Sur-tourisme, tourisme de masse, empreinte carbone, fréquentation affolante, dégradation des lieux de vie, surenchères immobilières, impact sur les écosystèmes naturels, impact sur le patrimoine culturel,... Les critiques sur l'économie touristique vont bon train. Jean Pinard, le directeur du Comité régional du tourisme et des loisirs (CRTL) d'Occitanie, s'agace, regrettant les prises de positions de ceux qui « [remettent] une pièce dans la machine, pour faire de l'été 2023, l'été meurtrier du tourisme français »...
LA TRIBUNE - Quand on parle tourisme aujourd'hui, on évoque volontiers les problématiques liées au sur-tourisme. Sans nier leur réalité, vous mettez en garde contre ce prisme quasi-unique du sujet. Pourquoi ?
Jean PINARD - On observe en effet cette frénésie qui a vu plein de gens et de médias communiquer sur le sur-tourisme en déformant la problématique : personne ne nie la sur-fréquentation de certains sites, mais c'est un sujet parmi d'autres. La France est sur le 45e parallèle et oui, il existe des saisons : il fait jour quatre heures de plus en juillet qu'en novembre, la mer est chaude en été, les entreprises ferment au mois d'août, etc. Dire qu'il faudrait mieux répartir la fréquentation - et c'est devenu une espèce de mantra - certes, mais va-t-on demander aux entreprises de ne pas fermer en août ou à l'Education nationale de permettre aux régions de choisir leurs dates de vacances ? Donc oui, il y aura toujours plus de gens sur la plage en été qu'en novembre et il est inutile de pointer du doigt les gens qui n'ont pas le choix que de partir en été ! C'est une forme de mépris de classe de la part de quelques élites qui ont des moyens et qui viennent se moquer des gens qui partent au même moment et qui plus est, au même endroit. Ce qu'on appelle le tourisme de masse. Prenons l'exemple, en Occitanie, de La Grande Motte : elle accueille 100.000 personnes actuellement parce que la station balnéaire a été aménagée pour ça ! Cette station a un pavillon bleu, une station d'épuration calibrée pour 100.000 visiteurs, c'est ombragé, il y a des mobilités douces. C'est un modèle de développement durable et son impact est plus performant qu'un espace qui ne serait pas aménagé ! On peut regretter "la bétonisation du littoral", mais il faut se souvenir, comme pour la MIACA en Aquitaine, des objectifs de ces programmes d'aménagement qui auront permis une vraie démocratisation des vacances. Critiquer le tourisme de masse, c'est critiquer les gens qui habitent en HLM quand on habite une jolie maison... La jauge de La Grande Motte n'est jamais dépassée ! Et c'est curieux comme le sujet du sur-tourisme ne concerne toujours que la saison d'été et jamais le marché de Noël de Strasbourg ou le festival de jazz de Marciac qui battent des records de fréquentation, et c'est une bonne chose !