Les commerçants de Montpellier se veulent lanceurs d’alerte

La Place de la Comédie, qui s'étend sur 13 000 m2, dont 20 % de commerces, va être réaménagée
Ville de Montpellier

La Place de la Comédie, qui s'étend sur 13 000 m2, dont 20 % de commerces, va être réaménagée
Ville de Montpellier
Cette alarme, c'est Franck Gintrand qui la formule. Délégué de l'Institut des Territoires (association qui se dit dédiée à la promotion de la valeur ajoutée territoriale dans tous les secteurs de l'économie) et directeur général de Global Conseil, il est aussi l'auteur du livre « Le jour où les zones commerciales auront dévoré nos villes ».
Le 2 avril, il est à Montpellier aux côtés d'Alain Simon, président de la FADUC Languedoc-Roussillon (Fédération des associations de commerçants, d'usagers et de consommateurs du grand Montpellier) pour appuyer de ses chiffres une inquiétude grandissante des commerçants montpelliérains sur la dévitalisation du centre-ville au profit de la périphérie urbaine.
L'étude, commanditée par la FADUC, a étudié le nombre de mètres carrés autorisés par la Commission départementale d'aménagement commercial (CDAC) de l'Hérault sur les années 2015 (24 000 m2 et 61 500 m2 sur le projet ODE à la Mer, opération de requalification urbaine et commerciale portée par la foncière Frey au sud de Montpellier), 2016 (8 900 m2), 2017 (14 500 m2) et 2018 (39 000 m2).
D'où vient donc la concurrence qui s'exerce au détriment du centre-ville ? A Montpellier comme ailleurs, le phénomène est double. Tout d'abord un emballement du marché de l'urbanisme commercial : « A Montpellier, les trois centres commerciaux mastodontes sont le Polygone, ODE et Odysseum (où s'installera bientôt l'enseigne Primark, NDLR) : quand ODE a été lancé, Odysseum a demandé une extension de 13 000 m2. Et quand ODE ouvrira, la zone considérera qu'elle n'aura plus les moyens de concurrencer Odysseum et demandera une extension. C'est un jeu dans lequel le premier qui arrête a perdu ! ».
L'autre phénomène est à observer du côté de la grande distribution : la crise des groupes intégrés (Carrefour, Casino, Auchan) profite aux groupements d'indépendants (Leclerc, Intermarché et Système U) mais aussi à Lidl, qui s'est inscrit dans une démarche très offensive de colonisation des m2 commerciaux.
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Selon l'étude, le nombre de mètres carrés demandés sur les quatre dernières années dans l'Hérault par les enseignes Intermarché, Système U et Lidl est environ de 40 000 m2, soit l'équivalent du centre commercial Odysseum.
Aucune raison, donc, pour que la prolifération des mètres carrés, crainte des commerces de centres-villes, ralentisse... Les zones commerciales ont encore de beaux jours devant elles.
Malgré les efforts de reconstruction de la ville sur la ville - le commerçant cite le Peyrou, les halles Laissac, l'avenue du Jeu de Paume, le marché du Plan Cabanes, les animations Cœur de ville en lumière, la réfection de la rue Jean Moulin, ou le futur MOCO -, les commerçants du centre-ville se disent « écrasés par une concurrence de plus en plus intenable ».
Conséquences, selon lui : une perte de confiance vis-à-vis des élus, des enseignes qui hésitent à venir s'installer à Montpellier, mais aussi la réaction des enseignes présentes au Polygone, qu'il illustre en annonçant que les Galeries Lafayette, locomotive du centre commercial, étudieraient un possible départ...
Alors les commerçants montpelliérains ont décidé de monter au créneau. A un an des élections municipales, ils veulent placer l'enjeu des centres-villes au cœur des campagnes électorales des futurs candidats.
A commencer par le maire en place. Michel Badie-Castagnet enfonce le clou et prévient : « On est à la croisée des chemins. On lance un appel au maire. Aujourd'hui, les commerçants souffrent... Philippe Saurel devrait faire attention car la révolte gronde ».
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Les commerçants demandent l'abandon du projet de fermeture du tunnel de la Comédie, la suppression du label sur l'ancienne mairie, « un vrai projet de redynamisation du commerce montpelliérain fondé sur le renforcement de l'Ecusson avec la création de moyennes surfaces et de places de stationnement supplémentaires ».
Ils demandent aussi un moratoire sur le développement commercial en périphérie.
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