeur de la DSNA.
Durant la phase d'expérimentation, qui devrait livrer ses premiers résultats en 2022, plusieurs innovations techniques seront testées à grande échelle. "Nous allons donner des outils aux pilotes pour optimiser leur trajectoire durant les vols. Nous utiliserons aussi la transmission de données de trajectoire en quatre dimensions (latitude, longitude, altitude, temps), ce qui permet de réduire drastiquement l'incertitude autour de la trajectoire de l'avion et faire baisser notre empreinte environnementale", indique Mattia Nurisso, responsable du programme ATM chez Airbus
Si techniquement, l'optimisation des vols permet déjà de diminuer la consommation de carburant, de telles avancées demanderont un échange d'informations en temps réel et automatisé entre l'avion et le système de contrôle aérien pour éviter des perturbations dans le trafic. Espéré depuis 30 ans, le ciel unique européen n'est toujours pas une réalité et les frontières entre Etats perdurent.